Dans un article récent, Olivier Piacentini a écrit que le système allemand de santé, qui serait, selon lui, libéral, obtient de bien meilleurs résultats que le nôtre pour un coût moindre.

Tout d’abord, le système allemand de santé n’est pas purement libéral ; les Allemands ont la possibilité d’adhérer au système public ou à des assurances privées quand leurs revenus bruts excèdent un certain seuil, qui était de 55.000 euros en 2015, mais en dessous de ce seuil, ils sont automatiquement affiliés au système public ; seule la minorité la plus aisée a le choix entre public et privé.

Pour comparer notre système de santé à celui d’un pays libéral, il aurait dû le faire avec celui des États-Unis, qui est le plus libéral du monde. Dans ce pays, la part du PIB (16,9 % du PIB en 2018, contre 11,2 %, en France, en 2018, selon les données de l’OCDE) qui est consacrée à la santé est beaucoup plus importante qu’en France, et la plus élevée du monde, mais des dizaines de millions de citoyens (14 % de la population) n’y ont aucune assurance en matière de santé et des dizaines de millions d’autres y ont une couverture très réduite. De plus, l’espérance de vie diminue et est plus courte que chez nous (deux ans de moins) et seule la minorité des plus riches peut accéder aux soins les plus coûteux. Les données de l’OCDE indiquent qu’en 2019, le système français de santé a coûté 4.965 dollars per capita, tandis que le système allemand avait coûté 5.986 dollars et celui des États-Unis 10.586 dollars, soit plus de deux fois plus qu’en France pour un résultat qui est globalement moins bon ! Si on compare les dépenses de santé allemandes (11,2 % du PIB en 2018, comme en France) avec les françaises et qu’on les ramène à la population française (67 millions), les Allemands dépensent 68 milliards de dollars (63 milliards d’euros) de plus que les Français, et non pas 20 milliards de moins, comme l’a écrit Olivier Piacentini. Les Allemands qui sont, avec les Néerlandais et les Autrichiens, ceux qui profitent de la monnaie unique depuis vingt ans tandis que les Français et les Italiens en pâtissent gravement (cette monnaie unique a coûté la bagatelle de 3.600 milliards d’euros à la France en 18 ans, soit 200 milliards par an, et plus encore à l’Italie, selon un organe de l’, le Centre de politique européenne de Fribourg), ont, de ce fait, des moyens que nous n’avons pas.

Quant au paradis libéral que seraient les États-Unis, on y dépense la somme astronomique de 1.844 milliards de dollars de plus qu’en France, si on rapporte la différence des dépenses à la population états-unienne (328 millions) ! Le système états-unien, conçu sur le modèle du marché cher aux libéraux, enrichit les médecins et surtout les laboratoires pharmaceutiques de façon honteuse. Une consultation chez un médecin généraliste coûte 25 € en France mais 80 dollars (75 euros) aux États-Unis (et beaucoup plus dans les grandes villes) ; une journée de prise en charge à l’hôpital coûte, en moyenne, 4.000 dollars (3.750 euros) aux et 800 euros, seulement, en France. Comme l’a dit Elisa Chelle, qui est l’auteur d’un ouvrage consacré au système de santé américain, ce système reflète le libéralisme et l’individualisme qui prévalent aux .

Quant à la capacité des États-Unis à faire face à la pandémie, il est clair qu’elle est au moins aussi mauvaise qu’elle ne l’est chez nous. La supériorité du modèle libéral n’est donc pas prouvée, bien au contraire !

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