Déjà très médiatisé, le président américain l’est encore plus depuis qu’une procédure d’impeachment initiée par ses opposants tente de le faire chuter moins d’un an avant les prochaines élections.

Au-delà de cette affaire qui a très peu de chance de prospérer, force est d’admettre que est en train de bouleverser radicalement les codes politiques que nous connaissions jusqu’à présent.

Il y a peu, la quasi-totalité des responsables du monde occidental sortait d’un moule commun, celui du langage hyper contrôlé et, disons-le, de la duplicité. La rhétorique devait être composée de circonvolutions verbales destinées à satisfaire la majorité mais également les minorités visibles. Le discours se devait d’être policé, souple, élégant et, le plus souvent, parfaitement creux pour éviter tout engagement fort et inévitablement déplaisant pour certains.

Du très politiquement correct Obama, style gendre parfait, à l’amphigourique Macron (compliqué, confus et finalement insignifiant), vous aviez un spectre assez représentatif de l’Homo politicus pré-trumpien.

Ajoutez à cela un physique avenant dans un costume sur mesure à 15.000 dollars et le succès était quasi assuré, pour peu qu’on ait été adoubé par les grands intérêts faiseurs de roi.

Mais tout cela, c’était avant. Avant l’arrivée d’un spécimen hors normes : le Donald, qui, on doit bien l’admettre, est à l’opposé du modèle qu’on nous servait jusque-là. Celui-ci ne fait pas dans l’art oratoire ciselé. Il ne connaît pas le langage diplomatique et calibré. Il est plutôt direct, percutant et quelque peu aléatoire. D’aucuns diront même vulgaire.

Le créateur (ou sa génitrice, c’est selon) a oublié de lui coller un filtre sur le cerveau. Conséquence : les tweets radioactifs fusent plus rapidement que des pets sur une toile cirée et les discours multiplient les sorties de route.

Evidemment, ça émeut quelque peu le Landerneau des coteries feutrées, peuplé de « tasses de thé, culs serrés » que le grossier personnage indispose autant qu’il insupporte.

Mais il y a bien pire : comme le Donald est fort bien pourvu côté portefeuille, il ne s’achète pas. Et ça, reconnaissons-le, ça change diablement la donne car voici un spécimen trop peu compatible avec le système qui prospérait jusqu’à présent. En effet, comment contrôler ce qu’on ne peut (très) discrètement circonvenir ?

Dans ces conditions, les caciques confortablement installés depuis des décennies dans les fauteuils capitonnés du Congrès ou de l’administration US deviennent furieux et parfois même hystériques. Dès lors, toutes affaires cessantes, il convient de faire disparaître l’impétrant coûte que coûte avant qu’il ne fiche tout en l’air. Pour l’opposition, c’est devenu la priorité des priorités. En fait, c’est même la seule. La conduite du pays attendra.

L’entreprise s’avère toutefois plus ardue et plus compliquée qu’il n’y paraissait de prime abord car le gaillard rend coup pour coup. C’est un cogneur et ses adversaires, même en meute, ne semblent pas l’effrayer. Les tentatives se multiplient mais échouent vainement.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, nos politiciens conventionnels découvrent que le bas peuple sans éducation (les déplorables, selon Hillary) manifeste une attirance de plus en plus prononcée pour ce type hors normes de dirigeant mal dégrossi.

Son élection ne serait finalement pas accidentelle ou le résultat fortuit et inopportun du jeu des grands électeurs.

Il faut dire, et c’est nouveau, que le dirigeant 2.0 agit dans le sens des intérêts dudit peuple. Non seulement, il dit sans détour ce qu’il va faire, mais en plus, il se plaît à faire ce qu’il a promis. Et du genre bulldozer qui avance, méthode Caterpillar™.

Comme dirait l’autre, ceci est une révolution. Sauf qu’au cas présent, il ne s’agit pas d’une formule de marketing mais bel et bien d’un changement dans le logiciel politique dont les effets sont en train de franchir allègrement les frontières. Salvini, Bolsonaro, Johnson et d’autres ont probablement bénéficié de l’effet Trump.

Une nouvelle façon de faire de la politique et de conduire un pays se fait jour. Moins aristocratique, plus pragmatique.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette vague que certains qualifient avec mépris de populiste est probablement bien plus profonde. Véritable lame de fond, elle est révélatrice d’un peuple qui entre en résistance contre ses élites dont il découvre peu à peu le vrai visage : la volonté de détruire une civilisation sous le couvert du prétendu « progressisme » mâtiné d’universalisme.

Bref, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il y aura un avant et un après Trump.

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