Editoriaux - Réflexions - Religion - 16 octobre 2019

Le voile islamique ? L’invention d’une tradition !

Les affaires de voiles se suivent et se ressemblent, selon un scénario désormais bien rodé consistant à tester les limites de ce qu’il faut bien nommer « l’adversaire », même si les contours de ce dernier paraissent parfois bien vagues.

D’où cette salariée du groupe de prêt-à-porter Camaïeu, congédiée pour avoir refusé de retirer son voile sur son lieu de travail. En appel, l’entreprise a été condamnée à lui verser 10.000 euros. Pour sa défense, la vendeuse rappelait que cette société, très implantée dans les pays arabo-musulmans, ne voyait aucun problème à ce que, là-bas, ses vendeuses soient voilées. Certes. Mais là-bas, fais comme là-bas, et ici, fais comme ici. Tout comme à Rome, on est censé faire comme les Romains.

En 2003, le recteur de la mosquée cairote d’Al Azhar ne disait pas autre chose qui, cité par l’auteur de ces lignes à l’occasion d’un long article publié par Minute, affirmait : « Le premier devoir des musulmans en terre non musulmane est de se conformer aux coutumes locales. »

Après Camaïeu, Creil – là où cette polémique est née, en 1989, alors qu’on fêtait béatement le bicentenaire de la Révolution française –, avec cette femme voilée voulant accompagner une sortie scolaire organisée par une caserne de pompiers, mais en catastrophe écartée. Et encore la même histoire de la bonne mère de famille dévastée par la stigmatisation : « Je ne m’y attendais pas, j’étais abasourdie… » Vraiment ? Du coup, l’officier de la caserne présente ses plates excuses. Et toujours la même histoire, avec un CCIF, Collectif contre l’islamophobie en France.

En face, des autorités tétanisées par la peur de faire le jeu du Rassemblement national et de l’islamophobie tenue pour l’un des périls de ce siècle commençant ; avec, pour supplétifs, près d’une centaine d’autorités morales du show-biz faisant tourner une pétition de soutien à une autre femme voilée, celle dont un élu lepéniste a demandé l’exclusion de l’enceinte du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

Pourtant, et quitte à en revenir au cœur du problème, il ne serait finalement pas si idiot d’aller à ses sources : le Coran, par exemple.

Ainsi, que nous dit ce dernier à propos de ce voile ? Sur 114 sourates comprenant chacune plusieurs dizaines de versets, seuls trois de ces derniers font référence au port du voile pour les femmes. Au verset 59 de la sourate 33, ainsi est-il écrit : « Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de revêtir leurs mantes : sûr moyen d’être reconnues (pour des dames) et d’échapper à toute offense. » Cette « mante » est une sorte de mantille, alors portée par les femmes en Arabie.

En fait, la partie du corps féminin faisant l’objet de cette sourate n’est que la poitrine, les femmes d’alors ayant tendance à se vêtir court. Ainsi, cette pudeur demandée aux « femmes des croyants » est confirmée par le verset 31 de la sourate 24 : « Dis aux croyantes de baisser les yeux et de contenir leur sexe ; de ne pas faire montre de leurs agréments, sauf ce qui en émerge, de rabattre leur fichu sur les échancrures de leur vêtement. Elles ne laisseront voir leurs agréments qu’à leur mari. »

L’orientaliste Jacques Berque, catholique revendiqué et meilleur traducteur (à ce jour) du Coran, ajoute même : « Le législateur paraît ici soucieux de ménager à la femme ce qui fait partie de sa personne, en évitant seulement l’exhibition provocante. Si cela est vrai, on est loin des interprétations extensives de la coutume juridique. »

Bref, le voile n’est pas impératif religieux que certains croient aujourd’hui, surtout lorsque devenu simple marqueur identitaire. Soit le triomphe du culturel sur le cultuel, tout comme l’explosion d’un marché halal est celui de la marchandisation de l’islam.

Comme quoi un ersatz de tradition peut aussi avoir bon dos. Certains islamistes seraient bien inspirés de relire de plus près leurs textes fondateurs.

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