Editoriaux - Justice - 12 septembre 2019

Le récit de la cantinière poignardée à Marseille : un véritable film d’épouvante

Pourquoi donc l’agresseur de la cantinière poignardée à Marseille a-t-il été si vite hospitalisé en psychiatrie ? Parce que ce jeune homme de 17 ans était en caleçon, torse nu et visiblement excité ? « Il a été examiné par un psychiatre qui a jugé son état psychologique incompatible avec la garde à vue », a expliqué le procureur. Sandra, la victime, raconte dans Le Parisien ce qui s’est passé. Une scène digne d’un film d’épouvante.

Cette Marseillaise de 44 ans travaille comme cantinière dans un groupe scolaire du 9e arrondissement. « Comme tous les jours, je suis arrivée la première, puis j’ai fermé le portail », précise-t-elle, ajoutant : « Ici, on peut rentrer de cent façons différentes, ça fait des années que je le dis car ça arrive qu’on ne se sente pas en sécurité. » Survient le jeune homme, « en caleçon, agité ». La cantinière poursuit : « J’ai senti le danger, mais j’ai tenté le dialogue. Je lui ai demandé ce qu’il avait, lui ai proposé s’il voulait s’asseoir, boire un café. » L’intrus lui demande d’appeler la police, prétextant qu’on en veut à sa vie.

C’est alors que l’homme se déchaîne. À entendre le récit de la victime, on comprend la frayeur qu’elle a pu éprouver : « Il m’a arraché le téléphone des mains, a levé les bras au ciel, a commencé à dire qu’il faisait la prière, qu’il était musulman et qu’il fallait tuer tous les chrétiens. Il m’a étranglée si fort… J’ai tenté de me débattre, puis il m’a regardé avec ses yeux révulsés et m’a dit : “Aujourd’hui, c’est toi qui vas mourir !” » Il a crié « Allahou Akbar » et a saisi une paire de ciseaux, puis un couteau de cuisine. Trois coups dans l’abdomen, un autre dans la jambe.
Elle réussit à s’échapper et se réfugie dans les toilettes. Le 17 (Police Secours) et le 18 (Pompiers) l’accueillent en musique et la mettent en attente. Elle cherche à joindre son mari, mais c’est finalement sa mère, dans l’immeuble voisin, qui, ayant entendu ses cris, le prévient. Il fonce à travers Marseille et arrive sur les lieux avant la police. La suite, on la connaît. L’agresseur, qui avait pris la fuite, frappant au passage un riverain, est interpellé une heure plus tard, tenant des propos incohérents. Jean-Michel Blanquer et Laurent Nuñez se sont rendus sur place, le vendredi après-midi.

Sandra ne comprend pas que le parquet antiterroriste ne soit pas saisi. « OK, il a 17 ans. OK, ils l’ont déclaré fou. Mais quand il a crié Allahou Akbar et qu’il a attrapé des ciseaux plutôt qu’un des multiples crayons que j’avais sur mon bureau, là, il avait l’air de savoir ce qu’il faisait. » Certes, l’agresseur avait un comportement irraisonnable. Selon le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, il « n’était pas connu au titre de la radicalisation » et « assez peu connu » de la police, ce qui n’est pas une garantie d’innocuité, au vu des précédents. On est étonné du nombre de personnes qui commettent des actes meurtriers sous le coup de l’aliénation d’esprit, en criant « Allahou Akbar » !

On considère facilement qu’elles opèrent en état de folie, donc d’irresponsabilité, plutôt que d’envisager qu’on peut être terroriste tout en n’étant pas dans un état normal. Le résultat, c’est qu’un individu dangereux, une fois de plus, bénéficiait d’une totale liberté et, lorsqu’il commet une tentative de meurtre, on lui trouve l’excuse de sa santé mentale. On oublie que le fanatisme est une forme de folie et que les autorités doivent protéger la société de l’un et de l’autre. La psychiatrisation du terrorisme serait-elle un moyen d’occulter sa dimension politique ? En attendant, la pauvre cantinière a pour seul recours de demander une mutation.

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