Le nouveau Premier ministre hongrois se recueille devant la couronne de saint Étienne

Péter Magyar s'est recueilli aux côtés de son épouse devant ce trésor national. Un geste significatif.
@Wikimedia commons
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Au moment où Péter Magyar s’apprête à ouvrir une nouvelle page politique après sa victoire aux législatives, un geste symbolique marque le début de son mandat. Le Premier ministre hongrois, favori de Valérie Hayer, a publié sur ses réseaux sociaux une photo. Il apparaît aux côtés de son épouse, recueilli devant la couronne de saint Étienne, véritable trésor national conservé au Parlement de Budapest, ce 17 avril dernier. Il indique qu'il demande à Dieu de bénir la Hongrie et de l’aider dans sa tâche. Le geste est sobre, mais significatif.

Dans un Vieux Continent souvent attaché à distinguer nettement son histoire monarchique et ses institutions républicaines, un tel geste entend rappeler que le présent politique peut aussi s’appuyer sur la grandeur de son histoire nationale.

Une couronne pour un fondateur de royaume

La couronne de saint Étienne n’est pas un simple ornement. Elle est, depuis des siècles, l’un des principaux emblèmes de la souveraineté hongroise. Selon la tradition, elle doit son nom à saint Étienne, non pas le premier des martyrs de la chrétienté, mais le premier roi chrétien de Hongrie, couronné vers l’an 1000, date considérée comme l’acte de naissance du royaume hongrois. Saint Étienne, né vers 975 et mort en 1038, unifia les principales forces du pays pour fonder son royaume, convertit durablement ce dernier au christianisme latin et posa les bases d’un État stable en Europe centrale. Canonisé en 1083, il est considéré comme le saint patron de la Hongrie et comme le fondateur de la nation.

La légende veut que cette Sainte Couronne, comme elle est également appelée, lui ait été envoyée par le pape Sylvestre II afin de le féliciter pour la fondation de son royaume chrétien. Les historiens estiment toutefois que la couronne actuelle résulte d’un assemblage progressif avec d’autres éléments d’une autre couronne byzantine offerte par le Basileus Michel VII à la fin du XIe siècle.

Un destin incertain au XXe siècle

Dans la tradition politique hongroise, le roi n’était pleinement légitime qu’après avoir reçu cette couronne : elle fut utilisée lors du sacre de plus de cinquante souverains. Le dernier de cette longue liste fut Charles IV de Hongrie, également empereur d’Autriche sous le nom de Charles Ier, couronné à Budapest le 30 décembre 1916, en pleine Première Guerre mondiale. Malheureusement, deux ans plus tard, la chute de l’Empire austro-hongrois l’obligea à partir en exil et à abandonner sa couronne.

Cette dernière connut ensuite un destin mouvementé. Après être passée entre les mains des nazis qui la cachèrent à Nuremberg, elle fut emportée à la fin de la Seconde Guerre mondiale loin de la Hongrie, aux États-Unis, où elle fut conservée à Fort Knox afin d’éviter qu’elle ne tombe aux mains des soviétiques installés dans le pays. En 1978, le président Jimmy Carter décida de la restituer à la Hongrie afin de montrer sa bonne volonté et son désir de paix avec l’URSS. Ce retour suscita alors des débats, des Hongrois craignant que le pouvoir communiste n’utilise ce symbole historique à son profit pour légitimer son pouvoir.

Le 1er janvier 2000, à l’occasion du millénaire du couronnement de saint Étienne, elle fut transférée du Musée national au Parlement hongrois, sous la grande coupole de l’édifice construit au début du XXe siècle.

C’est à la lumière de cette histoire que le recueillement de Péter Magyar prend tout son sens. Il signifie que les institutions démocratiques actuelles peuvent aussi s’inscrire dans une continuité historique plus ancienne. La République hongroise, issue des bouleversements du XXe siècle, reconnaît ainsi qu’elle s’inscrit dans une histoire nationale commencée bien avant elle.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

19 commentaires

  1. Lorsque Viktor Orban a été battu, les européistes, les bien-pensants et toute la gauche exultaient. Le « fasciste » venait d’être battu à plates coutures. L’Europe allait enfin pouvoir balancer ses 90 milliards d’€ au guerrier Zelensky. Les migrants allaient pouvoir déferler sur la Hongrie qui jusqu’alors leur barrait la route, refusant le vivre-ensemble et l’inclusion.
    Hélas, le nouveau Premier ministre hongrois a décidé de mettre fin aux permis de travail des migrants hors UE à compter du 1ᵉʳ juin prochain. Et… Surprise… Magyar est croyant et pratiquant. À la stupeur générale, surtout à l’étranger, il s’est fait photographier en train de prier devant la couronne de saint Étienne qui est, depuis des siècles, l’un des principaux emblèmes de la souveraineté hongroise. En France on brûle et on vandalise des églises et des symboles chrétiens, pas en Hongrie.
    Zut et mince ! Orban et Magyar ne seraient nullement des ennemis, seulement deux frères fâchés.

  2. Magyar honore roi créateur de la nation hongroise. Nous en France on a des présidents qui se prennent pour des rois Giscard le profiteur, Mitterrand le fourbe, Chirac l’immobile, Sarkozy le voleur, Hollande le dhimmi et macron le fossoyeur.

    • Il n’y avait pas de parti écolo dans cette élection. Juste un parti de gauche ultra-libérale et européiste qui a fait 1%. Mais il y a un maire plus au moins écolo à Budapest. Des pistes cyclables vides, mais d’énormes difficultés de circulation pour les automobilistes. Le coût du stationnement qui augmentera de 33% au 1ᵉʳ juillet prochain. La gratuité de stationnement pour les véhicules électriques prendra fin le 1ᵉʳ janvier 2027.

  3. Voila pourquoi la Hongrie ne deviendra jamais la fosse a immondices qu’est devenue la France . Seule la fin de la republique pourra rendre a la France sa grandeur et son homogeneite populaire .Le reste n’est qu’un assemblage d’interets partisans et financiers qui ne profite qu’a un systeme de castes fondes sur l’appat du gain et des avantages sociaux .

  4. Le roi Muskar XII faisait le tour de Klow capitale de la Syldavie, une fois par an en carrosse, avec le sceptre d’Ottokar à la main, trésor national conservé tant bien que mal au château de Kropow. C’est aussi en Europe centrale. Ça doit être une sorte de tradition là-bas.

  5. Article intéressant, qui mériterait d’être davantage développé. On peut rappeler également l’importance que cette couronne représentait en Hongrie au moment de l’intronisation de Charles 1er Habsbourg en1916 et lors du rétablissement de la monarchie par le Régent Horthy en 1921, ou même ce que dit le cardinal Midzensty en 1944 et surtout lors de l’insurrection de 1956 à propos de ce symbole fondamental pour ce pays, heureusement revenu à une saine tradition.

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