Economie - Editoriaux - International - 15 novembre 2019

Le dilemme chinois (2) : un discours macronien confus et faible

Le discours de Trump à la est simple, fort et sensé (mais oui), celui de Macron est confus et faible. Il continue à prêcher le multilatéralisme, sans démontrer en quoi ce serait bon, alors que Trump prouve les effets néfastes, sur son économie, de la très multilatéraliste OMC.

Macron déclame ses convictions (celles de ses sponsors) tant en présence de Xi (qui apprécie, l’air matois) que devant les industriels français et allemands à la Foire de Shanghai. Puis il appelle ces derniers à agir ensemble face aux géants chinois et américain : « Plus on joue franco-allemand et surtout en Européens (?), plus on a de crédibilité et de résultats » (sic) ; or, les constructeurs allemands et français d’automobiles sont en concurrence acharnée en Chine.

Macron n’a cessé d’évoquer la nécessaire « réciprocité » dans les échanges avec la Chine : « On ne peut pas reprocher aux Chinois d’avoir été intelligents. On peut se reprocher d’avoir été stupide » (fin août 2019, à ses diplomates). Il ne précise pas qui est ce « on » et qui est ce « nous » qui sont si stupides : l’ancien ministre des Finances, peut-être ?

Emmanuel Macron avait assuré qu’il parlerait des droits de l’homme, mais Xi a prévenu que cela relève de ses affaires intérieures. On a donc évité les sujets qui fâchent (but Chine). Macron devant un parterre du CAC supranational (L’Oréal, Suez, BNP Paribas, Airbus, Sanofi) s’est vanté d’accords industriels, souvent déjà signés ou qui ne seront jamais mis en œuvre.
Le 6 novembre, il annonce un « méga-contrat » portant sur la construction d’une usine de recyclage du combustible nucléaire usagé en Chine (signature en janvier 2020), soit 10 milliards pour le français Orano (ex-Areva). Ce contrat incubait depuis dix ans ; sera-t-il réalisé ? (but français ? Vidéo…). Et d’autres affaires, bien modestes eu égard au déficit commercial France-Chine, pour Suez, Engie, Total, un peu d’agroalimentaire (le romanée-conti, le pruneau d’Agen !).

Dérisoire, à comparer avec les résultats de Trump qui a contraint la Chine à acheter ses produits agricoles : 50 milliards de dollars par an, soit +500 % des 12 derniers mois ! On apprend que 200 tonnes de bœuf sont exportées de France en Chine (quel bilan carbone !), alors que les importations bovines en Chine sont de 140.000 tonnes par an (but refusé à la France).

D’ailleurs, que restera-t-il de nos élevages familiaux après le CETA ? Le Mercosur ? Tout ce multilatéralisme rejeté par Trump.

Que fait-on face à la stratégie invasive du projet très avancé de route de la soie ? Les Chinois connectent les tronçons autoroutiers et ferroviaires pour envoyer leurs conteneurs par camions et wagons directement de Shanghai à Paris ; ils achètent ports et aéroports, sécurisent militairement la mer Rouge (Chine 2, France 1).

Emmanuel Macron se dit anti-Trump et se voit en chef de file européen (Merkel est en préretraite) : il s’était flanqué du ministre de la Recherche allemand (Anja Karliczek). Mais en septembre dernier, Merkel n’avait pas invité d’entreprises françaises à l’accompagner en Chine. La semaine dernière, les Européens se sont divisés à l’ONU sur la répression au Turkestan (but Chine), puis sur l’ouverture de notre marché à la 5G de Huawei, fournisseur d’Orange (but Chine).

L’Union européenne négocie avec la Chine un accord de libre-échange pour 2020, sans consulter les citoyens.

Vins de Bourgogne contre produits technologiques à forte valeur ajoutée, pneus à moitié prix pour ruiner Michelin, véhicules électriques pour avorter nos projets en ce domaine, panneaux solaires et textiles, qui ont déjà exterminé nos producteurs (Chine deux buts, en première mi-temps). Score final : Chine 6 – France 1. Au match aller, la Chine avait déjà gagné la partie, notamment en Orient et en Afrique, en chassant de ces terres jadis promises nos entreprises de BTP.

Entre monnaie unique et libre-échangisme, la fabrique à gilets jaunes, elle, tourne à plein.

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