Entretiens - International - Politique - 15 novembre 2019

José Maria Ballester : « Vox représente un courant de conservatisme social, il n’est en rien un parti d’extrême droite ! »

Dimanche avaient lieu les élections législatives en , marquées par l’effondrement des partis « Macron compatibles » et la percée notable du parti , qui double ses sièges. Le Parti socialiste, lui, arrive en tête.

Vu par les médias français, Vox est décrit comme un parti d’extrême droite.

Décryptage par José Maria Ballester au micro de Boulevard Voltaire.

En Espagne, le Parti socialiste arrive devant. On peut noter une percée de Vox, mais également une faillite totale des partis « Macron compatibles ». Est-ce une surprise ?

Ce n’est pas une surprise. La montée de Vox était prévue par les sondages. Vox double ses sièges en passant de 24 à 52.
Le PSOE se tasse quelque peu et le Parti populaire récupère 23 sièges. Il en a récupéré un, hier, au Pays basque. Le Parti socialiste et Podemos croient être en mesure de former un gouvernement.

Pedro Sánchez est maintenu à son poste, mais peut-il gouverner ?

Il va d’abord y avoir la constitution du Parlement. Les indépendantistes catalans et basques ont mis la barre très haut. Il y a donc un effet d’annonce, depuis mardi, avec la conférence commune de MM. Sánchez et Iglesias. On verra ce qu’il en sera dans trois semaines.

Depuis la France, Vox est assimilé à un parti d’extrême droite qui serait proche du Rassemblement national. Est-ce la réalité ?

Oui et non. Il y a une volonté de maîtriser et contrôler l’immigration. Il y a un souci commun en ce qui concerne l’insécurité et il y a des différences énormes en matière économique.
Vox n’est pas un parti protectionniste. C’est un parti plutôt favorable au libre-échange sous certaines conditions. C’est une différence fondamentale.
Ce qu’a dit Naulleau, hier, dans l’émission « Zemmour et Naulleau », est faux du début à la fin. Il a dit que Vox représente la pureté de l’extrême droite. C’est assez curieux.
Sa position vis-à-vis de l’immigration n’est pas aussi dure que celle du Rassemblement national ou celle de l’AfD en Allemagne. Il dit que c’est un parti antisémite, alors que c’est le parti espagnol le plus favorable à Israël. Ils veulent limiter le recours à l’avortement. En quoi être contre l’avortement est-il un signe d’appartenance à l’extrême droite ?
Il veut revenir sur le mariage homosexuel. Ce n’est pas sûr qu’ils y parviennent. Est-ce que tous les gens de gauche de tous les pays qui se sont opposés au mariage homosexuel sont d’extrême droite ?

C’est traditionnellement lié à un certain conservatisme catholique.

Le conservatisme catholique n’est pas l’extrême droite, que je sache. Ils veulent réécrire la loi sur les violences conjugales espagnoles. Je vous rappelle que la loi contre les violences conjugales espagnole culpabilise le sexe masculin de façon préventive. Ils veulent la corriger, mais ils ne sont pas du tout favorables aux violences conjugales.
Ils veulent réformer et légaliser le port d’arme, mais surtout ne pas convertir l’Espagne en une sorte de modèle américain. Il faut être un peu sérieux.
Ils disent que comme la droite modérée se radicalise comme Vox, elle prend la raclée du siècle.
C’est faux puisque la droite modérée a gagné 23 sièges.
M. Naulleau raconte n’importe quoi du début à la fin. Il ferait mieux de relire calmement le programme de Vox et d’en tirer d’autres conclusions. Vox est évidemment critiquable comme tous les partis. Il y a peut-être dans ce parti des gens avec un passé d’extrême droite, mais le gros de ses électeurs appartient surtout aux classes moyennes et milite pour le conservatisme social. Je veux bien qu’on dise des choses sur Vox, il y a d’ailleurs des choses que je changerais, mais de là à dire extrême droite, il faut être un peu sérieux !

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