Une fille de ma connaissance, qui par ailleurs n’a « jamais entendu parler » de Victor Hugo ni de Charles Aznavour, se vantait hier d’être « rebelle » : c’est que la péronnelle a décidé de continuer à faire la bise à tout le monde. Jamais ne s’est-elle demandé, semble-t-il, si une telle attitude pouvait éventuellement embarrasser ses acolytes ou, plus simplement, être profondément égoïste : après tout, dans le monde individualiste, on a collectivement désappris à respecter des règles, un cadre, des instructions.

Le coronavirus passe au révélateur des générations n’ayant vécu ni la guerre – la vraie, celle des tranchées et des éclats d’obus – ni la famine ni les épidémies ravageant les populations, et qui, de ce fait, vivent pour jouir, s’amuser et se prélasser : voilà que leur paradigme se trouve momentanément ébranlé, le temps d’un virus dont on ignore encore s’il disparaîtra par miracle avec les premières chaleurs ou s’il perdurera des mois encore.

Faire ses courses dans un supermarché relève, aujourd’hui, de l’expérience sociologique à grande échelle : les quidams se pressent et se bousculent, s’invectivent… à distance respectable, dévalisent les rayons et prennent le papier toilette d’assaut comme si celui-ci figurait en bonne place dans la pyramide de Maslow. Il n’y aurait pourtant aucun risque de pénurie, mais autant, probablement, se préparer à la mise en quarantaine.

Ce n’est pas tout : à l’annonce de la fermeture des bars et des cafés jusqu’au 3 avril en Belgique, des « lockdown party » ont été organisées à la hâte sur le territoire juste avant la mise en application effective de la mesure : peu importe, pour les fêtards, qu’agir ainsi est aux antipodes de ce que les autorités recommandent, contrevient aux conseils des experts et toise le bon sens ; on doit peut-être y voir la preuve la plus aboutie du nihilisme contemporain et de la volonté de disparition, par des comportements mortifères, de générations qui voguent sans but ?

La Belgique n’a le monopole ni du seum ni des comportements inciviques : en France, malgré le huis clos ayant frappé la rencontre entre le Saint-Germain et Dortmund, des centaines de supporters du club franco-qatari se sont massés devant le Parc des Princes, comme si l’on ne pouvait désormais plus se passer du pain et des jeux le temps de la résolution de crise.

De toute façon, peut-on entendre, si l’on est confiné à demeure, « il reste Netflix » : Netflix, donc, autre poison sociétal pour adulescents, mélange d’américanisation abrutissante et de progressisme sociétal, divertissement pour individus cloués au lit à enchaîner les séries et les mauvais films.

La période qui s’annonce ne doit-elle pas nous inciter collectivement à nous recentrer sur l’essentiel et à réfléchir au sens de la vie ? N’est-elle pas propice, par exemple, au retour à la lecture : à cet égard, on ne pourrait que conseiller la lecture du Hussard sur le toit, de Jean Giono, roman dans lequel un héros vit sur les toits de la ville qui, en raison d’une épidémie de choléra, est mise en quarantaine.

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