Editoriaux - Education - 17 juin 2019

L’au revoir du (vrai) bac

Que les élèves du secondaire ne s’y méprennent pas : cette année, le baccalauréat sonne le glas. L’examen tant redouté par des centaines de milliers de bacheliers changera de tête l’année prochaine. Pour l’heure, ce sont bien les parents qui font la tête, contestant la nouvelle réforme qui ne fera qu’enliser la déchéance de cet examen qui fête ses deux cent onze ans cette année.

Après que les bacheliers philosophes eurent planché, lundi matin, sur l’art, la loi et le temps… il est temps de revenir sur la réforme du baccalauréat, « nouvelle pépite » de l’Éducation nationale. D’après une enquête du Figaro, 30 % des parents d’élèves l’appréhendent. En effet, ce nouveau bac va considérablement déstructurer les cours et les lycées. Finies les filières économiques, littéraires et scientifiques. Désormais, les adolescents suivront un tronc commun composé des matières suivantes : français, histoire-géographie, enseignement moral et civique, langues vivantes, éducation physique et sportive, humanités numériques et scientifiques (reste à connaître l’intérêt) et la philosophie. Se grefferont à ces disciplines trois spécialités au choix en première, puis deux en terminale (art, géopolitique, écologie, SVT, science de l’ingénieur…).

« Faire du baccalauréat un tremplin pour la réussite » : telle est la finalité du ministère de l’Éducation nationale qui insiste sur la nécessité de la réforme. Au juste, quels sont les motifs de contestation portés par Jean-Michel Blanquer ? L’examen actuel ne préparerait pas assez aux études supérieures, il y aurait trop d’épreuves finales, contrairement aux autres pays européens, et ce surplus d’épreuves ne permettrait pas de récompenser les efforts des candidats tout au long de l’année.

Une nouvelle page se tourne donc puisque, juin 2020, l’examen reposera sur les épreuves et sur un contrôle continu (40 % de la note finale). Malheureusement, les hauts fonctionnaires du ministère s’égarent car, pensant établir un examen de l’égalité des chances, ils contribuent au contraire à l’« archipelisation » du baccalauréat. Notons que la prise en compte du contrôle continu pourrait avoir un effet pervers : celui d’accroître les inégalités. En effet, les lycées qui ont pour habitude de noter plus strictement les élèves (c’est le cas, notamment, de certains grands lycées) risquent d’être désavantagés par rapport à des lycées pratiquant une notation que nous qualifierons de plus souple.

L’on peut tirer un avantage de cette réforme qui repose sur une aide pour accompagner les élèves dans leur choix d’orientation. Néanmoins, cette disposition sera vaine si les élèves arpentent les couloirs des facultés avec un bagage scolaire et culturel léger, conséquence d’un laxisme qui perdure.

L’au revoir du vrai baccalauréat ne va plus tarder, désormais la main est aux établissements d’enseignement supérieur qui, espérons, ne subiront pas le même sort et n’abaisseront pas leurs exigences. Depuis des années, les gouvernements successifs ne font qu’amputer le savoir et le goût de l’exigence des élèves et sont responsables de l’échec de beaucoup d’étudiants pendant leurs études post-secondaires. Pour l’heure, bacheliers et Blanquer, planchez !

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