Editoriaux - International - 17 juin 2019

Provocation dans le golfe Persique : qui veut vraiment la guerre ?


« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »
Voilà une phrase prophétique du président américain Abraham Lincoln, qui n’aura jamais été autant d’actualité qu’en 2019.

La preuve en est par l’actuelle tension agitant le golfe Persique, zone pour le moins stratégique, puisque c’est par là que passe une large partie de l’approvisionnement pétrolier du reste de la planète. Depuis que deux supertankers, l’un norvégien et l’autre japonais, ont été l’objet d’attaques, les Américains nous mentent-ils ?

Si tel était le cas, ce ne serait pas la première fois. Deux exemples parmi les plus récents ? Ces bébés koweïtiens assassinés dans leurs couveuses par la soldatesque irakienne, en 1990. Ces « armes de destruction massive » des mêmes Irakiens en 2003, fiole brandie par le général Powell en guise de preuve à l’appui, dans l’enceinte de l’ONU. Et encore doit-on en oublier.

Dans le registre maritime : ces deux navires de guerre américains, officiellement coulés les 2 et 4 août 1964, par les communistes du Vietnam du Nord dans la baie du Tonkin, mais officieusement sacrifiés par Washington, attentat « sous faux drapeau » finalement reconnu par la Maison-Blanche en 2005. Cela, même nos médias les plus frileux vis-à-vis de l’ami américain osent enfin l’évoquer. Comme quoi trop de mensonges finissent par tuer le mensonge. Les temps changent ; enfin…

Diversification de l’information oblige – merci les réseaux sociaux –, c’est grâce au site russe Sputnik France qu’on apprend que le premier à contredire la version des faits n’est autre que Yutaka Katada, armateur japonais d’un des deux bateaux en question, qui dément donc l’hypothèse états-unienne d’une mine collée sur le flanc du navire : Il s’agirait donc d’un missile. Mais tiré par qui ?

Le 16 juin, Le Figaro, quotidien pourtant peu connu pour son américanophobie galopante, campe globalement sur les mêmes positions. Selon un article de Georges Malbrunot, ancien otage en Irak et spécialiste réputé de la question, les vidéos produites par les USA « posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses ». Le même jour, semblable son de cloche chez Le Journal du dimanche : « Les images diffusées par Washington ne prouvent absolument rien?. »

Sur le site de BFM, la prudence est aussi de mise. C’est d’autant plus sage que l’on ne sait pas vraiment à qui « peut profiter le crime », pour reprendre l’expression consacrée.

Certes, une initiative iranienne, venue du plus haut sommet de l’État ou d’une de ses factions plus bellicistes, n’est pas à exclure. Mais L’Orient-Le jour, le quotidien libanais de référence en cette partie du monde, ne semble pas y croire : « Les seuls arguments que Washington et ses alliés peuvent utiliser pour accuser ouvertement Téhéran sont les menaces régulièrement avancées par les Iraniens, et surtout les Pasdarans, Gardiens de la révolution, de fermer le détroit d’Ormouz. » C’est mince.

Après, la piste israélienne ? Le très gouvernemental quotidien Tehran Times ne se donne même pas la peine de l’évoquer dans son édition du même 16 juin, préférant railler la politique du faucon Mike Pompeo, responsable de la politique étrangère américaine : « Le plus drôle de l’histoire est que Pompeo nous conseille d’user de diplomatie vis-à-vis de la diplomatie américaine. Dans sa bouche, c’est véritablement charmant. »

Une initiative américaine, alors ? En matière de provocation, ils n’ont évidemment de leçons à recevoir de personne. Mais il n’est pas forcément sûr que Donald Trump veuille déclarer une autre guerre en cette région du monde, dont les conséquences pourraient être catastrophiques pour tous, malgré les gesticulations d’un Mike Pompeo et de son comparse John Bolton, tous deux de l’espèce des évangélistes hystériques. Bref, rien n’est aussi simple, tel que récemment écrit en ces colonnes.

Ne demeure donc plus que l’hypothèse la moins invraisemblable : celle de Riyad. Il est vrai que Mohammed ben Salmane, l’actuel prince héritier saoudien, dont les services, bien connus pour faire discrètement découper l’un de leurs compatriotes journalistes en rondelles dans une ambassade turque, auront, en matière d’actions « discrètes », inauguré comme une sorte de marque de fabrique en matière d’amateurisme.

Celle-là même dont ces deux attaques perpétrées dans le golfe Persique portent la marque…

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