aurait-il donc enfin compris qu’il y avait un problème avec le communautarisme islamique dans notre pays, donnant ainsi raison à Marine Le Pen, qui était la seule à en faire un thème marquant de sa campagne lors de l’élection présidentielle de 2017 ? On attendait un grand discours républicain sur la laïcité et on se retrouve avec le discours de Mulhouse et l’annonce de mesures éculées ou illusoires, voire dangereuses, présentées comme un plan de lutte contre le séparatisme islamiste. Pour notre Président, il n’y a pas de problème avec l’islam en France ! Pas de chance, le respect de la laïcité, qui rappelons-le est contraire à l’islam, est considéré comme un principe structurant de la vie publique par 77 % des Français (sondage Viavoice), et 80 % considèrent qu’il y a un problème avec l’islam sur ce plan (sondage IFOP).

Le catalogue des mesures présentées

Rien de bien nouveau dans les annonces présidentielles. Autant de mesures traditionnelles qui n’ont jamais produit les effets escomptés sur l’éducation, la culture, le sport, l’action sur les atteintes aux symboles républicains. Une offre scolaire renouvelée, la formation des imams qui est en échec patent… Alors, on annonce des mesures cosmétiques comme des « cités éducatives », alors que c’est notre système éducatif qui est malade et qu’il convient de redynamiser, ou encore des « Maisons France Services » dans les quartiers à réinvestir, qui dureront combien de temps ? On sait ce que donne la politique de la ville depuis trente ans…

La structuration et le financement de l’islam

Emmanuel Macron propose un rapprochement de l’État et du , qu’il met en demeure de faire des propositions pour sortir de l’islam consulaire (quel doux rêveur), y compris dans ses ramifications départementales, autour d’un projet de loi reposant sur l’assurance de la transparence du financement et de l’organisation des cultes, la garantie du respect de l’ordre public et la consolidation de la gouvernance des associations cultuelles. Mais a-t-on vu, ces dernières années, les responsables du ou de la nouvelle instance de dialogue avec les musulmans créée après les attentats de 2015 se lever comme un seul homme pour lutter contre l’islam politique ? Non, évidemment. Alors, quelle confiance accorder à cette volonté présidentielle ?

Par ailleurs, le contrôle par l’État du financement de l’islam en France proposé risque de favoriser les mouvances intégristes et c’est là un point essentiel. En effet, il vise essentiellement à permettre aux associations cultuelles d’élargir leurs sources de revenus (loyers immobiliers) en contrepartie d’un contrôle de leurs autres ressources financières (dons de particuliers et étrangers). Envisager d’imposer aux musulmans eux-mêmes très divisés une réforme dont ils ne veulent pas et qu’ils chercheront à contourner constitue une autre verticalité macronienne. Par exemple, le CFCM a déjà créé sa propre caisse de financement, par anticipation… En effet, l’islam de France est marocain, algérien, turc ou autre, et non français, et un contrôle accru de l’État français signifie la perte d’immenses ressources financières semi-clandestines (pèlerinage et halal). La transparence dans le financement des mosquées n’existe pas aujourd’hui. Cette réforme risque d’en accentuer l’opacité et de nourrir les courants salafistes, fréristes, tablighs ou encore Millî Görüş turcs qui sont dans une logique identitaire de reconquête des esprits et qui chercheront à profiter de ces nouvelles dispositions pour s’enrichir par tous les moyens, tout en déguisant l’origine des fonds lors des contrôles.

Emmanuel Macron semble donc plutôt vouloir gagner du temps alors que la présence de centaines de mosquées et autres lieux salafistes et fréristes sur notre territoire, comme la mosquée Nour de Mulhouse, contredisent sa volonté d’action. Et puis, de quelle autorité bénéficie-t-il encore dans notre pays avec son incapacité à régler les problèmes d’ordre public depuis l’avènement des gilets jaunes ? S’attaquer au vrai problème, ce serait renforcer la laïcité en lui instaurant une réalité constitutionnelle de neutralité totale dans l’espace public, collectif et politique. Qui en est capable ?

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