Dans la nuit du 29 au 30 décembre 2019, l’ancien géant du marché automobile Carlos Ghosn s’est évadé de Tokyo en empruntant un jet privé jusqu’à Istanbul, avant de gagner Beyrouth. Depuis lors, les médias spéculent sur les modalités de son évasion, alors qu’il était étroitement guetté par les autorités japonaises. Après son arrestation du 19 novembre 2018, pour fraude fiscale massive, l’ex-PDG du groupe Renault-Nissan-Mitsubishi avait obtenu, à l’aide de son avocat japonais Junichiro Hironaka, une liberté (très) surveillée, quasiment aucune conversation privée ne lui étant permise, dès le 5 mars dernier.

Puis, entre-temps, un énième chef d’inculpation, celui d’abus de confiance aggravé, l’avait renvoyé en prison pour, finalement, être remis en liberté sous caution avec, toujours, l’interdiction de quitter le pays du Soleil-Levant. Alors, de l’extérieur, l’ancien homme d’affaires pourrait apparaître comme un Occidental injustement accusé par de sadiques Extrême-Orientaux, au même titre que des expatriés enfermés en Asie du Sud-Est pour détention de drogues, par exemple. Pourtant, ceux-là ne pourront jamais se faire la malle !

Cette évasion aurait été fomentée par son épouse, voire sa famille entière, d’après des médias français, dont Les Échos (« La grande évasion de »). Certains relaient également l’information selon laquelle l’homme aux trois passeports – libanais, français et brésilien, pourtant toujours en possession de Hironaka – aurait fait venir des mercenaires libanais dans son appartement tokyoïte, mais déguisés en musiciens pour y donner un soi-disant concert privé, cette mise en scène permettant à Ghosn de se planquer dans un étui de contrebasse, selon, entre autres, La Dépêche du Midi.

Mais, à vrai dire, il importe peu de savoir exactement comment Ghosn a pu s’extirper de ses responsabilités vis-à-vis de l’État nippon. Parce que, quoi qu’il en soit, il s’agissait d’un plan totalement orchestré dans la mesure où, dès son arrivée dans la capitale libanaise, l’affairiste de 65 ans s’est fendu d’un communiqué dont la teneur semble bien cynique : « Je suis à présent au . Je ne suis plus l’otage d’un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité […] Je n’ai pas fui la justice, je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique. Je peux enfin communiquer librement avec les médias, ce que je ferai dès la semaine prochaine. »

En réalité, ce geste-là risque de mettre à mal sa défense. Parce que Ghosn a trahi et Hironaka – qui risque des sanctions lourdes car jugé responsable des actes de son client – et le dans son ensemble, à l’endroit non seulement de son système juridique mais aussi de sa morale publique. Une humiliation évidente pour un peuple qui, malgré une américanisation de son esprit depuis sa mise sous tutelle par le général MacArthur, n’a cessé d’être une nation digne de ce nom à plus d’un titre – sans immigration de masse, entre autres. Et, à l’évidence, ce « citoyen du monde » n’a cessé de fouler aux pieds une antique civilisation qui, elle, n’a pas renoncé à ses archaïsmes. Enfin, n’est pas samouraï qui veut !

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