Culture - Editoriaux - 1 février 2019

L’Académie française ne veut pas de Luc Ferry… ni des autres !

La vieille dame du quai Conti, comme on la nomme, n’en finit plus de moisir dans la ratiocination. Longtemps caricaturée pour ses vieux barbons cacochymes qui ne la quittent qu’entre quatre planches, elle essaie (paraît-il) de rajeunir les cadres… Sauf qu’il est plus difficile d’entrer dans ce paradis perpétuel qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille (paraphrase de l’Évangile).

La dernière à avoir fait son entrée dans l’illustre maison est Barbara Cassin, élue le 3 mai 2018 au fauteuil laissé vacant par Philippe Beaussant. C’est une philosophe et philologue de haut vol, neuvième femme à entrer dans ce temple “viril” (l’est-il ?), et cinquième à y siéger actuellement. Parmi elles, Hélène Carrère d’Encausse, élue en 1990 actuel secrétaire perpétuel – et non pas “actuelle secrétaire perpétuelle” – de l’institution.

Barbara Cassin y a plus que d’autres – nominations politiques ou diplomatiques, s’il en est – sa place, l’objet de la grande maison fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu étant de « normaliser » et de « perfectionner » la langue française. Mission avalisée en ces termes par le roi Louis XIII : « Donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. »

Ce jeudi, les académiciens votaient donc pour élire un remplaçant au très regretté Michel Déon. Avant de quitter cette basse terre, notre hussard avait depuis bien longtemps lâché la France pour la verdoyante Irlande, mais il était toujours dans nos cœurs. Belle langue, bel homme, belle littérature… Mais rien à faire : les hommes en vert n’arrivent pas à se mettre d’accord sur son successeur. C’est ainsi que Luc Ferry vient de se faire blackbouler. Alors qu’il faut la majorité absolue pour intégrer l’auguste cénacle, il n’a obtenu, au troisième tour, que six voix sur vingt-neuf.

« Aucun candidat n’ayant obtenu la majorité, l’élection est blanche et reportée à une date ultérieure. Le fauteuil reste ouvert et l’enregistrement de nouvelles candidatures est maintenu », a signifié l’Académie française dans son communiqué.

Ça devient compliqué… car Luc Ferry n’était pas le premier, ni le seul, à se présenter au fauteuil de Déon. Il avait, cette fois, comme challengers Charles Dantzig, Alain Duault et Michel Orcel. Des candidats très comme il faut, pas politiques ceux-là, pas polémiques ni polémistes. Mais pas élus non plus.

Il faut dire qu’au premier scrutin, en juin dernier, le tour des politiques avait été tout aussi désastreux : exit, alors, l’ancien président d’Arte Jérôme Clément, l’ex-ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et l’ancien président de la Bibliothèque nationale de France Bruno Racine. Pour faire bonne mesure, il y avait aussi un écrivain, François Taillandier, éjecté lui aussi.

Second round en novembre avec Benoît Duteurtre et Pascal Bruckner, qui n’eurent pas, non plus, l’heur de plaire aux illustrissimes. Sans doute irremplaçable, Michel Déon est donc toujours irremplacé. Et sont aussi à pourvoir les fauteuils de Simone Veil, Jean d’Ormesson et Max Gallo…

Terrible à dire, mais alors que tout file à la vitesse de la lumière, l’Académie fait figure de monument historique. Son temps n’est plus le nôtre, son lustre a terni depuis belle lurette et ses desiderata et autres pinaillages pour savoir quel fessier peut trôner parmi l’assemblée n’amuse pas grand monde.

Surtout en ces temps de manifs en jaune, il faut se souvenir du rapport accablant rendu par la Cour des comptes sur l’institution (2015), dénonçant une scandaleuse gabegie financière, entre logements de fonction attribués à vie, frais de déplacements astronomiques et autres pensions aussi faramineuses qu’injustifiées…

Du coup, pas sûr que l’amour du français soit le seul motif qui les pousse à y aller…

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