Editoriaux - 31 mars 2019

La vieille dame, le Président et le policier

Finalement, cette histoire autour de Geneviève Legay est pleine d’enseignements. Elle nous montre que, parfois – et peut-être plus souvent qu’on le pense -, l’exemple vient plus du bas que du haut.

La vieille dame, d’abord. Façon bien irrévérencieuse, je le concède, de parler d’une « senior » âgée d’à peine 73 ans. De nos jours… On est d’accord ou pas avec les idées de Mme Legay, militante d’ATTAC (elle ne doit sans doute pas lire Boulevard Voltaire en se levant le matin), mais on peut lui reconnaître son militantisme. Alors qu’elle pourrait tranquillement passer son samedi après-midi à déambuler sur la promenade des Anglais, à faire du sudoku ou voir le monde défiler en boucle devant son téléviseur, madame Legay monte à l’assaut, drapeau au vent, pour défendre une cause en laquelle elle croit. Il y a tellement de gens qui ne croient plus en rien. Un exemple à suivre ? Je n’irai peut-être pas jusque-là. Elle a été imprudente, s’est aventurée dans une manifestation interdite. Je crois avoir entendu, aussi, sur je ne sais plus quelle chaîne, qu’elle ne savait pas. Peu importe.

Pas comme le Président. Le Président, lui, il sait. Il sait tout sur tout et toujours. Même s’il ne sait pas. Il n’a pas fait l’armée, mais comme il en est le chef, il connaît et applique à merveille les principes qui régissent cette vénérable institution depuis la nuit des temps. Article 1 : le chef a toujours raison. Article 2 : quand le chef a tort, se reporter à l’article 1. C’est ainsi que, la semaine dernière, le Président affirma mordicus dans un tweet que Mme Legay n’avait pas été en contact avec les forces de l’ordre. C’est fou, avec tous ces moyens modernes, comme les informations remontent vite au plus haut niveau de l’État. Bon, dans le cas qui nous intéresse, heureusement qu’il y a l’article 2, puisque l’on sait désormais que la dame a bien été bousculée par un policier et, donc, par définition, qu’il y a eu contact. On sait que le Président a du mal avec les excuses. Je n’ai aucune compétence en psychologie et encore moins en pédopsychologie, donc je ne me hasarderai à aucune explication fumeuse. Je constate, c’est tout. Va-t-il se fendre d’un petit tweet d’excuses ? On n’exige pas qu’il demande pardon, fasse livrer des fleurs ou pénitence, pieds nus, la corde au cou. Juste un petit « Je m’excuse ». Bien mal élevé, certes, mais on comprendra. Du bout des lèvres, comme les excuses qu’il fit aux Français en décembre dernier : « Je sais que j’ai pu blesser certains d’entre vous par mes propos » (en clair : j’ai blessé beaucoup d’entre vous).

Pas comme le policier. Lui, il présente ses excuses. Tout en bas de la hiérarchie, bras armé du pouvoir, si j’ose dire, il a non seulement reconnu les faits – ce que le Président et son ministre de l’Intérieur n’ont pas fait pour le moment – mais, en plus, il a présenté ses regrets. Ce qui n’est pas rien. Dieu merci, la vie de la dame n’étant plus en danger, il n’a que des regrets, pas des remords. Il sait, non pas qu’il a pu, mais qu’il a blessé : « Mon client tient tout d’abord à exprimer ses plus sincères regrets quant aux conséquences de l’intervention des services de police sur la personne de madame Geneviève Legay et aux blessures qu’elle a subies à cette occasion. »

Décidément, l’exemple vient du bas, dans ce pays. On attendrait qu’il vienne d’en haut. C’est peut-être pour ça que la France ne tourne pas très rond. C’est peut-être aussi un peu pour cela que les gilets jaunes sont descendus dans la rue.

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