Editoriaux - Politique - 26 juillet 2018

La vérité si je mens… sous serment !

L’affaire Benalla, avec ses rebondissements, éclaire dans un grand désordre, si je puis dire, les citoyens sur la valeur de la parole et des témoignages.

Ainsi, les acteurs convoqués devant la commission parlementaire ont dû prêter serment de dire la vérité. On a pu constater qu’elle fut à géométrie et temps de validité variables. D’abord car d’aucunes semblaient s’opposer, ensuite d’autres étaient dénoncées ultérieurement par leurs propres auteurs, comme ce haut gradé, atteint de troubles cognitifs face à cet imposant et terrible tribunal parlementaire qu’il a dû affronter…

Il est un témoin de dernière heure qui n’a pas eu à lever la main droite pour jurer. En revanche, il a agité avec véhémence les deux devant une cour de loyaux sujets et autres dévots qui ont applaudi ses révélations politiques et privées, sur commande d’un de ses fidèles. C’est le Président lui-même !

C’est, d’ailleurs, une paradoxale curiosité et exception française qui ne contraint pas un Président élu à prêter serment – par exemple sur la Constitution -, alors qu’il est exigé, dans notre pays, de pas moins de vingt et une professions, comme les avocats, les magistrats, les architectes et maints autres. Contrairement à la plupart des démocraties, et même de certaines dictatures, le plus haut magistrat de notre pays n’est pas requis officiellement de prêter serment de fidélité, sincérité, conscience et honnêteté face au peuple qui l’a désigné !

Cette grande faveur l’éloigne de toute tentative de destitution, nonobstant des comportements ou confidences qui terniraient gravement son image face au pays et au monde, ou affecteraient dangereusement la sécurité de la nation. Vous voyez à qui je pense, traînant nuitamment sur un scooter ou révélant des secrets d’État à deux journalistes. Pour lui, une destitution larvée fut cependant effective à l’issue de son mandat.

Actuellement, l’article 68 de la Constitution stipule lapidairement que “Le président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour.”

Puisque la révision de la Constitution est en marche, même si malencontreusement retardée par ces diatribes et procès des oppositions et des médias alléchés par une audience supérieure à la Coupe du monde, ce sujet primordial de la prestation de serment du Président devrait y être abordé.

J’appelle les républicains et autres protecteurs d’une authentique démocratie sans tache à le proposer et l’exiger. Mais peut-être eux-mêmes ne sont-ils pas très chauds ?

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