S’il fallait dresser un classement des mots en vogue, on pourrait mettre en tête du peloton « résilience » et « bienveillance », ces deux mamelles du vivre ensemble vantées à longueur de publications, entre manuels de développement personnel et méditation de pleine conscience.

Ah, la pleine conscience…

La pleine conscience nous dit, hélas, que ce sont là des mots pour cacher des maux qui n’ont pas l’air de prendre le chemin de la guérison. La résilience et sa douce fille la bienveillance semblent même s’éloigner vers un horizon de nuées sombres.

La mort de l’Américain George Floyd ayant secoué la planète, du moins sa partie occidentale, l’onde de choc est en train de remonter le temps. Déjà les statues tombent et les plaques de rue se déboulonnent aux carrefours. C’est donc pour tenter d’apaiser la vague scélérate qui emporte tout sur son passage que le roi des Belges vient d’adresser ses plus profonds regrets à la République démocratique du Congo.

À l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance, le roi Philippe a écrit au président de la RDC, Félix Tshisekedi :

« Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore présentes dans nos sociétés.

À l’époque de l’État indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations. »

Bien décidé à « combattre toutes les formes de racisme », le souverain conclut : « J’encourage la réflexion qui est entamée par notre Parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée. »

Le roi Philippe n’y est pour rien ; l’affreux de la famille est son ancêtre le roi Léopold II, de son petit nom Léopold Louis-Philippe Marie Victor de Saxe-Cobourg-Gotha, petit-fils de notre Louis-Philippe à nous, né au palais royal de Bruxelles le 9 avril 1835 et mort le 17 décembre 1909 au château de Laeken. Second roi d’une Belgique devenue indépendante, il se sent pousser, comme ses voisins européens, des désirs d’empire et appliquera à l’État indépendant du Congo (EIC, devenu aujourd’hui RDC) sa méthode forte. La voici résumée par Wikipédia :

« Sous le contrôle de l’administration de , l’État indépendant du Congo connaît un développement inédit : construction de voies ferrées, bateaux, développement du commerce, de l’agriculture et d’activités minières, fondation de villes, dont Léopoldville, lutte contre les maladies qui déciment la population, organisation d’une Force Publique, établissement de dispensaires, d’écoles, de centres de développement. L’est du Congo est délivré du fléau des esclavagistes arabisés. Mais tout cela est accompli au prix fort : confiscation de terres, irrespect des coutumes, application d’un régime de travail forcé, introduction de maladies, etc. Les richesses abondantes (caoutchouc, ivoire, mines, etc.) du Congo incitent la couronne et les compagnies concessionnaires à entreprendre l’exploitation brutale de sa population. Celle-ci diminue fortement, entre 8 et 30 millions de victimes selon l’Encyclopædia Britannica, au point que certains historiens désignent cette période comme un “holocauste oublié”. »

La terre est nourrie des flots de sang de l’histoire humaine. Le massacre est assurément une constante de l’humanité.

Léopold II, précurseur à sa façon, gérait et exploitait l’EIC comme sa propriété personnelle. Toutefois, il en usa et abusa tant que « les atrocités commises sur les populations locales en vue d’extraire un rendement maximal des ressources — principalement l’ivoire et le caoutchouc – entraînèrent la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale en 1904. En 1908, sa « propriété » revenait à l’État belge.

Reste que, pour les Belges, loin des rives du Congo, le roi Léopold II fut un grand roi bâtisseur…

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