On ne sait plus où donner de l’indignation. Chaque jour, agressions et violences. De plus en plus gratuites, de plus en plus odieuses. Plus aucun frein, plus aucune limite : les maires, les élus deviennent une cible prioritaire, à Bondy comme ailleurs. Des jeunes gens courageux venant au secours de leurs proches sont tabassés. Avec une totale arrogance, la malfaisance se déploie et s’accomplit.

Je n’oublie pas ce qui a suscité l’ire politique la plus vigoureuse, la réprobation la plus ferme : la racaille ayant incendié, vandalisé, frappé, dévasté autour du Parc des Princes, durant et après la finale ayant opposé le PSG au Bayern de Munich (Le Figaro).

Laissons d’emblée de côté le « il n’y a qu’à » qui n’est que le refuge confortable de ceux qui ne sont pas aux responsabilités.

Mesurons comme il convient les semonces partisanes, les conseils péremptoires : je suis persuadé que, quel que soit le pouvoir à tous niveaux, il serait confronté aux mêmes épreuves et ferait l’objet, peu ou prou, des mêmes critiques. Aucune recette magique n’existe dans le carquois républicain sinon, peut-être, demain, un peu plus de courage, un peu moins de mansuétude. Je le dis avec prudence, tant je ne suis pas sûr de ce que mon espérance souhaiterait mais fait douter sans cesse mon pessimisme civique informé.

Je n’use pas du terme « racaille » sans réfléchir mais en pleine conscience de ce que Paris et d’autres cités doivent subir de la part de minorités qui n’ont rien à voir, dans le comble de leurs transgressions délibérées, avec la délinquance ordinaire.

D’abord contre les forces de l’ordre et la normalité tranquille et respectable de la France (commerces, monuments, écoles, services publics, etc.), de tout ce qui de près ou de loin, de l’État et de toutes ses incarnations à l’autorité la plus basique, affecte et infecte le visage républicain.

J’y inclus l’accroissement des actes et des propos racistes, antisémites et homophobes qui, loin d’être découragés par l’opprobre politique et médiatique, me semblent au contraire stimulés : trop afficher le bon exemple en démocratie, c’est inspirer le mauvais à certains pervers !

C’est cette « racaille » que je vise et que je cible.

Je ne crois pas, contrairement à ce qu’a soutenu Michel Onfray, que le gouvernement et la police ont laissé s’accomplir le pire « pour acheter la paix sociale ». Cette interprétation serait, d’une certaine façon, rassurante parce qu’elle révélerait un pouvoir qui ne serait pas dépassé par la réalité mais l’exploiterait.

Il y a eu, au cours de cette nuit déplorable, environ 160 interpellations, ce qui n’est pas rien. Je ne sais pas combien de ces « casseurs » et autres seront déférés au parquet puis, éventuellement, jugés avec, toujours, cette difficulté de l’administration de la preuve tant qu’on n’acceptera pas le recours efficace à la notion de « culpabilité en gros ». Il n’y a pas, à l’évidence, l’acceptation d’un état de choses perçu comme intolérable.

Avec le Premier ministre Castex et Gérald , nous disposons d’un couple qui veut bien faire, dont la bonne volonté est éclatante et le verbe intimidant. Mais, pour l’instant, rien ne régresse dans les manifestations de barbarie, d’, de criminalité et de délinquance qui, trop régulièrement, altèrent notre quotidien rêvant d’une démocratie qui serait crainte.

Parce que, d’abord, il convient de se confronter à la rudesse d’un constat qui nous éloignerait des considérations sociologiques et économiques mais nous contraindrait à regarder en face une malfaisance n’ayant pas d’autre finalité qu’elle-même. On traite cette « racaille » comme si elle était susceptible, demain, à partir de son délire violent et gratuit d’aujourd’hui, de comprendre, de s’amender, de virer vers la rédemption que la bonne conscience progressiste s’acharne à imaginer en chacun.

Cette sauvagerie nue, qui n’éprouve pas le besoin de se chercher des motivations mais jouit de sa terrifiante réalité, devrait nous conduire à réfléchir sur ce point capital que je pourrais résumer de la manière suivante : comment, sinon éradiquer, du moins nettement réduire la frénésie transgressive de groupes, de minorités venant parasiter le festif, le social ou le politique, au pouvoir de malfaisance illimité, à la volonté de nuire infinie, si le pouvoir face à elle, dans toutes ses instances, de la police à la Justice, est désarmé ?

Notre société, à cause de la lâcheté politique (j’y mets gauche et droite, celle-ci ne rêvant que de s’approprier les bonnes grâces humanistes et stériles de celle-là) et d’une incroyable et majoritaire démagogie médiatique, en est arrivée au point où elle n’ose plus mettre en œuvre, au travers de l’ensemble de ses instances protectrices, tout ce que la loi permettrait d’accomplir sans renier valeurs, principes mais pour sa sauvegarde efficace.

Face à une malfaisance cruellement illimitée, nous avons un pouvoir qui, avec une sorte de masochisme douloureux, se plaît désarmé. Et impuissant.

L’affaire Traoré en est un parfait exemple. Quand on n’ose plus prendre les décisions qui s’imposent par peur d’exercer une autorité et un arbitrage légitimes et que, d’expertises en expertises, on retarde l’accomplissement de son devoir, on aboutit à un dévoiement aux funestes conséquences.

Un pouvoir désarmé, une police qui, à chaque seconde, doit se préoccuper du regard politique et médiatique plus que de sa propre efficacité, une Justice tétanisée, une racaille qui sent ces faiblesses et s’ébat avec une volupté destructrice dans cet espace où républicain rime avec mollesse, et on voudrait ne plus vivre les débordements odieux de cette nuit, les violences qui pour tout et n’importe quoi molestent et blessent quand elles ne tuent pas, les mille comportements qui démontrent que l’État ne sait plus comment faire et que sa bonne volonté suscite l’apitoiement plus que le soutien !

On en arrive toujours à la même conclusion : la sauvagerie est fière d’elle, la force légitime a honte d’aller au bout d’elle-même !

L’audace doit changer de camp.

Extrait de : Justice au Singulier

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