Editoriaux - International - Justice - 13 juin 2019

La princesse saoudienne voulait tuer le plombier. C’est son gorille qui comparaît devant la Justice…

C’est une histoire comme on ne les raconte pas. Peur de se fâcher avec nos grands amis saoudiens. Des gens très bien qui se croient tout permis sur notre territoire. Et pourquoi ne le croiraient-ils pas, je vous le demande, puisque, de fait, tout leur est permis ?

Cette fois, pourtant, la Justice française va tenter de faire payer un lampiste : en l’occurrence le gorille de la princesse, fille de l’ex-roi Salman et sœur du prince régnant Mohammed ben Salmane, le très adulé MBS par tous les roitelets républicains. L’affaire sera devant la XIVe chambre du tribunal correctionnel, le 9 juillet prochain.

Les faits remontent à septembre 2016. Ce jour-là, un plombier intervient dans le « pied-à-terre » parisien de la dame, un hôtel particulier de cinq étage, avenue Foch. Habitué aux exigences de ces nababs, l’artisan prend une photo de la pièce pour être sûr de remettre toutes les choses à leur exacte place. Mais la sérénissime ne l’entend pas ainsi. Elle l’accuse de vouloir vendre les photos à la presse et appelle aussitôt son gorille : « Il faut le tuer, ce chien, il ne mérite pas de vivre ! » (sic)

Le gorille : Oui princesse, c’est comme Votre Altesse voudra ! Le bonhomme est armé. Une faveur spéciale accordée aux gardes du corps étrangers par notre ministère de l’Intérieur.

Le plombier tente de s’expliquer, mais c’est peine perdue. Le gorille le cogne, lui ligote les mains puis, obéissant, lui ordonne de s’agenouiller pour baiser les pieds de la princesse. L’artisan refuse la séance de lèche-babouches. L’autre lui colle son flingue sur la tempe. Ça va durer quatre heures avant qu’un autre n’intervienne. Comme le rapportait Le Point, à l’époque, ce troisième larron « réalise une photocopie de sa carte d’identité et lui enjoint de partir en lui interdisant “l’accès au XVIe arrondissement à jamais” » ! Il paraît que « malgré l’adversité, le petit artisan a demandé à être payé et a présenté sa facture de 20.000 euros. En vain. Et les Saoudiens ont conservé son matériel. »

C’est connu, « les riches familles du Golfe » traitent le personnel à coups de savate. Pourquoi se gêner : l’immunité diplomatique est là pour ça, non ?

Plus scandaleux encore : bien que non couverte par celle-ci, la princesse avait alors, à la demande du parquet, bénéficié d’une levée de sa garde à vue avant même d’avoir été entendue par les enquêteurs. Une heure plus tard, elle quittait le territoire français. C’est donc le gorille qui va comparaître, ce 9 juillet, devant le tribunal correctionnel…

Pourquoi se prosterne-t-on devant les Saoudiens ? Pourquoi aucune loi, nulle part, n’est-elle susceptible de les atteindre ? À cause du fric, bien sûr, du pétrole qu’on leur achète, des armes qu’on leur vend, des musées qu’on leur bâtit…

Le Louvre Abou Dhabi, par exemple. Comme dit la pub : « Un grand musée d’art à vocation universelle, né du désir des dirigeants de l’émirat d’Aou Dhabi de faire de leur pays une destination culturelle de qualité et de devenir une référence en matière d’art, d’éducation et de culture. »

C’est pour lui – croyait-on – que de mystérieux acheteurs avaient acquis, en 2017, chez Christie’s, le Salvator Mundi de Léonard de Vinci, tableau le plus cher du monde : 450 millions de dollars. Officiellement, donc, un achat de prestige pour venir compléter la collection du Louvre Abou Dhabi, mais selon les informations du Wall Street Journal, « l’acheteur serait en fait le prince saoudien Badr ben Abdallah, agissant au nom du puissant prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane ».

Les supputations en étaient restées là, le tableau, tout aussi mystérieux que son nouveau propriétaire, ayant depuis la vente disparu des radars. Il paraît qu’on vient de le localiser. Et où ça, je vous le demande ? Sur le yacht de M. MBS. Un homme d’éducation et de culture, comme sa sœur, qui veut son Léonard pour lui…

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