La Nouvelle France scande « On est chez nous » devant les tombeaux des rois de France

Quand dans les meetings du RN, certains s'y essayaient, on les conspuait.
Capture d'écran ©x
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« On est chez nous ! » Longtemps présenté par la gauche comme le slogan détestable par excellence lorsqu'il était scandé dans les meetings du RN (certains en ont même fait un film), le voilà désormais repris sans complexe dans ceux de La France insoumise. La scène observée à Saint-Denis lors du rassemblement de Jean-Luc Mélenchon est révélatrice du bouleversement idéologique auquel nous assistons.

Le décor, d'abord, n'a rien d'anodin. Saint-Denis, la basilique, les tombeaux des rois de France. Antoine Léaument s'en est même félicité, sur X : « Nous serons devant les tombeaux des rois avec nos drapeaux de la Révolution française. » Le symbole est limpide. Il ne s'agit pas seulement de tenir un meeting : il s'agit d'opposer deux France, d'enterrer l'une pour célébrer l'avènement de l'autre. La France (ancienne) est morte, vive la France (nouvelle).

Dans ce contexte, entendre les rois de France hués sous les yeux du maire de Saint-Denis, sans la moindre protestation de sa part, est odieux. Ceux-là mêmes qui reposent dans la basilique ont pourtant façonné le pays dont cette ville tire aujourd'hui son rayonnement. Un minimum de respect, ne serait-ce que patrimonial, n’aurait pas été excessif. Même si l’on sait que LFI crache volontiers sur les tombes. C’est sa marque de fabrique.

Pas une France, mais deux

Mais le plus significatif est venu du discours de Jean-Luc Mélenchon. « Un Français sur trois est héritier de l'immigration », s'est-il réjoui. Le constat peut être discuté, mais ce qui mérite attention est moins le chiffre que la satisfaction affichée. Pourquoi cet état de fait est-il présenté comme une bonne nouvelle ? Parce qu'il correspond à la définition de la « nouvelle France » régulièrement invoquée par les responsables insoumis, et en particulier Bally Bagayoko. Pas une France, mais deux. Un séparatisme fondé sur les origines. Une France d'hier, implicitement dépassée, et une France de demain, valorisée - supérieure, donc - parce qu'issue de l'immigration. Le « suprémacisme » que Jean-luc Mélenchon prête dans son discours au RN, c’est lui qui le met en place.

Cette logique culmine lorsque la foule scande « On est chez nous ». Mélenchon reprend le slogan avec enthousiasme. Et c'est là que le retournement devient fascinant. Lorsque ces mots étaient prononcés par des électeurs du RN, ils étaient dénoncés comme une expression d’exclusion xénophobe. Aujourd'hui, ils deviennent éléments de langage LFI. C’est de l’endophobie : la haine des autochtones. La politique du « poussez-vous de là que je m’y mette ». Bref, le Grand Remplacement, nié par Jean-Luc Melenchon quand il était au PS aujourd’hui, assumé.

Ici, c'est la force. Quelle force ?

Cette séquence est d'autant plus troublante qu'elle s'accompagne d'une rhétorique de plus en plus agressive. Antoine Léaument a relayé les slogans « On est chez nous » et « On va gagner » en y ajoutant « Ici est la force ». Pourquoi la force ? Quelle force ? Contre qui ? Dans quel but ? Le mot est troublant, dans la bouche de celui qui glorifie régulièrement la Terreur.

D'autant que la vidéo était accompagnée d'une musique dont les paroles répètent : « Sortez les armes à feu. » Certains invoquent le second degré ou les codes du rap contemporain. De qui se moque-t-on ? Lorsqu’on choisit un morceau parmi des milliers d'autres, on ne peut faire comme si les paroles n'existaient pas. Les responsables politiques savent parfaitement ce qu'ils mettent en scène.

Un climat insurrectionnel s’installe comme dans du beurre. Une atmosphère de confrontation permanente, de fracture identitaire assumée. Devant les tombeaux de ceux qui ont précisément construit l'unité du pays.

Reste une question : cette stratégie fonctionnera-t-elle ? La France insoumise semble parier l'essentiel de son avenir électoral sur la mobilisation des Français issus de l'immigration. Pourtant, malgré les discours flagorneurs, les symboles voyants, les battements de cil lourdingues, les clins d'œil appuyés, les résultats restent incertains. Le Monde notait lui-même que le public présent à Saint-Denis demeurait « majoritairement blanc », « signe des difficultés persistantes de LFI à mobiliser les populations qu'elle prétend représenter ».

Seuls les habitants du VIe arrondissement de Paris se sont mobilisés. La réalité électorale est peut-être moins spectaculaire que la mise en scène.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

79 commentaires

  1. le maire de ST Denis se présente aux présidentielles il a déclaré « nous avons la force  » et le NOMBRE SURTOUT

  2. Sa présence en face des tombeaux de nos Rois n’a rien d’anormal car il est lui même un roi, et la bienséance ne me permet pas de préciser de quoi ni de qui.

  3. les politiciens au pouvoir ne sont que des formes de larves immondes et visqueuses qui suintent la misère intellectuelle et la lacheté permanente , Imaginez bien que non contents du désastre annoncé, les zozos sont capables de voter deux fois pour se faire enterrer vivants

  4. Jean Luc est chez lui à saint Denis.
    Mais s’il veut prendre sa place dans la basilique, il faudra faire avec d’autres enfants de cœur et peut-être bientôt graisser la patte des amis de Bally.

  5. Il serait bien que ce personnage funeste passe le premier tour. Il se fera ensuite balayer par la camp national…

  6. Et tout le monde d’envoyer son petit couplet élogieux ! Melanchon, l’érudit ! Melanchon, le dernier tribun ! 60 ans que ce petit monsieur joue le même numéro sur la scène politique française. S’il n’est pas au point, excusez du peu ! Maintenant, et ce qui est le plus important, combien de fois a-t-il troqué son personnage pour des avantages du moment, sans pour cela en avoir les fruits. Du parti socialiste à LFI, en passant par le trotskisme, et tous les « ismes » de la dialectique politicienne de gauche, jusqu’au Mitterandisme, empruntant tous les isthmes de la contradiction sémantique idéologique, pour finir par célébrer le futur homme nouveau dans un bain de drapeaux français, oripeaux d’un monde ancien, du français d’hier, du vieux monde sorti des tiroirs empoussièrés de la révolution française, là où, il y a encore un mois il se vautrait devant les drapeaux algériens et palestiniens, en insultant les français pour enfin réaliser que la France vaut bien une parjure de plus pour quelqu’un qui se croit libre de tout, libre de se renier, de tricher, de parjurer et d’abjurer, qui ne vit que du regard d’autrui, comme un caméléon, pour en gouter les acclamations. Etre, ce n’est pas cela ! Ce genre de tribun ne peut redresser la France et nous apporter des solutions. Un homme, fut-il politique, c’est ce qui EST, non ce qu’il raconte !

  7. Bonjour Gabrielle,
    Pourriez-vous cesser d’utiliser cette expression stupide de Mélanchon « Nouvelle France » qui invisibilise cette authentique « Nouvelle France » qui exista de 1534 (1er voyage de Jacques Cartier au Canada) à 1763 (Traité de Paris) et qui constitue la base commune des 25M de citoyens étasuniens d’origine franco-canadienne et des 10M de citoyens canadiens ayant une origine française. Je vous propose à la place l’expression « France Nouvelle » qui correspond davantage à ce que Mélanchon a en tête et qui reste moins insultante envers les authentiques descendants nord-américains de cette Nouvelle France historique qui a bel et bien existé et n’a strictement rien à voir avec la vision créolisante de Mélanchon. Merci.
    Patrick Salin

  8. On n’est pas chez soi quand on assimile pas les valeurs, la culture et l’histoire d’un pays (je vous ai épargné la religion). Une population qui reste dans l’entre-deux aux niveaux des pays est ni français ni originaire de son pays (La encore je suis gentil, beaucoup ne se disent même pas français en France). Un moment il faut choisir et aller au bout pour eux!

  9. Que des jeunes puissent se laisser séduire par ces individus, on peut encore à la limite le comprendre, mais que des personnes d’un certain âge adhère à ce cirque, j’ai bien du mal à comprendre.

  10. C ‘est très , très inquiétant , ces révolutionnaires veulent notre peau et ils ont tous les droits

  11. Je vais emprunter à Voltaire – pas Boulevard, mais François-Marie AROUET :
    « L’autre jour au fond d’un vallon
    Un serpent piqua Mélanchon
    Que croyez-vous qu’il arriva ?
    Ce fut le serpent qui creva. »
    Le vrai danger dont on nous menace n’est pas la droite.

  12. Gardons espoir ! L’ancienne France, celle qui se veut éternelle, n’a pas encore reconnu ‘ on est chez eux’

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