Le livre de Régis de Castelnau Une Justice Politique offre un éclairage libérateur sur l’évolution politique de notre pays. Pour ceux qui n’ont toujours pas compris ni admis qu’un socialiste tendance Terra Nova, ou caviar, au choix, un bébé Attali, occupe l’Elysée au lieu de celui qui avait l’expérience la plus solide parmi les hommes politiques de notre pays,  pour ceux qui s’interrogent sur la morgue ou l’arrogance du pouvoir actuel, pour ceux qui comme le comédien Niels Arestrup s’indignent de la manière dont le Président s’adresse aux Français, cet ouvrage fournit une grille d’explication sous forme d’enquête au bout de laquelle le lecteur s’écrie : “bon sang, mais c’est bien sûr” !
La France a subi, en 2017, un coup d’État judiciaire. Certes, il avait pour but de disqualifier François Fillon et d’assurer la victoire de Macron, puisque le second tour face à Marine Le Pen n’était qu’une formalité, mais il avait surtout pour raison d’être l’affirmation du pouvoir des magistrats face à l’abaissement des politiques. François Hollande avait créé le parquet national financier après l’affaire Cahuzac. Celui-ci est devenu l’exécuteur de Fillon. Jamais le duo presse-magistrats n’avait fonctionné à cette vitesse au triple mépris, d’abord de la coutume qui doit évidemment mettre des candidats à l’abri de poursuites durant le temps de l’élection, ensuite de la séparation des pouvoirs qui devait interdire une perquisition à l’Assemblée, et tout contrôle de l’emploi de ses assistants par un député, ce qui relève d’abord de ses pairs, c’est à dire du Bureau de l’Assemblée, et enfin du secret de l’instruction lié à la présomption d’innocence, puisque la diffusion des « informations » se faisait en flux tendu grâce à la connivence entre journaux et magistrats.

La finalité de l’opération n’était pas de faire justice mais d’évincer Fillon. La condamnation récente du candidat malheureux n’a été qu’une validation de l’opération, comme par hasard au moment des municipales, histoire d’aider sans doute Les Républicains… Acharnement sur les uns, protection des autres : la différence réside dans le rapport avec le « Château ». Les concurrents éventuels sont les plus ciblés : une véritable « chasse au Sarkozy » n’en finit pas, d’une affaire à l’autre, d’écarter l’indésirable. Même si l’on doit attendre les décisions de la Justice, le ciblage et l’agenda laissent peu de doutes sur leur intention politique. De la même façon, la sévérité des peines prononcées contre les gilets jaunes, les vrais, et non les casseurs introduits dans leurs manifestations, a dépassé tout ce que l’on avait connu jusqu’à présent en matière de répression de manifestations, non seulement par la brutalité du maintien de l’ordre, mais aussi pour les suites judiciaires : 1.796 condamnations, 316 mandats de dépôt…

Dans cette mise au service du pouvoir macronien de la magistrature, il n’y a pas seulement une préférence idéologique pour le « progressiste » face à la droite, pas seulement un ralliement au sein du « bloc élitaire » contre le « bloc populaire », il y a le désir d’une caste de s’émanciper du pouvoir en le rendant dépendant d’elle. L’idée d’une indépendance de l’ensemble à l’égard du pouvoir est absurde car le parquet doit évidemment être soumis à une politique tandis que les juges doivent juger des personnes, et le faire en toute indépendance en appliquant la loi. Or, on assiste, aujourd’hui, à un phénomène gravissime qui détruit les fondements mêmes de la République : le pouvoir législatif est désormais totalement aux ordres de la présidence qui se plaint parfois des réticences des députés, et par une sorte de masochisme, ceux-ci ont tendu aux magistrats des verges pour se faire battre, par exemple en diminuant l’immunité parlementaire qui est simplement la protection de la liberté de parole d’un représentant du peuple.

L’autorité appuyée sur le « quatrième pouvoir » des médias est devenue, de fait, le premier des pouvoirs, puisque la stratégie déployée pour Macron pourrait parfaitement se retourner contre lui. La nomination de Dupond-Moretti a été ressentie comme une offense par beaucoup de magistrats. Le ministre de la Justice est, aujourd’hui, visé par une instruction de la Cour de justice de la République après les plaintes de l’association Anticor et de trois syndicats de magistrats. Des plaintes ont également été déposées contre les ministres qui ont géré la crise du Covid-19. C’est le président lui-même qui confiait à Philippe de Villiers que son premier ministre gérait son « risque pénal ».

Le gouvernement des juges face à un pouvoir politique démonétisé ne va ni dans le sens de la démocratie, puisque le peuple est tenu à l’écart de cette lutte sourde à l’intérieur de l’oligarchie, ni dans celui de la République, puisqu’il inverse la hiérarchie légitime des pouvoirs que seul le suffrage populaire doit fonder.

29 janvier 2021

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