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Coronavirus - Editoriaux - Politique - Tribune - 30 mars 2020

La guerre de la communication est, elle aussi, perdue

À répéter indéfiniment et avec une impuissance hébétée qu’on est en guerre, contre le terrorisme et en même temps contre un virus, les dirigeants français ont perdu celle de la communication par usure de la confiance populaire, la plus ravageuse car la plus contagieuse.

Avec le Président Macron, on est définitivement passé de la maxime « gouverner, c’est prévoir » (dixit Émile de Girardin, 1852) à « gouverner, c’est communiquer ». En plus de la première qui se poursuit par « et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte », la seconde se termine par « et ne faire que communiquer, c’est courir à la perte des autres ».

Avez-vous remarqué que, lorsque vous pointez les carences flagrantes et les mensonges éhontés de l’équipe Macron, il y a toujours de bonnes âmes pour rétorquer que « ce n’est pas le moment de critiquer » (finalement, ce ne serait jamais le moment) ; que « c’est de la récupération politique » (non, du contrôle citoyen !) ; « qu’un autre n’aurait pas fait mieux » (l’autre, virtuel, condamné par contumace, celui-ci  réel, gracié par un zélotisme tenace) ; et que « les autres chefs d’État ne font pas mieux : la preuve avec Trump, Johnson ou Poutine » (et quand bien même ?), etc.

Cette manie de leur trouver toujours des excuses est pénible de mauvaise foi et d’aveuglement ; comme si la majorité qui l’a élu par défaut en 2017 avait du mal à reconnaître son erreur. C’est à croire que le roi de la parlote, démystifié ici, recourt à quelque sortilège vaudou suggéré .

Or, pendant qu’on intube des milliers de personnes en détresse respiratoire, le gouvernement continue d’entuber des millions de citoyens avec des déclarations indécises et louvoyantes, Premier ministre en tête avec des discours fleuves qui ne font que nous dire, d’un air défait, ce qu’on sait déjà, ou sa porte-parole qui nous inflige sa propre parole sans intérêt et dont les perles d’inculture et d’inconséquence, gravées sur la toile numérique, sont con-sternantes. En somme, des coups de com’ de plus en guise de coups de gomme croient effacer la mémoire courte comme l’Histoire longue.

Pire : le Premier ministre ne fait que répéter qu’il est « inquiet » – on l’est encore plus que lui, débordé par une situation si mal gérée depuis trois mois par choix politique de mensonge d’État délibéré, confessé par son ancien ministre de la santé, docteur Agnès Buzyn, après que celle-ci a déserté le champ de bataille sanitaire défensive pour tenter sa malchance dans une bataille électorale diversive.

Le gouvernement est en état de sidération alors qu’il a donné à un moment crucial, fin février, la priorité à l’imposition autoritaire de la réforme des retraites, finalement retirée peu de temps après, plutôt qu’à la gestion de la crise sanitaire. Puis il a soudainement changé d’avis un mois plus tard (trop tard ?) pour donner enfin sa chance – ou plutôt aux malades – au traitement à base de chloroquine du professeur Didier Raoult, raillé peu avant et préjugé coupable de « fake news » par les censeurs insensés du Decodex, devenu Deconnex. Non par un éclair de lucidité, mais sous la pression et les menaces de procès de la société civile de plus en plus désobéissante.

Pendant que le gouvernement tente de rattraper sa guerre de retard en suivant le conseil de Cocteau – « Ces choses nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs » -, les jaloux de la nomenklatura parisienne continuent d’entretenir la polémique pour tenter de sauver leur crédibilité.

Fierté universelle des Français, leur système de santé, si coûteux, est lui aussi totalement « grippé ». Exemple réel et répandu dans le pays « développé » le plus imposé au monde, un citoyen confiné à Périgueux, ne pouvant rejoindre son domicile proche à Bordeaux pour récupérer sa carte d’assurance maladie Vitale, appelle son agence de Sécurité sociale pour demander la conduite à tenir et apprend, par un répondeur, que l’agence de service public est fermée, sans autre précision. La providence d’État se referme comme la Bastille sur les citoyens.

Face à ce dépôt de bilan politique, l’exécutif mérite bien d’être exécuté – politiquement, s’entend. Responsables et coupables d’une crise sanitaire qui deviendra vite financière puis sociale, les muscadins et les jouvencelles de ce nouveau régime sans racines, à qui l’on a inconsidérément donné le pouvoir national, mériteront, le moment venu, une bonne fessée électorale.

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