Si l’industrie très lucrative de la communication était efficace, le succès sur le long terme de ses adeptes en témoignerait. Or, les innombrables consultants, dont les plus célèbres gourous nous infligent sans cesse leurs analyses personnelles insipides sur tous sujets et médias dominateurs, ont atteint leur maxima d’imposture. Spécialistes de l’emballage sous vide d’idées sans consistance, les communicants sont devenus commurticants.

Parvenu au pouvoir par la seule force d’une communication multidirectionnelle ambiguë dans un créneau favorable de vide concurrentiel, le Président Macron, faute de projet de société, est en train de s’y perdre et suscite un rejet-sanction croissant. Il n’a plus de recours possible qu’à la communication permanente de crise pour tenter désespérément de régler la sienne, de confiance, en plus de celle, existentielle et qu’il aggrave sans cesse, de la France.

À l’évidence des rebellions qui paralysent la France, une majorité croissante de Français retirent leur confiance à l’équipe au pouvoir. Ils sont exaspérés par le manque de projet concret de société, constructif et rassembleur autour d’une vision claire et honnête de ce qu’est la France et de ce qui devrait faire de tout titulaire d’un passeport national un Français et non un vague citoyen du monde, consommateur inculte et indifférent ou parasite d’une civilisation millénaire.

Est-ce un signe de maturation des populations cibles, moins manipulables car de moins en moins surprises mais toujours déçues, ou d’essoufflement de recettes éculées, communication et contre-communication s’annulant par saturation comme l’« infobésité » tue l’information et l’excès de scandale tue le scandale par lassitude et banalisation ? Imaginons, rêvons, que tous les communicants se taisent un moment : il ne resterait que le contenu des discours, les idées et les valeurs qu’il revient à chaque personne libre de considérer.

Certes, une bonne idée mal communiquée ne passe pas forcément, mais elle peut toujours être rattrapée par une meilleure présentation. En revanche, une mauvaise idée bien communiquée peut être acceptée un temps mais ne fait pas longtemps illusion quand elle est confrontée aux réalités. Mais un semblant d’idée, paroles suspendues comme une promesse, comme toute arnaque, non seulement ne dure pas mais crée de la frustration et de la colère. D’où l’état insurrectionnel de la France.

Car communication n’est pas communion. Que représente, par exemple, un « plan de civilité » si l’on ne définit pas les valeurs humaines qui le sous-tendent ni par quels codes et références culturels elle peut s’exercer ? Seul un professionnel du contenant quel que soit le contenu peut imaginer une telle ineptie. Pour corriger son manque d’écoute, de proximité et de crédibilité, Macron devrait s’en remettre à saint François de Sales, saint patron des communicants. Ou à Hermès, dieu grec de la communication, plutôt qu’à Éole, dieu du vent. Mais comme il est visiblement plus attiré par l’exotisme marginal que par ce qui constitue l’essence de sa culture française d’origine, on pourrait lui conseiller de consulter un oracle vaudou. Car, au moins, cette vaste culture aux lointaines racines égyptiennes qui prospère en Afrique, loin des clichés réducteurs du cinéma, propose une vision englobante des mondes matériel et spirituel, et un compromis cohérent et soutenable entre tradition et modernité. Ce qui est renié dans la France d’aujourd’hui.

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