Editoriaux - Polémiques - Politique - 25 février 2019

La fessée de Martine Aubry à Agnès Buzyn et Nicole Belloubet

Elles n’ont pas pu en placer une : Nicole Belloubet et Agnès Buzyn, qui étaient venues, vendredi, faire les belles à Lille à l’occasion de l’inauguration du Centre national de ressources et de résilience, ont été sèchement accueillies par le maire de Lille, Martine Aubry, accessoirement présidente du CHRU dans lequel est implanté ce nouveau centre. On ne l’entend plus beaucoup, la Mère tape-dur, depuis qu’elle s’est repliée sur son beffroi du Nord, mais elle n’a rien perdu de son mordant. On aime, on n’aime pas Martine Aubry, c’est chacun son goût, mais faut reconnaître que, dans la catégorie vacharde, elle n’est pas mauvaise.

Faut pas venir la chercher, la Martine ! Enfin, façon de parler, parce que, dans le cas présent, c’est justement parce qu’elle n’a pas été contactée ou, tout du moins, parce qu’on l’a prévenue la veille pour le lendemain de la visite des deux excellences qu’elle s’est fâchée. Sous les caméras de La Voix du Nord et de 20 Minutes : “De toute façon, je suis habituée, il n’y a pas un ministre qui nous appelle. Très franchement, le mépris des élus… Mais attendez… j’ai été numéro deux du gouvernement, je n’ai jamais été dans une ville sans prévenir le maire et lui demander si ça lui allait. Je suis habituée, c’est comme ça en permanence avec ce nouveau gouvernement. Et après, on nous parle de République et de démocratie.” Martine Aubry, sa leçon terminée, sans manquer de souhaiter une bonne journée aux deux ministres, est repartie aussi sec dans sa voiture, laissant les deux malheureuses comme deux ronds de flan. Une remontrance qui tombe bien mal au moment où le président de la République essaye, tant bien que mal, de renouer avec les élus locaux après les avoir méprisés.

Alors, ce lundi matin, Gilles Le Gendre, le patron des députés LREM, essayait, sur RTL, de prendre la défense de ses petites camarades, prises en flagrant délit d’impolitesse ministérielle, en conseillant à Martine Aubry d’“investir sa colère dans des causes plus intéressantes”. Sur Europe 1, le benjamin du gouvernement, Gabriel Attal, en a rajouté une couche : “On a le droit d’être un peu agacé si un mail est parti trop tard, mais je pense qu’il faut aussi être un peu mesuré de temps en temps.” Ça doit être ça, le « nouveau monde ». Fini les politesses, les salamalecs. Faut être efficace, moderne, quoi ! “Simple comme un coup de fil”, disait-on jadis ? Pff ! Un slogan qui date du Minitel®, quand Aubry était déjà ministre et qu’Emmanuel n’avait pas encore rencontré Brigitte. Aujourd’hui, c’est : Tiens, au fait, demain on va à Lille avec Nicole, quelqu’un peut envoyer un mail à la mère Aubry ? Le préfet la prévient ? Ah, OK, impec.

On aime, on n’aime pas Martine Aubry, disions-nous, mais il faut reconnaître que cette petite leçon de savoir-vivre ministériel n’était pas volée. On n’évalue pas un gouvernement à sa politesse. Certes. Mais il faut reconnaître que le pouvoir macronien les a enchaînées. On pourrait évoquer les deux heures de retard d’Emmanuel Macron à son rendez-vous avec le roi d’Espagne en juillet 2018 ou encore l’insulte faite au président serbe, le 11 novembre 2018, à l’Arc de Triomphe. Cette petite fessée de la Mère tape-dur était peut-être, aussi, une façon, pour elle, de se payer, par postérieurs ministériels interposés, celui qu’elle n’a jamais porté dans son cœur. On se souvient de sa saillie, en septembre 2015, à propos du ministre de l’Économie de l’époque : “Macron, comment vous dire ? Ras-le bol !” Déjà, à l’époque…

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