Editoriaux - International - 25 février 2019

Pédophilie : rien ne sera pardonné à l’Église

En clôture du sommet extraordinaire des évêques sur les abus sexuels dans l’Église, le pape François a prononcé un discours d’une rare fermeté. Y dénonçant avec vigueur le mal absolu que constituent ces pratiques, il y a vu l’influence de Satan et n’a pas hésité à faire allusion à ces sacrifices d’enfants auxquels se livraient certaines religions païennes. Le souverain pontife a surtout exigé qu’aucune affaire de ce type ne soit plus jamais couverte et prôné la tolérance zéro. Avant lui, Mgr Coleridge, président de la conférence épiscopale australienne, avait déclaré que l’Église était devenue sa pire ennemie et qu’elle ne resterait pas impunie. Des mots très forts qui montrent que l’institution a pris conscience de l’ampleur d’un phénomène qui la dépasse largement, qui touche tous les continents, toutes les institutions et tous les milieux, mais qu’elle, en particulier, devait se montrer impitoyable.

Décevant, insuffisant, sans annonces concrètes, ont réagi les journalistes occidentaux et certaines victimes. Mais qu’attendaient-elles ? Que n’importe quel nom soit livré en pâture, au mépris de la présomption d’innocence et au risque de drames comme ceux de Rouen ou de Gien ? Que les clercs mis en cause soient immédiatement et définitivement réduits à l’état laïc, sans aucun examen de la gravité de leur cas ? Tolérance zéro ne signifie pas répression aveugle. Cela implique qu’aucun cas ne sera oublié, enfoui pudiquement ou passé sous silence. Mais cela signifie aussi que les personnes mises en cause doivent, comme n’importe quel justiciable, bénéficier des droits élémentaires de la défense et être jugées conformément au droit, civil et canonique.

Pourquoi donc un prêtre accusé d’agression sexuelle serait-il traité plus sévèrement qu’un justiciable ordinaire ? Pourquoi ne bénéficierait-il pas d’une instruction à charge et à décharge permettant d’établir avec certitude la nature, l’ampleur et la véracité des faits qui lui sont reprochés ? Au nom de quelle exception de procédure ?

Autre reproche : l’Église ne propose pas l’indemnisation des victimes. À croire qu’il s’agit là de la seule question importante. L’exemple américain ne doit pas brouiller la situation. Dans la culture judiciaire anglo-saxonne, l’indemnisation des victimes est une manière d’éteindre les poursuites pénales. Rien de tel en Europe. Et la question est infiniment plus grave que celle de l’indemnisation. Indemniser les victimes est légitime, mais cette indemnisation ne doit pas empêcher la Justice d’accomplir sa mission. Au cœur de celle-ci, mettre hors d’état de nuire des prédateurs sexuels dont la qualité de clercs constitue une circonstance aggravante aux yeux de l’Église.

En réalité, ceux qui estiment que le pape n’en fait pas assez n’ont-ils pas d’autres idées en tête ? Parmi eux, combien souhaitent la justice, et combien la vengeance ? Combien souhaitent la purification de l’institution, et combien sa disparition ? Si le pape évoque Satan, ce qui fait ricaner les « gens intelligents », n’est-il pas dans son rôle de pasteur qui discerne aussi les racines spirituelles du mal ?

Il n’y aura donc ni bûchers ni flagellations publiques. Ni dénonciations aveugles ni exclusions automatiques. Seulement une information systématique des autorités judiciaires en cas de soupçon. Uniquement des suspensions immédiates en cas d’affaire douteuse. Et, par-dessus tout, une vigilance de tous les instants, pour que l’Église, au contraire de tant d’institutions – au premier rang desquelles l’Éducation nationale -, donne l’exemple d’une lutte acharnée contre ce fléau.

Rien ne lui sera pardonné. Elle le sait et l’accepte.

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