On vient d’apprendre, dans le journal Le Point, que a l’intention de multiplier les procédures de déchéance de nationalité dans les affaires de . Preuve de sa bonne volonté, le décret du 27 mai 2019, publié au JO du 29, portant déchéance de la nationalité française d’un Franco-Marocain, condamné, en 2014, à cinq ans de pour association de malfaiteurs en vue de commettre un acte terroriste.

À l’époque, pas si lointaine, où il était un fidèle de François Hollande, le député PS des Alpes-de-Haute-Provence avait déclaré sur Europe 1 : « Dans l’absolu, il faudrait pouvoir déchoir tout auteur d’un crime terroriste de la nationalité française, qu’il soit binational ou non. » Dans une tribune publiée dans Le JDD, avec treize autres parlementaires, il avait pris la du président de la et de son Premier ministre , qui voulaient introduire dans la Constitution la déchéance de nationalité. Qu’aurait-il fait, en 2010, quand le même Hollande expliquait qu’une telle mesure était « attentatoire à ce qu’est finalement la tradition républicaine » ?

Mais l’eau est passée sous les ponts. Déçu par un Parti socialiste qui l’a contraint de retirer sa liste aux régionales pour permettre à de battre -Le Pen – « sans cela, je serais sans doute resté fidèle au parti », a-t-il témoigné plus tard –, il s’est voué corps et âme à Macron dont il a épousé, sans doute par loyauté, les positions en la matière. « La déchéance de nationalité est une faute politique, en plus d’être une solution inefficace », avait déclaré le candidat à la présidentielle dans un discours, le 10 avril 2017. Qui pourrait reprocher à Christophe Castaner d’être à l’écoute de la voix de son maître ?

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, dit le proverbe. Castaner est loin d’être un imbécile. Il sait adapter ses opinions aux circonstances, en fonction de ses intérêts. Il faut croire que son maître a, lui aussi, changé d’avis pour que le ministre de l’Intérieur ose prendre une telle initiative, se limitât-il aux binationaux. Jusqu’à présent, Christophe Castaner s’était bien gardé de recourir à cette sanction, pourtant prévue par le Code civil, qui autorise à déchoir de leur nationalité les binationaux condamnés pour actes de terrorisme. Ce changement de posture s’expliquerait-il par la volonté de notre Président de récupérer une plus grande partie de l’électorat de droite ? Ou de séduire la majorité sénatoriale ?

Justement, les sénateurs, dans un rapport rendu public en juillet 2018, avaient invité le gouvernement à recourir « plus régulièrement » à cette procédure pour faire face à l’évolution de la menace terroriste. Euphémisme puisque si, en 2014-2015, six personnes ont fait l’objet d’une déchéance de nationalité, depuis, plus rien ! Voici que Castaner se réveille. Et quand il se réveille, il ne se contente pas d’aboyer, il fait du zèle. Pour qui connaît le fonctionnement de l’Élysée, nul doute que ce soit sur ordre de son maître.

« Nous recensons tous les cas possibles », fait-on savoir au cabinet du ministre. « D’autres que [cet homme] sont déjà prêts. ». Encore que l’ex-Franco-Marocain, devenu exclusivement marocain, n’est pas encore expulsé : un recours est toujours possible devant le Conseil d’État et rien ne dit que le acceptera de recevoir cet hôte encombrant.

2 juin 2019

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.