Depuis des années, au rythme de la mousse médiatique, les déboires judiciaires de font l’objet des soins attentifs des militants à cartes de presse qui occupent nos médias enchaînés. Les coups sourds des lourds marteaux de la propagande retentissent ; on dresse la potence.

Répétant les placements en garde à vue à l’encontre de l’ancien président de la République, les juges ne pouvaient ignorer la répercussion de ces mesures, juridiquement inutiles, dans la cité ; ils ont donc sciemment une action politique, alors qu’ils n’ont pas la légitimité populaire que, seule, donne l’élection, pour intervenir au cœur de la démocratie. Il ne s’agit pas de savoir si M. Sarkozy s’est rendu coupable de faits contraires à la loi, dans un contexte électoral, mais de constater que des juges sont intervenus dans le déroulement du débat politique par l’usage démonstratif de leur pouvoir. La souveraineté du peuple, consubstantielle de la délégation de l’action d’État, est écrasée par des juges statutairement protégés et irresponsables, acteurs politiques illégitimes n’ayant jamais à assumer les conséquences de leurs actes. La Constitution de la République n’est pas écrite dans ce sens et la totalité de l’Histoire de France montre une lutte du pouvoir exécutif contre les abus incessants du pouvoir judiciaire.

Je ne crois pas aux chevaliers blancs, aux redresseurs de torts compulsifs, je m’inquiète plus des parfaits cathares que des pauvres pêcheurs ; dans la conduite du monde, craignons les illuminés d’une pureté humaine inatteignable, croyons à l’ombre plus qu’à la transparence aveuglante, Cosme plutôt que Savonarole.

Nicolas Sarkozy, pourtant, avait donné des gages de son retrait de la vie politique. La dernière péripétie pouvait sonner comme l’épilogue satisfaisant chacun. On voit qu’il n’en n’est rien, alors, pourquoi cette hargne nouvelle ? Achever l’homme du passé ? La vengeance ne présente pas un intérêt suffisant pour expliquer l’évident acharnement juridico-médiatique contre Nicolas Sarkozy, il faut donc rechercher un autre chemin de compréhension. Soif de justice ? Allons donc !

Le jeudi 15 octobre, un ancien Premier ministre et des ministres étaient perquisitionnés. Le lendemain, ce fut le tour de Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, membre du Conseil constitutionnel, mis en examen pour association de malfaiteurs. Si l’incrimination n’est pas très importante, en droit, elle sonne et résonne dans l’opinion publique ; les mots sont des armes.

Laissons, un instant, le personnel politique et observons les diverses affaires liées au maintien de l’ordre, où la force publique est décriée, la répétition de crimes monstrueux où le coupable a bénéficié d’une mansuétude tragique, la multiplication des jugements où les sentences ridiculisent les réquisitions. Tout ceci dessine un paysage monochrome et morose que la nomination du dernier garde des Sceaux éclaire singulièrement.

Le sinistre « mur des cons », impuni, est probablement reconstitué discrètement ; l’entrave de la réponse pénale par l’indigence pénitentiaire est évidente.

Plus loin encore, l’abandon du dernier dit à la justice européenne, jurisprudentielle, hors du droit français, est un affaiblissement réel de notre construction juridique et politique ; dernier avatar de cette dépendance, un parquet extra-national travaillant en anglais.

Tous ces points ont en commun leur conséquence : l’organisation de l’impuissance publique nationale.

Au fond, Sarkozy, Philippe et les autres ne sont que des cibles annexes des désintégrations judiciaires, c’est le politique qui est l’ennemi à abattre, qu’il faut salir, c’est l’exercice de l’autorité de l’État qu’il faut affaiblir, c’est le pouvoir exécutif qu’il faut mettre au pas.

La justice et le droit sont subalternes, dans ces affaires. Ce qui est en cause, c’est l’ordre des pouvoirs républicains. L’Histoire et l’efficience ont apporté la hiérarchie classique : exécutif, législatif, judiciaire ; ce que veulent les déconstructeurs est celui-ci : judiciaire, législatif, exécutif.

S’ils y parvenaient, le processus de désagrégration des nations et de leur État serait parachevé.

16 novembre 2020

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