À la suite des annonces du Premier ministre détaillant la , Boulevard Voltaire a recueilli les réactions de Joseph Thouvenel. Il concède que les régimes spéciaux doivent évoluer mais, selon lui, le gouvernement n’emploie pas la bonne méthode.

Parmi les différentes annonces d’Édouard Philippe, on peut en citer deux. L’installation de la retraite par point et la fin des régimes spéciaux. Comment avez-vous accueilli les annonces du Premier ministre ? Cette réforme va-t-elle dans le bon sens ?

Sur les deux points que vous indiquez, il n’y a pas à s’émouvoir. Qu’elles soient par point ou par trimestre cela ne change pas grand-chose. Le calcul du secteur privé pour les retraites complémentaires est déjà par point. Le tout est de savoir la valeur de ce point, comment on gagne des points et si ce système sera pérenne, notamment s’il y a un retour de l’inflation. Ces questions sont légitimes. Les régimes spéciaux sont structurellement déficitaires. Ils doivent donc évoluer. Cette question devrait être réglée.
Il y a un côté social, mais aussi budgétaire. On peut s’interroger sur la méthode du gouvernement.
Voilà 18 mois qu’on discute de ces sujets. D’une part, les déclarations du Premier ministre n’apportent pas toutes les précisions voulues. D’autre part, des dissimulations font que nous ne pouvons pas accepter. Il ne faut pas prendre les organisations syndicales et les Français pour des gens totalement stupides.
Avant, les salariés du secteur privé partaient avec un calcul sur les dix meilleures années. Ensuite, c’est passé aux 25 meilleures années. C’était une perte. Aujourd’hui, on nous dit que nous allons passer sur l’ensemble de la carrière. Mécaniquement, les pensions auront baissé. Sur l’ensemble de 42 ans en moyenne, on gagne moins que sur les 25 meilleures années. Pourquoi mentir ? Peut-être faut-il le faire.
Voilà la réalité démographique et les efforts qu’il faut faire. Puisque je parle de réalité démographique, c’est extraordinaire de pouvoir traiter depuis près de deux ans des retraites sans qu’on nous parle de politique familiale dynamique ou de natalité. Comment penser gérer les retraites dans la durée si je ne pense pas politique familiale et natalité ?

Pourquoi le gouvernement cherche-t-il à noyer le poisson ?

À la décharge du gouvernement, la responsabilité pour le déficit structurel et chronique des régimes spéciaux ne vient pas de ce gouvernement, mais des lâchetés successives depuis des décennies.
Cela dit, certains salariés qui ont des tâches particulièrement difficiles et prenantes méritent d’avoir des avantages que n’ont pas les autres. Celui qui se lève à 2 heures et demi du matin pour équiper un RER, qui sacrifie des dimanches et des jours fériés et une partie des nuits a un métier beaucoup plus usant que d’autres. Il est donc normal qu’il ait et qu’il conserve des avantages.
Le projet du gouvernement n’est pas celui-là. Ce pouvoir comme d’autres ont été élus sur beaucoup de comm’. Dans la durée et sur des faits précis, on ne peut pas continuer sur la comm’.
Un des socles du programme du CNR était une politique familiale dynamique. Le Premier ministre l’a oublié. Le Premier ministre est dans la comm’ quand il nous dit : « ce que l’on vous propose est plus clair, plus compréhensible, plus transparent et surtout plus juste ».

54 % des Français soutiennent encore les grévistes…

Cela montre que le pays va mal. Il faut faire attention à ces sondages. Même si la CFTC est très critique sur beaucoup de points par rapport au projet assez flou du gouvernement, nous n’appuyons pas la grève dans les transports. Certains Français sont inquiets à juste titre pour leur retraite et des annonces gouvernementales. Ils disent qu’ils soutiennent la grève, mais en même temps ils ne soutiennent pas les blocages. Ces blocages concernent des centaines de milliers de salariés, de familles, d’usagers, d’entreprises, de petits patrons, de commerçants et d’artisans. Les Français vivent de très graves difficultés et de grandes souffrances. Certains salariés perdent leur emploi et ne sont pour rien dans ce débat. Ils ont même des difficultés financières.

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