Audio - Editoriaux - Entretiens - 26 juillet 2019

José Maria Ballester : « Pedro Sánchez a échoué à former un gouvernement : la rupture est totale entre les socialistes et Podemos »

En , sans accord avec Podemos, le président du gouvernement par intérim, le socialiste Pedro Sánchez, n’a pas pu obtenir la confiance des députés.

Il a maintenant deux mois pour retenter de former un gouvernement de coalition, avant le 23 septembre.

Au micro de Boulevard Voltaire, José Maria Ballester revient sur cette crise politique.

L’Espagne est en pleine crise politique. Pedro Sánchez, le Premier ministre issu du parti socialiste, ne parvient pas à former son gouvernement. Il n’arrive pas à trouver d’accord avec Podemos. La situation est-elle plus complexe que cela ?

Elle est très complexe. À l’heure où je vous parle, la rupture entre le PSOE et Podemos est totale.
On ne sait pas ce qu’ils pourront faire cet été, mais aujourd’hui, il n’y a plus de contact ni officiels ni officieux. Ils sont tous les deux en échec.
Monsieur Sánchez a très mal géré son calendrier. N’oubliez pas que les législatives ont eu lieu le 28 avril. Un mois plus tard, c’était le tour des européennes, municipales et régionales. Ce n’est que le 11 juin qu’il a vraiment commencé à vouloir former son gouvernement.
Il croyait gagner du temps, mais en fait, il en a perdu. C’est vraiment ridicule, car le 11 juin il parlait de gouvernement de coopération avec Podemos. Personne n’a su ce que cela voulait dire.
Dix jours plus tard, il voulait bien mettre des gens proches de Podemos dans son gouvernement, mais à des postes de hauts fonctionnaires, dans des seconds ou troisièmes niveaux de l’administration. Début juillet, il voulait des personnalités de Podemos, des ministres indépendants, mais surtout pas monsieur Iglesias. Une semaine plus tard, il voulait des ministres de Podemos, mais des technocrates.
Ensuite, Podemos a commencé à en avoir assez. Ils se sont finalement opposés à un accord avec le PSOE.
Les négociations ont repris puis le premier vote a eu lieu le 23 juillet. L’issue négative était prévisible.
Ce vote a vraiment cloué monsieur Sánchez .

Monsieur Sánchez sera-t-il à même de former un gouvernement ou s’oriente-t-on vers de nouvelles élections ?

Dans la culture politique espagnole, il est peu probable que le leader du parti qui a gagné les élections renonce à former le gouvernement pour laisser la place à une autre personnalité de son propre parti. C’est ce qui s’est souvent passé en Italie et même parfois en Belgique.
La culture politique espagnole est basée sur le leadership et le culte du chef.
Cependant, monsieur Sánchez pourrait se mettre de côté dans la formation du futur gouvernement. C’est en tout cas la possibilité que certains éditorialistes commencent à entrevoir. Cela dit, on n’en est pas encore là.
Hier soir, au journal télévisé, monsieur Sánchez a fait savoir qu’il ne jetait pas l’éponge et qu’il allait passer son été à ouvrir d’autres portes.
Le temps presse. Si deux mois après le premier vote, il n’y a toujours pas de gouvernement formé et de président investi, le roi sera obligé de dissoudre les chambres et de nouvelles élections auront lieu le 10 novembre. Si tel est le cas, ce seront les quatrièmes élections depuis 2015.

La voix du roi d’Espagne peut-elle être entendue pour essayer de trouver une solution à cette crise ?

Moins sa voix sera entendue, mieux se sera. Il joue très gros. Il n’est en rien responsable de la maladresse et des erreurs des hommes politiques. Sa façon de gérer cette crise sera déterminante dans son issue. Il doit agir avec prudence, ne pas trop s’exprimer et maintenir une certaine fermeté.
En 39 ans de règne, le roi Juan Carlos n’a jamais connu telle situation.
Des conversations vont s’engager avec les leaders des partis politiques. Il va quand même partir quelques jours en vacances, mais il peut toujours proposer monsieur Sánchez pour former un gouvernement ou proposer quelqu’un d’autre après avoir consulté les partis politiques. Ce n’est pas un monarque absolu qui peut faire ce qu’il veut.
Si les partis politiques échouent, la marge de manœuvre du roi pourrait néanmoins augmenter.

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