Alors qu’Emmanuel Macron a exhorté, jeudi, l’Europe à se montrer « ferme » face à la en Méditerranée orientale, la a dénoncé, en retour, les déclarations « arrogantes » du Président français.

Au micro de Boulevard Voltaire, explications de Jérôme Rivière qui dénonce « un jeu de dupe d’Emmanuel Macron » qui « n’aboutit à rien ».

La situation se tend de plus en plus entre le sud de l’Europe et la Turquie. Emmanuel Macron tient un discours très fort vis-à-vis du chef de l’État turc. Est-ce une bonne nouvelle de voir Emmanuel Macron défendre ainsi la souveraineté de la Grèce face à la Turquie ?

C’est un jeu de dupes, une moquerie. Emmanuel Macron est dans la posture. Effectivement, pour le téléspectateur français ou grec qui va regarder la télévision, il peut avoir l’impression qu’Emmanuel Macron a une posture dure face à la Turquie. La réalité est tout autre…
Cela fait des mois et des mois qu’Erdoğan mène une politique extrêmement dure à l’égard de l’Union européenne et de la Grèce. Il nous menace d’une invasion massive de migrants qu’il a volontairement accumulés à la frontière de son pays.
Au mois de mars, je suis allé avec Jordan Bardella à la frontière gréco-turque. Il faut savoir que le pont principal qui relie la Turquie à la Grèce est un pont miné avec des militaires grecs prêts à le faire sauter en cas d’invasion. On vit dans un espace où les tensions sont présentes depuis des mois, voire des années. On envoie des crédits massifs vers la Turquie. Aujourd’hui, les postures d’Emmanuel Macron n’aboutissent à rien puisqu’il n’est pas crédible.

On a l’impression que l’Union européenne est muette concernant la Turquie. Les États du sud de l’Europe de l’Union européenne sont plus critiques vis-à-vis de la Turquie. Le nord de l’Europe est, quant à lui, assez silencieux, en premier lieu l’Allemagne. Comment expliquer cette incapacité de l’Union européenne à parler d’une seule voix concernant la position de l’Europe vis-à-vis de la Turquie ?

En matière d’affaires étrangères, l’Union européenne n’existe pas. Il n’existe que des nations qui ont, chacune, des attraits stratégiques. L’intérêt de l’Allemagne n’est pas celui de la France. Aujourd’hui, l’Allemagne, avec une communauté turque extrêmement présente sur son territoire, se sent menacée par l’utilisation que fait M. Erdoğan de cette communauté turque. Cette dernière reçoit aujourd’hui des consignes politiques de participer aux élections locales et de faire la promotion de la politique menée par M. Erdoğan
Vous avez raison, aujourd’hui, la Grèce, la France, l’Italie et Chypre se retrouvent seules et isolées face à une Union européenne qui ne comprend pas ou fait semblant de ne pas comprendre quelle est la véritable menace. C’est bien plus grave que cela. On continue de donner de l’argent.
Au mois de juillet, un budget rectificatif numéro 5 a été voté. Le Parlement européen a voté, mais évidemment pas les députés du Rassemblement national. On a attribué 653 millions d’euros pour « les migrants en Turquie ». En réalité, on a donné 653 millions d’euros à M. Erdoğan. Ces crédits ont été pris, pour 428 millions d’entre eux, sur des fonds qui sont normalement destinés aux agriculteurs en Europe, et notamment aux agriculteurs français. Comment voulez-vous que M. Erdoğan prenne au sérieux les rodomontades de M. Emmanuel Macron. Nous cédons sur tout et tout le temps, et nous le payons. M. Erdoğan tire les conséquences de cette faiblesse visible et avouée. Plus grave encore, nous avons un problème avec l’OTAN.

Les intérêts de l’Union européenne et des pays méditerranéens ne sont pas les mêmes. On a l’impression que les pays d’Europe du Nord ont une absence d’intérêt totale pour la géopolitique de la Méditerranée, qui n’est pas la géopolitique de l’Union européenne…

Encore une fois, l’Union européenne est un marché intérieur. Ce n’est pas une nation ou des intérêts stratégiques communs. Ces nations peuvent coopérer et travailler ensemble. C’est, d’ailleurs, ce que nous souhaitons. Aujourd’hui, les affaires de politique étrangère et de défense sont des affaires de souveraineté et, donc, l’affaire des nations. L’affaire de la nation française, l’affaire de la nation grecque, c’est notamment la Méditerranée, l’Italie et l’Espagne. Pour l’Allemagne, c’est plutôt le centre européen. Ils se sentent dans une relation toute particulière avec la Turquie, alors que nous, nous avons compris que nous avions des intérêts différents à défendre. Cette Union européenne est une plaisanterie en matière de Défense et d’Affaires étrangères. Nous passons notre temps à le répéter. Ce qui est dangereux, avec cette volonté de s’approprier les affaires de Défense et d’Affaires étrangères, c’est que nous arrivons à la situation ridicule dans laquelle nous sommes aujourd’hui. L’Union européenne est muette parce qu’elle ne sait pas dans quelle direction elle est. Elle est affaiblie. Aujourd’hui, vous avez une seule armée, la Marine française qui s’est promenée en Méditerranée aux côtés des Grecs et des Chypriotes. Elle a vécu un acte de guerre lorsque des militaires turcs ont pointé leurs armes vers des bâtiments français. Personne n’a réagi. Pire qu’inutile, c’est dangereux et cela expose un certain nombre de pays à des conséquences qui peuvent mal tourner.

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