Le 10 avril dernier, le tribunal de Catane demandait le non-lieu pour Matteo Salvini dans l’accusation qui lui était faite de séquestration de personne et abus de pouvoir pour avoir bloqué, au large de la Sicile, le navire Gregoretti, chargé d’immigrés recueillis au large de la Libye. « Il n’a violé aucune règle internationale », le délit de « séquestration de personnes n’existe pas », avait assuré Andrea Bonomo, substitut du procureur. On verra, le 14 mai prochain, si cette demande de non-lieu sera acceptée.

Une semaine plus tard, la décision du tribunal de Palerme, pour un cas similaire, préconise l’exact contraire : lors de l’audience préliminaire, le juge a estimé que, dans le cas de l’ONG espagnole Open Arms, Matteo Salvini avait trop tardé à faire débarquer les à Lampedusa. Il ira donc au procès.

À l’époque, en août 2019, l’attribution du port sicilien comme « port sûr » était en effet réfutée par Salvini, comme il l’avait été par les autorités maltaises qui avaient empêché le navire d’accoster à La Valette, puisque les secours étaient intervenus en dehors des eaux territoriales maltaises et italiennes.

Malgré de multiples offres de secours, toutes refusées, le capitaine décida de rester en mer et de faire route vers l’ en dépit d’un nombre de passagers bien supérieur à la capacité du navire, bien déterminé à exercer son chantage sur l’Italie, sur la peau de ces migrants qu’il prétendait sauver.

Pendant ce temps, à la mi-août 2019, en pleine gouvernementale, people et politiques montaient à bord du navire : le show médiatique ajoutait à la pression sur le seul ministre de l’Intérieur qui avait osé mettre l’Union européenne face à ses contradictions dans la gestion de la crise migratoire.

Dans toute cette affaire, les zones d’ombres sont multiples et révèlent l’instrumentalisation qui fut faite par la gauche qui avait, à l’époque, déjà décidé de prendre la place de la Ligue au gouvernement Conte (ce qui fut fait quelques jours plus tard avec la naissance du gouvernement Conte II).

Bien au-delà de la simple personne du chef de la Ligue, « le renvoi en jugement de Salvini est un grave précédent institutionnel », déplorait Maurizio Lupi, proche du parti Forza Italia. En effet, Matteo Salvini, à l’issue d’un procès qui débutera en septembre, encourt 15 ans de prison s’il est reconnu coupable.

Un signal clair adressé à tous ceux qui, en Europe, voudraient pouvoir s’opposer à une clandestine et anarchique : le travail d’un ministre de l’Intérieur, éminemment politique, pourrait donc être sanctionné par un juge ? De plus, cela laisse entrevoir la formidable puissance de ces ONG qui, peu à peu, prétendent dicter leurs lois à des pays souverains en matière de gestion migratoire.

Pour la gauche, ce futur procès est une aubaine, le calendrier judiciaire se confondant étrangement avec le calendrier politique : tandis que s’impose la figure de Salvini comme interlocuteur institutionnel dans le gouvernement Draghi, un procès risquerait de le mettre hors jeu pour un moment, le privant ainsi d’une future présidence du Conseil.

Enfin, coup de pied de l’âne d’Enrico Letta, nouveau patron du Parti démocrate italien (PD), ancien professeur à Sciences Po et très en cour dans toute l’intelligentsia de gauche européenne : jeudi dernier, il recevait, à grand renfort de caméras, le fondateur de l’ONG Open Arms, Òscar Camps, n’hésitant pas à poser revêtu, lui l’austère bureaucrate, du sweat de l’ONG.

Une preuve éclatante, s’il en est encore besoin, du caractère fortement politique de ce futur procès.

La gauche italienne succombera-t-elle à cette étrange manie d’éliminer ses adversaires non par les urnes mais par l’instrumentalisation de la , comme elle l’avait fait avec Berlusconi ?

19 avril 2021

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