Editoriaux - International - 29 juin 2019

Iran : Trump entre ses faucons et ses colombes

Depuis la chute de l’empire soviétique, il y aura bientôt trente ans, les présidents américains ont multiplié les interventions militaires extérieures, le plus souvent avec la complicité des Européens.

George Bush père envahit le Panama et l’Irak, Bill Clinton bombarda la Serbie, George Bush junior détruisit l’Irak et occupa l’Afghanistan, enfin Barack Obama attaqua la Libye. On ne sait pas encore si Donald Trump ajoutera une ligne au palmarès, mais si c’est le cas, l’Iran semble en bonne position pour être l’heureux élu. La Corée du Nord tenait la corde au début du mandat de Donald Trump, mais finalement, l’indulgence semble pour l’instant prévaloir.

Dès sa campagne électorale, Trump avait attaqué l’accord nucléaire de 2015, laborieusement élaboré entre l’Iran, la Russie, la Chine, les États-Unis, la France, l’Angleterre, l’Allemagne et le reste de l’Union européenne : trop gentil pour l’Iran. Il le dénonça, en mai 2018, à la consternation générale. Depuis, il fait monter la tension et menace l’Iran des pires choses, mais on a de la peine à comprendre ce qu’il exige de ce pays, qui s’enfonce lentement dans la crise depuis que de multiples sanctions commerciales se sont abattues sur lui. Les exportations de pétrole iranien ont été divisées par quatre et l’inflation galopante ruine les Iraniens.

Les faucons de la Maison-Blanche espèrent ainsi déconsidérer le régime des mollahs et provoquer une révolte populaire suivie d’un changement de régime. Pari bien hasardeux, tant les forces de répression iraniennes semblent puissantes.

Ces faucons, qui sont-ils ? Il y en a trois : John Bolton, le conseiller à la sécurité, Mike Pompeo secrétaire d’État et ancien patron de la CIA, et Gina Haspel, nouvelle directrice de la même CIA. Ces trois-là sont partisans d’une intervention, au moins aérienne, pour détruire les défenses iraniennes ainsi que les centres de recherche nucléaire.

En face, parmi les colombes, il y a surtout le Pentagone, autrement dit l’armée américaine. Cela peut paraître surprenant, mais le traumatisme irakien est toujours là : ce qui devait être une promenade de santé s’est soldée par des milliers de morts américains, un pays en ruine et l’instauration d’un régime chiite (Sadam Hussein était sunnite) qui a ouvert ses bras aux milices pro-iraniennes. Un comble !

Autant le Pentagone ne souhaite pas quitter totalement la Syrie afin de ne pas laisser le terrain libre à la Russie et à l’Iran, autant une intervention contre l’Iran l’inquiète beaucoup. Ce pays de plus de 80 millions d’habitants ne se laissera pas faire et il est, en outre, tout à fait capable de monter des opérations à l’extérieur pour exécuter des Américains en guise de représailles.

Et Trump, dans tout cela ? Comme toujours, il souffle le chaud et le froid, rugit puis apaise, ou l’inverse. Il envoie ses avions puis les rappelle à la dernière minute. Il menace l’Iran de l’apocalypse puis dit qu’il attend un coup de fil de sa part. Comme si un mollah allait décrocher son téléphone pour lui demander poliment une entrevue…

Aujourd’hui, jusqu’à la prochaine péripétie, l’impasse est totale. Ce qui est sûr, c’est que cette politique du menton n’a servi, jusqu’à présent, qu’à renforcer le clan des durs en Iran, c’est-à-dire le contraire du but recherché. Mais c’est une vieille habitude.

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