Iran : le pétrole, cette source infinie de richesses et de conflits

Depuis plus d’un siècle, l’or noir demeure une pomme de discorde entre le Moyen-Orient et le reste du monde.
raffinerie iranienne -Rafabadan 1970
Auteur inconnuAuteur inconnu, Domaine public, via Wikimedia Commons

Au XXᵉ siècle, peu de ressources naturelles ont autant façonné l’histoire d’un pays que le pétrole en Iran. Cette ressource, souvent qualifiée d’« or noir », est pourtant devenue rapidement à la fois une promesse de prospérité mais aussi l’origine de nombreux bouleversements. En effet, source d’une richesse immense, elle attire les convoitises des puissances étrangères. Ainsi, pendant plusieurs décennies, l’exploitation du pétrole iranien devint un enjeu géopolitique majeur, mêlant intérêts économiques et aspiration iranienne à une véritable indépendance.

La découverte d’un trésor

Le destin pétrolier de l’Iran commence officiellement le 26 mai 1908, lorsque le pétrole (cette matière noire visqueuse et collante) jaillit du sol aride de Masdjed-e Soleiman, dans la province du Khouzistan. Il s’agit alors du premier gisement exploité au Moyen-Orient, découvert après des années de recherches financées par un homme d’affaires britannique, William Knox d’Arcy. Cette découverte inaugure une nouvelle ère pour la Perse, alors sous la domination des chahs de la dynastie Qadjar, et attire naturellement l’intérêt des grandes puissances industrielles.

Ainsi, très rapidement, l’exploitation est confiée à des compagnies britanniques, notamment l’Anglo-Persian Oil Company, future British Petroleum (BP), qui obtient des concessions extrêmement avantageuses. Une concession accordée en 1901 permet ainsi à la compagnie d’explorer et d’exploiter le pétrole sur près des trois quarts du territoire iranien pendant soixante ans. Pour l’Iran, les revenus restent longtemps modestes par rapport aux profits réalisés par les sociétés étrangères. Au début des années 1920, les redevances versées à l’État iranien représentent moins de 20 % des bénéfices générés par l’exploitation du pétrole. Malgré ces déséquilibres, l’« or noir » commence déjà à transformer l’économie du pays, favorisant la modernisation de certaines infrastructures et plaçant progressivement l’Iran au cœur des stratégies énergétiques mondiales.

Nationalisation et crise

Cependant, l’avènement de la dynastie Pahlavi remet progressivement en question la gestion britannique des ressources pétrolières iraniennes. En 1933, un nouvel accord est conclu et entraîne une réduction de 80 % de la superficie totale accordée par les anciennes concessions ainsi qu’une renégociation des redevances. Cette tentative de rééquilibrage reste toutefois jugée insuffisante par une partie de la classe politique iranienne, qui réclame un contrôle national complet des ressources pétrolières.

Ainsi, en avril 1951, le Parlement vote la nationalisation de l’industrie pétrolière sous l’impulsion du Premier ministre Mohammad Mossadegh. L’objectif est clair : permettre à l’État iranien de contrôler pleinement ses ressources naturelles et leurs bénéfices. Cette décision provoque alors une crise internationale majeure. Le Royaume-Uni impose un embargo sur le pétrole iranien et tente de faire pression sur le gouvernement de Téhéran. La crise, connue sous le nom de crise d’Abadan, entraîne un effondrement de la production et de fortes tensions politiques dans le pays.

La confrontation atteint son paroxysme en 1953. En pleine guerre froide, un coup d’État soutenu par les services secrets britanniques et américains renverse Mossadegh, dont on suspecte qu’il pourrait se rapprocher de l’URSS. L’opération, connue sous le nom d’« Operation Ajax », rétablit alors l’autorité du chah Mohammad Reza Pahlavi, qui avait dû quitter le pays. L’industrie pétrolière iranienne, alors fortement affaiblie, est confiée à un consortium international dominé par plusieurs compagnies occidentales, dont principalement des entreprises américaines et britanniques. L’Iran obtient toutefois une part plus importante des revenus, environ 50 % des bénéfices, selon les accords conclus en 1954. Cette crise marque profondément la mémoire politique du pays.

Le pétrole iranien aujourd’hui

Dans les années 1970, le pétrole devient le pilier de la puissance économique iranienne. Grâce à la hausse des prix provoquée par les chocs pétroliers de 1973 et 1979, les revenus de l’État explosent. La production atteint près de 6 millions de barils par jour, en 1974, faisant de l’Iran l’un des plus grands producteurs mondiaux. Les revenus de l’Iran passent alors de 1,5 milliard de dollars, en 1972, à 4,5 milliards, en 1974, et à 18 milliards, en 1975, finançant ainsi les importants programmes de modernisation et d’industrialisation voulus par le chah.

Après la révolution iranienne de 1979, l’économie du pays demeure toutefois fortement dépendante de cette ressource stratégique. Selon Boursorama, l’Iran figure aujourd’hui parmi les principaux producteurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Le pays représente environ 4,5 % de l’offre mondiale de pétrole, avec une production proche de 3,3 millions de barils de brut par jour. Une grande partie de ces exportations est aujourd’hui dirigée vers l’Asie, notamment vers la Chine, via des raffineries privées.

Malgré cette orientation vers les marchés asiatiques, les variations de la production iranienne influencent fortement l’équilibre du marché du pétrole mondial ou français, pour preuve la hausse fulgurante du prix de l’essence en France, ces derniers jours, rappelant que l’histoire du pétrole iranien dépasse largement les frontières de l’ancienne Perse.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Que ce soit en Iran, en Algérie, en Irak, etc, ce sont les Occidentaux qui ont prospecté et découvert le pétrole et le gaz naturel. Si les Occidentaux n’avaient pas investi et fait tout le travail, ce pétrole et ce gaz dormiraient toujours bien tranquillement sous les pieds des Iraniens, des Algériens et des autres.

  2. « Ainsi, en avril 1951, le Parlement vote la nationalisation de l’industrie pétrolière sous l’impulsion du Premier ministre Mohammad Mossadegh. En pleine guerre froide, un coup d’État soutenu par les services secrets britanniques et américains renverse Mossadegh, » Bis repetita. La politique étrangère anglo-saxonne, décidée à Wall Street par Rockefeller, ne changera jamais d’un iota.

  3. L’essence que l’on achète aujourd’hui a été fabriquée avec du pétrole acheté bien avant la guerre en Iran, cette hausse des prix n’est donc pas justifiée.

    • Si le prix du pétrole suivait le marché, ce serait le cas. Mais il dépend en premier lieu de la bourse d’Amsterdam. Spéculons, spéculons encore, c’est Nicolas qui paiera.

  4. Il est évident que les prix à la pompe sont exagérés, le conflit donne une belle opportunité aux spéculateurs ainsi qu’à l’état de profiter de la situation. Fatalement nous ne pouvons pas passer outre pour nos déplacements et le fret. Qui va prendre le risque de descendre crier son mécontentement dans la rue alors que l’on sait ce qui nous attend.

  5. « Le Moyen Orient… » Savons-nous que cette expression est disons, dans le jargon actuel,… »eurocentrée ». Elle provient de l’époque des colonies, on ne saisissait pas très bien où se trouvait Isidore et Fernand, en Iran, non en Irak, non non en Iran, bref au Proche Orient quoi ! Moins loin en tout cas que le « moyen Orient » et ne parlons pas du « Lointain Orient ». Voilà, le Chinois était un « extrême oriental » ( et il ne le savait pas).
    Je m’étonne que personne n’ ait encore songé à corriger cette expression « coloniale ».

  6. Très intéressant. Il est essentiel de faire reposer les analyses sur les faits. Cet article est un bon début.

  7.  » la hausse fulgurante du prix de l’essence en France ces derniers jours » (sic) est l’oeuvre des spéculateurs à commencer par l’état lui-même. Au français de faire le « ménage » !

    • Il y a des gisements de pétrole en Guyane. Il y a des gisements de gaz en France métropolitaine. Mais il est interdit de les prospecter.

      • Paul et pas que en Guyane dans nos iles françaises il y à du pétrole dans les mers mais c’est interdit par les écolos seul les pays étranger ont le droit dans la mer,pas nous,vivement que cela change car nous aurions de l’essence à pas cher.

      • Tous les pays voisins de la Guyane, Surinam, Guyana, Brésil, développent massivement la prospection et l’exploitation des hydrocarbures, alors que la France interdit même la seule prospection sur son territoire. Il faut dénoncer ce scandale d’hypocrisie puisque nous avons besoin de ce pétrole mais que nous devons donc l’importer. Si il était extrait en Guyane, ce pétrole serait beaucoup moins cher et cela conforterait notre sécurité d’approvisionnement.

  8. Les gisements sont sous la mer .
    Et commun avec le voisin du Koweït.
    D’autres gisements ont été piqué aux Émirats lors de l’indépendance des Émirats en 1968 .
    Par le shah les îles tomb au large de Dubaï riche en pétrole. Différent territorial toujours pas résolu devant la cour de l’onu.

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