Iran : Donald Trump suspend les frappes. Pour combien de temps ?
Depuis son entretien avec Benyamin Netanyahou à la Maison-Blanche, mardi dernier, Donald Trump était reparti pour « une stratégie de guerre totale », comme nous l’avions prévu la semaine dernière. Seulement, après quelques jours de frappes et de contre-frappes, la nuit dernière, Donald Trump, en lien avec Israël, semblerait-il, vient de déclarer qu’il suspendait les bombardements contre l’Iran pour une durée indéterminée. Mais ce, pour combien de temps ?
Un État iranien considérablement affaibli et qui craint les révoltes de sa propre population
Hamidreza Azizi, un chercheur invité à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité de Berlin, estime que « l’Iran est confronté à un choix plus important encore (que les Américains). Il ne peut pas frapper indéfiniment des cibles américaines dans les États du Golfe tout en s’attendant à ce que ces derniers tolèrent ces attaques. Téhéran doit choisir entre une région organisée autour de la coexistence et une région qu’il espère dominer. Les visées hégémoniques suscitent leur propre opposition : la contre-coalition que l’Iran pourrait provoquer, soutenue par Washington et Israël, le laisserait plus encerclé que ne l’a jamais fait la guerre qui a débuté en février. C’est le calcul que Téhéran doit encore faire, et celui dont tout le reste dépend désormais. »
De fait, cette semaine, l’Arabie saoudite a participé, aux côtés des Américains, à des contre-frappes en Irak sur des infrastructures abritant des milices chiites pro-iraniennes. En outre, les forces de sécurité iraniennes ont été vues se déployer dans la plupart des grandes villes du pays, craignant un soulèvement de la population pouvant accompagner les bombardements américains. Ainsi, deux exécutions publiques sur la place Alikani, à Téhéran, le 30 juillet dernier, ont-elles déclenché des manifestations publiques dans plusieurs pays, sauf à Paris, où ces manifestations furent interdites.
Aujourd’hui, le gouvernement iranien mais aussi, et surtout, la population iranienne sont déjà considérablement affaiblis par les effets des frappes américaines quasi continues depuis le 28 février dernier. Ainsi, le rial n’a jamais été aussi bas et l’achat de toute denrée, notamment dans les villes, devient hors de portée pour « l’Iranien moyen ».
À ce sujet — Vers une guerre totale en Iran ?
Les raisons d’une volte-face du président américain
Comme le souligne l’historien Laurent Vissière, depuis Énée le Tacticien, quatre siècles avant notre ère, la poliorcétique (ou l’art d’assiéger les cités [et non les villes]) vise avant tout à faire perdre à l’assiégé la notion du temps en le soumettant à sa propre temporalité. La poliorcétique est à la fois « une stratégie de l’usure » et de l’immobilité. Toutefois, imaginer réussir une stratégie de siège face à un pays de 1.650.000 km2 qui a plus de 6.500 km de frontières terrestres et 2.500 km de frontières maritimes, et ce, en obtenant une reddition sans condition des Gardiens de la révolution avant les élections de mi-mandat aux États-Unis, relevait de l’impossible. En outre, les Houthis du Yémen avaient commencé à vouloir bloquer le détroit de Bab-El-Mandeb et le conflit s’était même étendu jusqu’à l’Égypte, puisque le port de Damiette avait même été frappé par un drone qui aurait pu faire exploser le port en atteignant un navire gazier. Les Saoudiens, qui s’étaient joints pour la première fois pour participer à des frappes aux côtés des Américains, ont pesé de tout leur poids économique pour obtenir un sursis dans les opérations militaires en cours. Le gouvernement iranien, d’après le président américain, aurait, lui aussi, demandé la fin des frappes. Après l’échec du protocole de Versailles, les observateurs que nous sommes peuvent alors se demander quelles sont les raisons qui ont fait faire volte-face au président américain, et ce, pour combien de temps ?
Vers un cessez-le-feu signé en bonne et due forme ?
Alors que les diplomates pakistanais n’ont jamais cessé de négocier avec la partie iranienne, même en pleine reprise des bombardements, Donald Trump a promis des frappes massives sur l’Iran et même un siège de ce territoire quatre à cinq fois grand que la France. Les Américains poursuivent toujours les mêmes buts de guerre : obtenir que le gouvernement iranien cesse toute recherche nucléaire militaire ainsi que toute fabrication de missiles balistiques et tout soutien aux milices terroristes, notamment chiites, qui perturbent l’ordre établi au Moyen-Orient. Ce qui va être intéressant à suivre concernera l’aptitude des diplomates américains et iraniens à faire durer un cessez-le-feu qui n’est pas encore signé mais qui, dans l’intérêt des uns comme des autres, devra durer au moins quelques mois. L’annonce de la deuxième phase du plan de paix à Gaza, vendredi dernier, avec le désarmement du Hamas est un signe avant-coureur des capacités, quoi qu’on en dise, du président Trump à obtenir des résultats diplomatiques.
Seulement, il ne faut pas oublier que les Américains, contrairement aux Européens, voire même aux Chinois, adoptent depuis le début de leur existence en tant que puissance mondiale la diplomatie du « canon fumant » (smoking gun) où l’utilisation des moyens militaires s’intègre dans la diplomatie et où les diplomates ne commandent pas aux militaires, mais où ils s’intègrent dans un plan de guerre aux ordres du président, le commander-in-chief. Alors, qu’importe les moyens, pourvu qu’ils soient efficaces et qu’au bout du bout, ils servent les intérêts de la puissance américaine sous tous ses aspects. C’est ce que les Américains appellent le DIME Framework : Diplomatic, Informational, Military, Economic. Chez les Américains, donc, le Pentagone n’est pas subordonné au département d’État mais est l’un des outils mis à la disposition du président aux côtés de l’outil diplomatique, de l’outil économique et financier et, enfin - et non le moindre -, de l’outil informationnel qui revêt l’aspect des très nombreuses agences de renseignement, toutes basées sur des réalités technologiques qui nous échappent encore actuellement.
Alors, nul ne sait comment le gouvernement des Gardiens de la révolution va répondre aux invitations à négocier de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou. Auront-ils seulement compris qu’il en va de leur propre survie dans un État en lambeaux où la population, pour l’instant soumise à leur joug, ne demande en fait qu’à se révolter une fois de plus, mais cette fois-ci pour changer réellement de régime…
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106 commentaires
Vous savez il n’y a pas de honte à dire « avant JC ». C’est aussi un fait historique (tout comme Enée le tacticien) qui établi l’année zéro de notre calendrier.
Que cette guerre libère enfin le peuple iranien de son enfer, serait, pour moi, la plus belle des conclusions.
Dommage pour le peuple iranien, qui attendait un peu plus de Trump .
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et Trump est loin d’être un imbécile.
Il n’y a que les imbéciles pour croire que la guerre et la politique se déroulent de façon linéaire et prévisible. Alors que c’est tout le contraire.
Ce qui reste constant en revanche ce sont les objectifs poursuivis : L’Iran ne doit pas avoir la bombe (et les missiles qui vont avec) ; les proxys (les 3H) doivent être « désactivés » ; la circulation dans le détroit c’est pour tout le monde sans entrave ni restriction.
Ce qui reste également constant c’est la propagande « Biden gauchos macrono & C°) » qui veut faire croire que Trump est un minus.
Les USA jouent mieux le coup après le terrible raté de janvier. Désormais ils ont calmé Netanyahou (et le Hamas). Dès lors les Arabes du Golfe acceptent de prendre part aux opérations militaires. Si une partie de l’armée régulière (sous équipée) se dresse enfin contre les Pasdaran (affaiblis) une insurrection générale est possible car les sanctions économiques et la destruction des infrastructures y poussent le pays.
La politique du « canon fumant »…sur la moquette diplomatique. En mettant tous les moyens militaires de son côté, Trump réglait l’affaire en quelques semaines tout au plus. Mais cet homme est un hyperealiste businessmen. Il ne détruit pas tout parce qu’il lui faudrait tout reconstruire, la victoire venue, pour lui, certaine. Le bât blesse un peu avec les Gardiens, fous d’allah peut-être mais davantage maffieux affairistes tenant à la vie. Avec Trump l’argent compte mais pas à n’importe quel prix, ce n’est pas un cynique comme nous en connaissons ici, il pense ce qu’il dit quand il dit que l’Iran n’aura pas la bombe. Israël, d’ailleurs, n’a pas besoin de le dire. Il finira le travail dans toutes les hypothèses.
J’aimerais relever les surprises de l’histoire : le Japon, après Hiroshima, l’Allemagne, après Berlin rasé sont les plus sûrs alliés américains. Et qui aurait pu prédire qu’Israel aurait l’arme suprême que ni l’Allemagne ni l’Espagne ne possèdent.
Le paradoxe historique en Iran est que la Perse de Cyrrhus, de Darius, et le peuple sont proches d’Israël qui n’a pas eu besoin des accords d’Abraham pour être abrahamique. Et qui aurait dit qu’un jour Israël protégerait ses pires ennemis arabes d’hier. L’Histoire est coquine, elle se rit de notre pauvreté imaginaire telle que les experts la déploient sur nos plateaux télévisés. Le simplisme primaire de Trump, s’il triomphe serait autrement plus sophistiqué.
Excellent et si réaliste, bravo !
Excellent effet. Mais avant Khomeini, les Iraniens avaient d’excellentes relations avec Israël. Quant au « canon fumant », le premier Roosevelt parlait du « Big stick » qui n’en est pas loin. Je crains que les Européens n’aient gravement aggravé leur cas de puissances déclinantes en ne participant pas à ce qu’à entrepris Trump. « En un combat douteux », ils n’ont d’yeux que pour l’Ukraine – plus exactement pour son représentant – dont le cas devrait relever de la diplomatie alors que celui de l’Iran relève de la sécurité et même de la morale internationales.
Personne ne sait, sauf le gouvernement Américain et les mollahs quelles ont été les destructions des bombardements de la semaine passée. La précision des armes actuelles permet de réduire au silence les radars et les bases de missiles de l’Iran. La majorité des ces bidules ont été détruits. L’US Air Force et l’Armée de l’Air Israélienne peuvent se promener librement au dessus de l’Iran. Autrement, le jour où Américains et Israéliens voudront mettre le paquet, l’Iran n’aura plus rien à leur opposer.
On a pu observer qu’à chaque fois que Trump disait haut et fort que les Iraniens voulaient négocier, cela s’est, systématiquement traduit par des bisbilles entre les dirigeants de ce régime infâme. Or plus ces tarés s’engueulent et plus les Américains sont en position de force. Mais ça on ne le dit pas dans les médias mainstream.
Il n’y a pas qu’en Iran qu’il y a un régime infâme… il faut ajouter que ce régime infâme a été favorisé par le régime de Giscard qui a coucouné l’infâme Khomeiny. C’est vrai que les Français ont la mémoire courte… et ça ne date pas d’hier.
Je vais taper. A trois, je tape. Un, deux, deux et demi, deux trois quart, attention, je vais taper. Et puis, il n’en fait rien. M Trump ne serait il pas le père caché ou le mentor secret de M. Macron. La question mérite d’être posée tellement les deux se ressemblent sur de nombreux aspects.
Sauf que l’un sait faire des affaires pour son pays et l’autre ne sait faire que des trous dans la raquette.
Le stock de munitions à longue portée s’épuise et le stock d’intercepteurs est plus qu’insuffisant. L’étape d’après serait de forcer l’Iran à riposter d’une façon exagérée pour passer au niveau nucléaire. Mais, ils s’obstinent à répondre du tac au tac. Pat.
Vous en savez des choses !!! Savez-vous que le stock de munitions d’une armée, quelle qu’elle soit, est un secret défense absolu. Un pays peut tout à fait laisser croire que les stocks sont pléthoriques ou en pénurie. Mais chaque fois qu’il lâche ce type d’info dans la presse, l’intox n’est jamais loin.
Des sources multiples, Inde, Moyen-Orient, USA (où la liberté d’expression est garantie par la constitution), apportent de multiples estimations sur les stocks et l’utilisation des différents types de munitions. On voit les choses d’une façon différente quand on multiplie les points de vue.
Ravi au lit. Inexact. Sur l’usage des missiles antiaériens US comme les THAAD contre l’Iran (nombre, délai de remplacement, prix), facile, il vous suffit d’aller sur le site officiel du Congrès américain (service de recherches), et vous serez renseigné.
Coincé dans une guerre qu’il croyait courte Trump donne l’impression de ne pas savoir comment s’en sortir en affichant aucune stratégie lisible. il serait souhaitable que le régime Iranien tombe, son peuple en tirerait – du moins nous l’esperons – un bien être inconnu de lui. Saurait il en tirer parti? Mais il ne semble pas que la balance penche de ce côté.
Nous sommes que début août et la guerre a commencé en mars. Ce n’est pas du tout l’enlisement que les médias racontent.
Remarques pertinentes, surtout la dernière phrase.
Permettez-moi de mettre en doute la conclusion (et le contenu total de cet article d’ailleurs). Si l’Iran est au bord de la révolution pourquoi Trump renoncerait-il alors que le fruit est mur et prêt à tomber ? Je crois moi que c’est le contraire qu’il se passe et que les frappes contre l’Iran, contre les chiites d’Irak et surtout celles sur les 160 jeunes fille de Minab au début de l’agression ont ressoudé la population autour de son armée. L’avenir dira si j’ai tort, ce qui est possible, ou bien si BV s’attache surtout à plaire à un son lectorat plutôt qu’à la réalité.
Je n’aime pas les tapis de bombes US, je n’aime pas Hiroshima et Nagasaki, je n’aime pas les cadavres de bébés alignés dans les ruines des villes allemandes bombardées au napalm.
Qui manie l’épée périra par l’épée.
Moi non plus, pibecque, N’oublions pas le Vietnam et la Normandie. Cette manière de faire la guerre reste inchangée chez les dirigeants étatsuniens, ce que ne semblent pas voir tous ces lecteurs du site qui se disent va-t-en guerre (de salon) aujourd’hui 3 août (affligeant) dans leur anti-islamisme qui ne vient pas rattraper certaines formes d’anti-sionisme.
Ma remarque du 2 août à 18 heures 51 vous était destinée Cyrano24
Merci. Cela fait plaisir.
Merci pour cette réponse Cyrano24.
J’attends les commentaires de RIRI66 pour voir comment il va torpiller ce que nous dit cet officier expert en stratégie
De toute façon, mieux vaut lire les articles du site PiccoleNote pour bien s’informer sur ce qu’il se passe « dans la tête d’un président étatsunien », jouet de son entourage (comme M. Biden, âgé comme lui, après tout), qui n’a pas de stratégie et dont les stratèges sont incompétents…. et cela coûte cher en vies humaines et en argent gaspillé !
Bonsoir LIMOUSIN,
J’attends un peu pour commenter au fond, car Trump est tellement fantasque, imprévisible et irrationnel que le temps que cette réponse soit publiée, il se pourrait que le capricieux ait de nouveau piqué une crise de nerf et ordonné la reprise des bombardements sur l’Iran.
L’affaire est cependant délicate, car en relançant une nouvelle campagne d’attaques aériennes et navales, il montrerait qu’il n’en a rien à faire des intérêts et de l’insistante demande (supplique) de suspension des hostilités de son important allié l’Arabie saoudite. Mohamed Bin Salman ne veut pas payer ses pots cassés, en subissant des représailles par missiles et drones iraniens sur ses infrastructures économiques et énergétiques. La perte du partenaire clé saoudien serait un coup dur, mais avec Trump, il faut s’attendre à tout, généralement au pire.
Prenez votre temps, RIRI66. Nous avons déjà de votre un premier commentaire bien étayé de cet épisode, qui montre que vous êtes un expert de la question, un vrai ; à la différence de ce « pseudo-expert » choisi par BV dont la rédaction a décidé de dire sans nuance aucune que « les gentils », ce sont MM Trump et consorts et les « méchants », les dirigeants et partisans du régime iranien et le Hezbollah. Ce pseudo-expert n’expertise pas, il fait de la rhétorique. Il paraît que cette manière de voir adoptée par BV plaît aux lecteurs. Pas à moi en tout cas, ni à vous certainement ni à quelques autres, parce que précisément « l’Orient est compliqué » comme le disait déjà le général de Gaulle dans ses « Mémoires » et que dans ces conditions, il faut s’informer pour de vrai et non « faire passer » ses propres affects à la lecture de dépêches officielles.
Pour frapper, faut des bombes, et les bombes de rechange, on ne les transporte pas par avion, mais par cargo, il faut donc du temps pour amener des munitions