« Inviolabilité des locaux de l’Élysée » : la Cité interdite de la République ?

Des enquêteurs du PNF se sont vu refuser l'accès des locaux de l’Élysée au nom de la Constitution !
Capture d'écran
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Ce mardi 14 avril, des enquêteurs financiers, venus pour une perquisition, se sont vu refuser l’accès au palais de l’Élysée. Motif de cette interdiction : « une analyse selon laquelle l’article 67 de la Constitution emporterait l’inviolabilité des locaux rattachés à la présidence de la République ». Cette perquisition s’inscrivait pourtant, selon la déclaration de Pascal Prache, nouveau chef du parquet national financier (PNF), « dans le cadre d’une information judiciaire ouverte début octobre pour "favoritisme, prise illégale d’intérêts, corruption et trafic d’influence" ». Rien que ça ! En cause : le choix de la même société d’événementiel, entre 2002 et 2024, pour organiser les cérémonies de panthéonisation. L'affaire est révélée par Le Canard enchaîné. Chaque cérémonie, selon le palmipède, aurait été facturée autour de deux millions d’euros. La République sait être royale pour ses grandes funérailles.

Inflation de panthéonisations sous Macron

Depuis 2002 ? Cela concerne donc les panthéonisations d’Alexandre Dumas, en 2002 sous Chirac, de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay, en 2015 sous Hollande, de Simone et Antoine Veil, en 2018, de Maurice Genevoix en 2020, de Joséphine Baker en 2021 et de Missak et Mélinée Manouchian sous Macron. On notera une certaine inflation, depuis que ce dernier est à l’Élysée : avec l’entrée de Robert Badinter en octobre dernier et de Marc Bloch, le 16 juin prochain, on comptera pas moins de six panthéonisations en huit ans. Sous de Gaulle, qui régna dix ans, seul Jean Moulin eut droit à ce suprême honneur républicain.

C’est donc la même société, Shortcut Events, qui a emporté les marchés d’organisation de panthéonisation depuis vingt-deux ans. Y a-t-il eu « favoritisme, prise illégale d’intérêts, corruption et trafic d’influence » ? Tel est l’objet de cette enquête : connaître dans quelles conditions ont été attribués ces contrats.

Le Président a bon dos

Ce qui est un peu étonnant, dans cette affaire, c’est le « joker » de la Constitution brandi par le Château pour interdire l’accès des locaux aux enquêteurs. Car que dit l’article 67 de la Constitution ? « Le président de la République n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité […] Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite. » C’est la personne du chef de l’État qui est « inviolable » durant son mandat, pas les locaux qui l’abritent, estime un député, par ailleurs avocat de profession, que nous avons interrogé. En effet, la Constitution ne dit pas que le palais de l’Élysée serait une sorte de « Cité interdite » où une ribambelle de mandarins, d’eunuques et de serviteurs, nattés et habillés de soie, pourraient agir sans se soucier de ce qui se passe hors les murs au seul prétexte que le regard de l’empereur, personne sacrée et inviolable, daigne, de temps en temps, les frapper de son regard divin. La personne du Président, à son insu ou à l'insu de son plein gré, aurait-elle bon et large dos ? On pose ça là.

Une vieille histoire : l'affaire Benalla

Pendant qu'on y est, cette « inviolabilité » des locaux s’étend-elle aux annexes du palais, notamment celles de la rue de l’Élysée où est installée la cantine, l’immeuble du quai Branly où l’on trouve des logements de fonction attribués à certains collaborateurs, ou encore la résidence de la Lanterne à Versailles, etc. ? Cette « inviolabilité » doit-elle, tant qu'à faire, s'étendre aux personnes travaillant au service du Président. C’est du reste ce qui avait été tenté avec l’affaire Benalla. En vain, car le 25 juillet 2018, une perquisition, en présence dudit Alexandre Benalla, avait bien eu lieu dans le bureau de celui qui avait été collaborateur du jeune Président. Comme quoi, la notion d'« inviolabilité » est toute relative.

Maintenant, une hypothèse d’école (on dit bien : hypothèse d’école) : imaginons, demain, qu'à la suite d’une TIAC (toxi-infection alimentaire collective) au sein de la cantine de l’Élysée - une TIAC qui mettrait sur le flanc des dizaines d’agents (gardes, jardiniers, secrétaires, huissiers, femmes de chambre, etc.) -, qu’une information judiciaire soit ouverte pour tentative d’empoisonnement. Argura-t-on de « l’inviolabilité des locaux rattachés à la présidence de la République » pour interdire aux enquêteurs d’enquêter ? On a la faiblesse de penser que non.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

58 commentaires

  1. Les politiques s’inventent des règles pour se placer au dessus des lois. On a déjà eu : « on ne condamne pas à une peine d’inégibilité une candidate qui était au 2ème tour de la présidentielle » et « on ne condamne pas à de la prison un ancien président de la république ». Aujourd’hui, on a « on ne perquisitionne pas les locaux de la présidence ». Après, on s’étonne de la défiance à l’égard des politiques.

  2. Les trois présidents concernés par l’enquête sur les « panthéonisations » de 2002 à 2021 sont Chirac, Hollande et Macron. En admettant que l’instruction judiciaire – en cours depuis octobre 2025 et visant Shortcuts Events – démontre leur responsabilité dans ces délits, aucun des trois chefs de l’Etat ne pourra JAMAIS être poursuivi au plan pénal.
    — A/ – Chirac est décédé. Sa mort a définitivement éteint toute action publique à son égard.
    — B/ – Concernant Hollande, il est à l’abri de toute poursuite judiciaire, protégé qu’il est par l’article 67 de la Constitution. N’étant plus président, il ne risque plus la destitution (Constit. article 68).
    — C/ – Quant à Macron, l’article 67 le protège également de toute poursuite judiciaire pour un acte commis en tant que président, et ce même vingt années après la fin de ses deux mandats.
    En revanche, si les infractions pénales étaient établies par la Justice, Macron pourrait théoriquement être destitué pour manquement à ses devoirs selon les modalités de l’article 68 de la Constitution, à savoir à la majorité renforcée des deux tiers de l’assemblée nationale et du sénat constitués en Haute Cour… mais cela est impossible et une vue de l’esprit en raison des rapports de force dans l’actuel parlement.
    Au total, dans cette sordide affaire de gros sous, seuls les lampistes et autres seconds couteaux peuvent être poursuivis et condamnés. Comme dit mon plombier « C’est la vie d’château… pourvu qu’ça dure » !

    • C’est vrai, c’est dommage si on ne peut pas jeter un oeil dans le château ! Ne serait-ce que pour
      vérifier s’il y a bien du travail justifié pour 1000 personnes, et visiter un peu les frigos et les bars
      qui sont paraît-il bien garnis, et pour pas cher ! ( pas cher pour les bénéficiaires bien sûr ! )

  3. Perquisition pourquoi pas, mais pour vérifier qui a passé ces marchés et s’il y a eu des passes droit..convocation et mise en garde a vue du secrétaire général de l’elysee,les documents inhérents aux marches doivent être fournis a la justice..a défaut mise en accusation pour favoritisme..pas besoin d’aller fouiller dans les sous vêtements de brigitte..

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