L’artiste Invader, carreleur officiel de la mairie de Paris

Invader

Connaissez-vous Invader ? Vous avez forcément vu, à Paris ou ailleurs, collées sur les monuments ou de vieux murs, de petites mosaïques inspirées par le jeu vidéo « Space Invaders ». Depuis 1998, celui qui œuvre sous ce pseudonyme en a placé 4.116 dans 83 villes ou endroits. Paris, et particulièrement le Marais, en est truffé.

C’est, d’ailleurs, un habitant du quatrième arrondissement qui proteste, photo à l’appui – l’ouverture, côté Seine, du Mémorial des martyrs de la déportation –, le 18 mai dernier : « On en a un peu marre, de ce type qui colle ses mosaïques partout, jusque sur les monuments historiques sacrés. Pourriez-vous, SVP, faire retirer cette "œuvre" et adresser la facture à "l’artiste" ? Merci d’avance. » Ce tweet en forme de supplique s’adresse au maire de Paris Centre et à l’adjointe au maire de Paris en charge du patrimoine, de l’histoire de Paris et des relations avec les cultes.

Ce citoyen est naïf. Il s’adresse aux mauvaises personnes. En 2017, des individus cherchant à décoller des Invaders pour les revendre, et se faisant passer pour des techniciens de la mairie de Paris, ladite Mairie a porté plainte contre les faux agents pour « usurpation de fonction ». Mais elle n’a jamais porté plainte contre Invader, dont les œuvres sont illégalement placées. Elle le considère sans doute, et avec raison, comme un auxiliaire efficace du saccage du patrimoine de la capitale. Elle en fait même, actuellement, la promotion dans une exposition intitulée « Capitale(s) – 60 ans d’art urbain à Paris » (jusqu’au 3 juin). Elle les aime, les Invader, Miss.Tic, André, Swoon et autres Banksy « qui ont fait de Paris l’une des scènes majeures de l’art urbain ».

C’est que l’art urbain, loin du sympathique graffiti spontané et expressif tel qu’il s’est toujours pratiqué, est une branche de l’art contemporain : nous sommes en plein dans l’art officiel. Notre « envahisseur » (c’est le sens d’Invader), qui se dit aussi « pirate » et dont on ne connaît pas le visage, est un pirate en carton-pâte et un pur produit du système. Né en 1969, il est « diplômé des Beaux-Arts de Paris », une école à produire à des artistes académiques (rien n’a changé depuis le XIXe siècle, à part les différents aspects que peut prendre l’académisme), et « titulaire d'une maîtrise en arts plastiques » – comme si un diplôme avait à voir avec le talent. Ses petits carrelages à la six-quatre-deux bénéficient d’une reconnaissance internationale de la part du marché de l’art comme des institutions. Invader fait grassement carrière, comme les tagueurs, en parasitant et enlaidissant notre environnement. C’est désespérant d’opportunisme et de platitude.

Le tweet cité supra a donc fait réagir. Un Béotien, car on peut être Parisien et Béotien, une sorte de double nationalité boboïforme, rétorque qu’avant de parler, il faut découvrir la démarche d’Invader et ses invasions « souvent en dialogue et en hommage au lieu qui sert de support », qui « permettent de découvrir des lieux insoupçonnés » (sic). On suivra plutôt La Tribune de l’art, qui rappelle le caractère « irrespectueux, enfantin et surtout illégal » des pratiques de cet Invader.

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

6 commentaires

  1. Depuis les colonnes de Buren, nous ne sommes plus à une supercherie près !
    Il faut aussi retenir que jour après jour, c’est en favorisant, voire en soutenant financièrement ce genre de manifestations prétendument artistiques que certaines « élites franco-mondialistes » façonnent la culture nouvelle sur les restes de la Douce France !
    Mais… Le plus important n’est-il pas de déboulonner dans l’urgence nos statues de Saint-Michel sans cesser pour autant de dénaturer la langue française et de maculer nos façades de taches nommées « tags »?

  2. Ce mec est absolument Génial ! Il faut lui garder les emballages de camembert pour qu’il puisse faire un cadeau pour la fête des mères.
    En tout cas, ce n’est pas la matière première qui lui coûte cher !

  3. En effet, c’est bizarre que la Mairie n’aie pas porté plainte contre cet artiste de basse qualité alors qu’il n’avait pas l’autorisation de placarder ses mochetés. Personnellement, même pour un W.C., je ne choisirais pas ce genre « d’oeuvre d’art ». Ce sont sûrement les dessins de sa petite enfance qui l’obsèdent encore. On peut dire qu’à tous les niveaux de notre société, ça dégénère sérieusement. Vivement 2027 que ça change !

  4. Toujours l’illégalité ….et la mocheté ….Continuons dans la décivilisation ….

  5. Cela fait maintenant une bonne quarantaine d’années que des édiles sans culture artistique laissent se propager cet « art » urbain de mauvais goût. L’idée, c’est la démarche « décalée » à tendance culturelle… La province (versus les « territoires ») est ravagée par la décoration des ronds-points, véritable festival national du mauvais goût.

  6. Dans ce cas, il ne reste plus qu’à faire la réponse du berger à la bergère : Il installe ces « trucs » illégalement, alors il suffit de les détruire et de les détacher en cachette ; son système ne peut fonctionner que si ces « mosaïques » restent en place, si elles sont détruites aussitôt installées, il l’aura dans l’os !

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