À la Préhistoire, il y a un demi-siècle, les « pubeux » régnaient sur les magazines papier et la . On y rivalisait de spots gentillets et glamour, pas toujours très fins mais parfois très drôles, dont beaucoup sont passés à la postérité sous forme de slogans : « Demain, j’enlève le bas ! », « J’f’rai pas ça tous les jours », « Cachou cachou Lajaunie™, ah ah ! », « T’as craché dans ton Yop™ ? » ou encore « l’ami Ricoré™ » et « l’effet Kiss Cool »…

En remontant dans le temps, on croise les hommes-sandwich (une profession honteusement sexiste), arpentant les rues entre deux planches, vantant côté pile le cirage Kiwi™ et côté face le Zebrasif™ pour astiquer les cuisinières. C’était aussi l’époque des camelots qui, sur les trottoirs des grands magasins, vendaient les chaussettes et les brosses à reluire dans de grands parapluies, des Chamberlain™ dont le nom ne dit plus rien à personne. Ces temps ne sont plus, disparus au profit des écrans.

Avec l’arrivée du numérique ? Tout a changé, les petits métiers comme le reste. Ainsi, tout comme on ne dit plus « prostituée » mais « escort », on ne dit plus « camelot » mais « influenceur ». Notez que les deux professions ont aussi vu leurs cadres rajeunir : l’escort qui drague en string sur son compte Instagram a souvent l’âge d’être au collège et l’influenceur est parfois encore en primaire.

Dans les dernières décennies du siècle dernier, celles de l’avènement de la télé-réalité, l’ambition des adolescents se résumait d’un mot : célèbre. Les en attestent : au détour des années 1990, à la question « Que veux-tu faire plus tard ? », les enfants ne répondaient plus pompier ou policier mais « être célèbre ». Au mieux comme les Kardashian ou Hilton, au pire comme Loana. En trente ans, le rêve est devenu business.

Le journal La Croix a enquêté sur ce phénomène qui, lorsqu’ils n’en sont pas complices, échappe à la plupart des parents, ignorants qui et ce que leurs enfants regardent.

« Avec un peu d’avance sur la , le voit l’audience des influenceurs s’accroître d’année en année. Des écoles de commerce spécialisées ont ouvert et les plus s’y bousculent », nous dit La Croix. Et de citer une petite Patience de 9 ans dont la dernière vidéo a été vue plus de 40.000 fois sur sa chaîne YouTube « gérée par sa mère ». Un démarrage que la maman « estime lent, puisque certaines d’autres [fillettes] ont été visionnées par plusieurs centaines de milliers de personnes ».

Naguère, on fardait les fillettes pour les concours de « Mini Miss », aujourd’hui, on les “prostitue” sur le Net. C’est le progrès au temps du capitalisme consumériste. Car tout cela rapporte, bien sûr. De la notoriété et du fric. Le marché s’est organisé et l’on voit, maintenant, fleurir des écoles et des agences d’influenceurs : « De nombreuses écoles de marketing proposent des cours pour influenceurs. Les élèves se bousculent au portillon, rêvant d’apprendre à tirer les ficelles pour devenir, un jour, une star du Web. » À Manchester, l’Institut du développement entrepreneurial et personnel (sic) propose des cours par « des influenceurs internationaux et des experts marketing à la pointe ». Il faut dire que les plus suivis gagnent jusqu’à 150.000 euros par mois, alors ça fait rêver, forcément…

La France est un peu à la traîne. Rassurez-vous, ça ne durera pas. Un papa confie ainsi sa peine au journal : sa fille a ouvert une chaîne YouTube qui compte 10.000 abonnés, c’est-à-dire pas grand-chose dans ce monde du vide. Il n’empêche, « l’adolescente a beau ne pas être une star, elle ne conçoit déjà plus de payer un restaurant », confie son père : « Elle propose au patron de recommander plutôt l’établissement auprès de sa communauté. Personnellement, ça me met mal à l’aise. »

Toutefois, ça ne va pas au-delà du malaise car papa, bien sûr, ne songerait pas à l’arrêter, persuadé qu’il est, lui aussi, que dans ce monde tout se monnaie.

31 mars 2021

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