Editoriaux - Polémiques - Politique - 6 novembre 2019

Immigration et société française : l’équation impossible à résoudre

Je vais être franche : ce pays me fatigue !

Les Français râlent. Encore, toujours. Ils ne cessent de râler : « Y faut que, z’avez qu’à, y faut qu’on… C’était mieux hier, ça sera pire demain, virez-les tous ! Faut qu’ça pète ! »

On est d’accord pour la réforme en espérant qu’elle ne touchera que le voisin. On bloque. Tout. Tout le monde. Sans préavis maintenant, c’est plus commode. Alors, comme beaucoup d’autres – et vous, peut-être ? –, je n’ose faire des plans pour la fin d’année, ni même au-delà, d’ailleurs. Tant que la prochaine échéance électorale ne sera pas passée, ce sera la chienlit. Et quand celle-là sera advenue, on essaiera de faire pression sur la prochaine.

Chienlit ad libitum, voilà la nouvelle devise d’une France qui se vante d’éclairer le monde.

Alors oui, ras le bol de ce pays où toute initiative est décriée d’emblée, et l’est d’autant plus par ceux qui, depuis des décennies, se gardent de bouger quoi que ce soit. Ah, le statut rêvé des opposants… leurs avis éclairés, leurs conseils sur ce qu’il faut faire et qu’ils n’ont jamais entrepris : « Trop timorée, cette réforme, si nous étions aux affaires, ça valserait ! » Et puis il y a les autres qui font croire au miracle : « Immigration zéro ! Un coup de balai et c’est réglé ! »

Notre gouvernement annonce, ce mercredi matin, un train de mesures concernant l’immigration économique, histoire de s’aligner (un peu) sur ce que font tous les pays occidentaux, ou presque. Tollé immédiat : enfumage, insuffisant, ne sert à rien… De l’autre côté, c’est tout l’inverse, forcément : intolérable, dangereux, contraire aux droits de l’homme…

Commençons par regarder la mesure annoncée, début août, par l’OFII, l’Office français de l’immigration et de l’intégration : le changement de la carte ADA (allocation pour demandeur d’asile).

Cette carte dont, je l’avoue, j’ignorais l’existence permettait, jusqu’ici, aux demandeurs d’asile de retirer de l’argent en espèces. Depuis hier 5 novembre, elle est remplacée par une autre leur interdisant de retirer de l’argent mais leur donnant la possibilité d’effectuer des paiements dans des commerces, soit 25 paiements dans la limite du solde crédité par l’État. Cette nouvelle carte leur permet, toutefois, d’obtenir du liquide via le service du « cashback ». La condition : effectuer un achat pour au moins 1 euro pour pouvoir obtenir sans commission jusqu’à 59 euros de liquide par opération, dit l’OFII.

Hurlements des associations qui dénoncent une « entrave à la libre disposition de l’allocation ».

S’agissant, maintenant, des mesures à venir, notamment l’idée d’instaurer un débat annuel sur les quotas de migrants – ce que tout le monde réclamait jusqu’ici –, l’idée est évidemment décriée : scandaleux, dit la gauche généreuse qui voudrait accueillir toute la misère du monde. Hypocrite, clame la droite en comptant les migrants : 255.956 titres de séjour délivrés en 2018, répartis comme suit : immigration familiale 90.074, étudiants étrangers 83.082, immigration humanitaire 33.981 et, enfin, immigration économique 33.502. Conclusion : vouloir réguler le nombre des migrants économiques ne sert à rien, sinon à prouver que « le gouvernement ne souhaite pas s’attaquer au vrai problème de l’immigration légale en France », écrit Valeurs actuelles.

Mais c’est surtout la réforme de l’AME (aide médicale de l’État) qui crée l’hystérie. La fraude aux soins n’est rien, assurent ses défenseurs, ce n’est qu’une demi-goutte d’eau dans l’océan de nos dépenses. De plus, affirment-ils, vouloir différer l’accès aux soins des migrants va mettre en danger la population française qui risque d’être touchée par la gale, le SIDA, la tuberculose et sans doute le choléra, la peste et le béribéri.

Conclusion : surtout, ne touchons à rien. Attendons le déluge, comme nous l’avons toujours fait. Les Français aiment cela, eux qui sont allés, pour la Toussaint, fleurir la tombe de Jacques Chirac, prince de l’immobilisme… Ah si, pardon : Jacques Chirac flattait le cul des vaches !

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