Îles Kouriles : nouvelle pomme de discorde entre Russie et Occidentaux ?
Le président Poutine a suscité l’ire du Premier ministre japonais Sanae Takaichi en visitant, ce 13 août, les îles Kouriles. Ce dernier a en effet jugé cette visite « inacceptable ». Son ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a déclaré : « Les territoires du Nord constituent une partie inhérente du territoire du Japon, tant sur le plan historique qu’au regard du droit international, et le gouvernement du Japon proteste vigoureusement contre cette visite. » Les îles Kouriles ? Un archipel de 10.000 km2 situé en mer d'Okhotsk, en Extrême-Orient, territoire russe depuis 1945 mais toujours revendiqué par le Japon.
Une vieille « hache de guerre » déterrée
Suite à cette visite du président russe, dès le lendemain, les États-Unis ont apporté leur soutien à leur allié japonais à travers une déclaration de l’ambassadeur américain à Tokyo qui a reconnu « la souveraineté du Japon sur les territoires du nord ». Alors, qu’en est-il ? Cette remise en question par les États-Unis de la souveraineté russe depuis 1945 sur les îles Kouriles, et ce, presque un an, jour pour jour, après la rencontre Trump-Poutine d’Anchorage en Alaska, remettrait en cause tous les accords signés par les Alliés au terme de la capitulation japonaise de septembre 1945. Cette vieille « hache de guerre » déterrée par le président russe, venu narguer le Premier ministre nationaliste japonais dans une région russe de moins de 20.000 habitants, repose la question des nationalités dans les empires.
Le gouvernement de Sanae Takaichi ne pouvait évidement pas ne pas protester, compte tenu d'une opinion publique japonaise très rancunière à l’égard des Soviétiques, et donc des Russes, qui avaient « profité » du largage d’une première bombe atomique américaine, le 6 août 1945, à Hiroshima, pour déclarer la guerre au Japon deux jours après et s’emparer donc, entre autres, de la Mandchourie, de l’île de Sakhaline et des îles Kouriles.
En revanche, ce qui est plus incompréhensible est la remise en cause par les Américains de ce gain territorial soviétique sur lequel ils ne s’étaient jusqu’alors pas prononcés, et concédé en 1945 à leurs alliés soviétiques.
Perte des repères de 1945
Alors qu'en France, on s'accorde à reconnaître le rôle majeur du général de Gaulle en 1945 pour que notre pays soit à la table des vainqueurs (capitulation de l’ Allemagne nazie, puis, quelques mois plus tard, celle du Japon), nous pouvons nous demander si nos ennemis d’hier, devenus nos alliés d’aujourd’hui, ne cherchent pas, et ce, depuis plusieurs années, à profiter du chaos mondial pour remettre en cause les décisions diplomatiques et géopolitiques des vainqueurs de 1945. En 2005, déjà, le Japon avait revendiqué un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, arguant que le monde avait changé depuis 1945. Une revendication qui apparaît toujours sur le site de l'ambassade du Japon en France. De manière plus biaisée, on pourrait évoquer la proposition du vice-chancelier allemand Olaf Scholz, en 2018, de transférer le siège permanent de la France à l'Union européenne.
En outre, dans un autre domaine, il est à noter que l’Allemagne et le Japon sont actuellement les seuls pays, avant l’Ukraine peut-être l’année prochaine, à avoir été autorisés à construire sous licence les missiles antimissiles Patriot. Demain, s’il venait à l’idée d’un gouvernement allemand, comme le fait actuellement le gouvernement japonais, de revendiquer la souveraineté sur la Russie occidentale, ex-Poméranie orientale, et de sa capitale Königsberg, actuellement Kaliningrad, à la suite d’une visite du président Poutine, que penser, alors, des « résultats » des capitulations allemande et japonaise de 1945 ? La Russie, elle, n’oublie pas la Grande Guerre patriotique et les gains territoriaux qu’elle a obtenus à la suite de pertes humaines considérables, tant militaires que civiles, qui ont entraîné sa victoire. Ce qui semblerait être moins le cas de nos responsables politiques qui se prétendent pourtant tous gaullistes, aujourd'hui...
La France serait-elle alors solidaire des revendications du Japon, voire de l'Allemagne, sur des territoires qui leur furent arrachés à l'issue d’une victoire emportée sur des ennemis particulièrement sanguinaires, tant à l’ouest qu’en Orient ? Sans doute les États-Unis, jamais occupés militairement depuis la guerre de 1812-1814, auraient-ils tendance à oublier leurs alliés d’alors pour en faire des losers qui deviendraient tièdes malgré leur « dette morale » contractée avec les Américains à l’issue des deux guerres mondiales. Cela nous a été d’ailleurs reproché, tant aux Britanniques qu’à nous-mêmes, lors de notre refus de participer aux actions militaires israélo-américaines contre l’Iran.
Quelles leçons, pour la France ?
Certes, aujourd'hui, la France est davantage tributaire des liens diplomatiques et militaires avec nos alliés de l’Alliance atlantique et de l'Union européenne que par le passé. Mais elle reste l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et appartient au club des puissances militaires nucléaires. En outre, notre pays est présent sur tout le globe, à travers ses territoires et départements d'outre-mer et jusque dans les terres australes. Certains font d'ailleurs l’objet de convoitises de puissances étrangères. Mais notre pays endetté a aujourd’hui du mal à peser dans le « concert des grandes puissances » et a de moins en moins d’influence sur le cours du monde. Remarquons, d’ailleurs, que nos diplomates n’ont pas réagi à la visite du président Poutine dans les îles Kouriles et que si ce dernier venait à visiter Kaliningrad et ses installations militaires, il en serait sans doute de même.
Les îles Kouriles ne méritent certes pas une guerre déclarée à la Russie pour permettre aux Japonais de les « libérer », mais elles sont le symbole d’une discorde entre Russes et Américains qui remettrait en cause le statu quo de 1945 entre les Soviétiques et les États-Unis. La Chine populaire et la Corée du Nord ont plusieurs fois affirmé leur solidarité avec la Russie. La Corée du Nord a même participé activement aux opérations militaires en Ukraine. De même que la guerre déclenchée contre l’Iran par les États-Unis et Israël, le 28 février dernier, ne serait pas « notre guerre », le conflit réamorcé par la Russie contre le Japon sur les îles Kouriles n’est pas non plus notre conflit. Mais nous avons néanmoins le devoir de participer au règlement de ces deux situations belliqueuses et belligènes. L’éclatement de l’Union soviétique et la réunification allemande ont durement remis en cause la position de la France sur l’échiquier mondial. Notre pays, en l’espace de cinquante ans, est passé de la quatrième à la septième place mondiale, tant au plan militaire qu’au plan économique.
Malgré sa perte d’influence diplomatique, mécaniquement liée à sa mauvaise situation économique et financière, notre pays conserve le devoir de tout faire ce qui est en sa capacité pour pérenniser un état de paix relatif, tant avec la Chine qu’avec la Russie, tout en sachant que nos liens avec nos alliés nous rendent dépendants de leurs situations respectives. Ainsi, si demain la Russie attaquait la Lituanie, nous serions sans doute tenus de participer à sa défense. Mais pour ce qui est de la zone Pacifique, il est aussi de notre devoir d’éviter que la situation, déjà tendue entre Russes, Japonais et maintenant Américains, ne dégénère en guerre généralisée et où la Chine et la Corée du Nord ne seraient pas longues à intervenir au profit de leur allié russe. Des défis qui s'accommodent mal avec une fin de règne interminable.
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77 commentaires
Ces jeux intercontinentaux, dans économiques que territoriaux provoquent des instabilités de mauvais augure. L’Europe, dans bien des cas, n’est que faible observatrice tandis que les grands se chamaillent au-dessus de sa tête. Mais elle veut se mêler de la partie malgré son affaissement généralisé et les suprématies qui lui sont imposées, agriculture, industrie dont automobile, armement, etc. ….. et submersion migratoire progressive.
Dans ces jeux, les USA deviennent de plus en plus illisibles hors leur objectif intérieur : « redonner de la puissance à leur territoire ». Une voie totalement opposée à celle de l’Europe qui est de plus en plus soumise aux volontés des autres continents.
Toujours se faire peur et faire peur! La Russie n’a aucun intérêt de faire une guerre contre les états baltes, à part une population russophone minoritaire, a priori peu russophile puisque pas ou peu d’immigration de sa part vers la Russie depuis 35 ans , arrêtons ce genre d’hypothèse enfantine
je ne sais pas à quoi ils jouent, mais c’est un jeux dangereux . Je parle des Etats Unis et du Japon et bien sûr à leurs basques l’incontournable UE ,qui semblent remettre en cause les accords de 1945. Les polonais n’ont plus qu’à revendiquer la partie de l’Ukraine dont leur a privé Staline en 1945; et les allemands de même pour la partie de l’Allemagne donnée aux polonais en échange de la province ukrainienne de la Pologne !
Si lm’intendant, il ne peut même plus se promener chez lui !
Vincent ne semble pas tenir compte du fait que le fin du conflit se termine par une capitulation. Au contraire de la Grande Guerre qui se termine à Versailles par un mauvais traité de paix qui engendre une nouvelle guerre ( on n’invite même pas tout les protagonistes à la table), le second conflit mondial( pas encore le deuxième ndlr) se termine radicalement et sans contestation en matière de responsabilités. Dommage que « Nuremberg » fut le tribunal du vainqueur comme on dit, car des juges de pays neutres européens auraient été judicieux comme choix pour juger. Les kouriles, c’est un rapt de l’URSS mais ils on ont fait bien d’autres pendant la guerre, « Oncle Joe » et le « Führer » étaient maitres de l’art !Finlande, Pologne, Belgique, Luxembourg, France, Bessarabie, pays baltes, Iran, Mandchourie, et donc les petits kouriles au passage, ça ne mange pas de pain comme Memel ou autre Dantzig. En plus c’est si loin, quasi inhabité…Si loin, tiens , une autre idée, L’ URSS toujours championne pour essayer d’expulser de leurs colonies les infâmes capitalistes européens ( notre amie la Russie…faisait tout pour faire sortir les Européens hors de l’Afrique et de l’Asie, avec la complicité du gentil et sympa Roosevelt ( Son « Unkel Joe » pour Staline) et successeurs mais au fait, Vlasivostok, c’est différent de Singapour sans doute mais sur une carte, on est en Asie, et la Sibérie, ce n’est pas un territoire conquis militairement par les Tsars, caste honnie par Lénine et consorts. Une fois au pouvoir, les soviétiques auraient du profiter de la décolonisation autour de 1960 pour libérer aussi la Sibérie au moins orientale. Bizarrement, ce n’est jamais évoqué géo-politiquement…Pourtant la colonisation à combattre est une matière pour gauchistes très occupés avec la guerre du Viet-Nam, ou la guerre d’Algérie par exemple !
Ca m’aurait fortement étonné si les Américains n’avaient pas « protestés ». Pour ceux qui ne portent pas des lunettes idéologiques noires (CIA) fabriquées made in USA, je rappellerai que depuis Lincoln, les USA ont toujours été en guerre: Toutes les guerres qu’ils ont déclaré se sont terminées avec une fuite des guerriers US la queue entre les jambes. Toutes les guerres que les USA ont fomenté de par le monde, ce fut pour mieux vendre leurs armes et qui dit armes, dit aussi, par obligation, munitions…. et ces guerres qui étaient nourries par Washington ont été poussée au maximum jusqu’au moment où les USA faisaient ce qu’elles savent faire le mieux: abandonner leurs protégés, leurs alliés.
N’oublions pas qu’en France que les USA voulaient occuper à la place des Nazis allemands, avec leurs bombardements aériens en haute altitude, ont fait plus de morts civils que les nazis, ont détruit totalement des villes entières et ça continuera. Alors pour moi, je dis ; chacun chez sois et le Bon Dieu pour tout le monde. Nous: Français… nous avons notre savoir faire et nous existons des milliers d’années avant les USA.
Le Général attachait une énorme importance aux bonnes relations avec l’URSS à l’époque. Cela paraît évident ;mais curieusement pas pour certains.
Beaucoup de commentaires de cet article insistent sur les « crimes contre l’humanité » commis par l’Allemagne et le Japon. Sans doute conviendrait-il de rappeler que les Bolchéviques russes n’ont pas été en reste en matière d’abominations (commencées bien avant celles des « fascistes » ; mais il n’y a jamais eu de « Nuremberg du communisme », puisque nous avons abandonné pendant quarante ans la moitié de l’Europe aux assassins rouges). Certains semblent se féliciter que Königsberg, la ville de Kant et un des fleurons de notre civilisation européenne, soit devenu un « paradis soviétique ». Allez-y voir, et vous constaterez à quoi ressemble encore, plus de vingt ans après la chute de l’URSS, une terre ravagée par le communisme. La haine de l’Allemagne, 80 ans après la Seconde Guerre Mondiale, conduit visiblement certains à pratiquer allègrement le point Godwin, à assimiler éternellement Allemagne et nazisme, à avoir les yeux de Chimène pour l’héritage stalinien de la Russie. C’est sans doute finalement peu étonnant dans un pays où l’on a fait une telle place au communisme, et où l’on semble avoir plus de rancoeur à l’égard de nos voisins allemands qu’à l’encontre de populations extra-européennes qui sont entrain de nous submerger. Est-ce la faute de l’Allemagne si la France décline, ou celle de nos dirigeants, que nous avons élus voir réélus au fil des années ? l’Allemagne devra-t-elle porter jusqu’à la fin des temps la marque d’infamie de la culpabilité collective, alors que Moscou revendique impunément le brillant héritage de Messieurs Lénine et Staline ? Ce n’est pas le redressement de l’Allemagne qui nous menace, mais notre propre faiblesse, notre propre déclin, nos propres erreurs. Le monde change ; au lieu de tester bloquer sur l’héritage de Yalta (qui a conduit au partage et à la vassalisation de l’Europe entre sphères d’influence américaine et soviétique), essayons de retrouver une place digne de notre nation. Cela se fera en rompant avec les mensonges du passé (et les mythes diffusés depuis 1945 par des élites complaisantes à l’égard du communisme), et pas en perdant notre énergie à prétendre interdire à nos voisins de redevenir une grande nation.
Ne serait ce que pour le gaz !
Logique. Roosevelt le prenait pour un demeuré et Chuchill pour un intriguant. Staline, pas fou et rompu aux manoeuvres indirectes du Politbureau, en fit son allié. Prix à payer : Thorez ministre d’Etat et la France livrée au communisme en 1945. Merci de Gaulle.
J’ai bien aimé cette phrase de votre article : les États-Unis ont apporté leur soutien à leur allié japonais . « Allié » sur lequel ils ont balancé 2 bombes atomiques , faut quand même pas l’oublier !
Spécialité N°1 des USA: réduire leurs alliés en esclavage.
Le Japon à perdu la guerre en 1945,et les iles appartiennent aux Russes,point barre.
Petites provocations de Poutine envers les alliés à l’Ukraine, histoire de tester les réactions épidermiques de chacun sachant qu’il a le soutien de la Chine, de la Corée du Nord et sûrement de l’Inde.
Non mais, de quoi je me mêle, cet l’ambassadeur américain à Tokyo ?
Comme toujours, les americains se prennent pour l’IMPERADOR del mundo.
« nos responsables politiques qui se prétendent pourtant tous gaullistes, aujourd’hui… »
Qu’ont-ils tous de gaulliste ? Rien. Le gaullisme cnest la souveraineté, abandonnée à l’Europe, le gouvernement par le peuple, largement ignoré depuis Sarkozy et méprisé depuis Macron, la démocratie qui s’etiole chaque jour un peu plus sous les coups de boutoirs répétés de décisions liberticides. Tous sont à De Gaulle ce que Lyssenko est à la science.
Sacré Vladimir il ressemble plus en plus à son ami Donald et à quelques énergumènes du même calibre pour lesquels la vie d’autrui n’a guère de valeur.
Ah bon? Aller visiter une île indique que l’on estime que la vie d’autrui n’a pas de valeur.
ceux qui l’ont reçu en pensent quoi? Il me semble qu’il a été bien reçu, pourtant!
par contre, bombarder des enfants dans une région qui a demandé son rattachement à la Russie, ça, c’est bien et très moral.
Nous n’avons pas les mêmes valeurs.
Et le Japon achète gaz et pétrole aux russes (une exception aux sanctions) serait il aussi stupide que l’UE pour y mettre fin ?
Et moi on me fait payer des retraites à des généraux aussi incapables que poutinistes. Voir « Place d’armes » : ça pullule.
Reformulation : les crimes de guerre et contre l’humanité sont du coté de Poutine, bien entendu.
Toto, vous regardez trop LCI
Humour au troisième degré?