Les différentes couleurs, rouge pour les travaillistes, bleu pour le PMSD (Parti mauricien social démocrate), mauve pour le MMM (Mouvement militant mauricien) et orange pour le MSM (Mouvement socialiste mauricien) au pouvoir actuellement, adoptées par les partis politiques locaux, se sont toujours succédé au gouvernement sans autre forme de procès qu’une alternance sans histoire depuis l’accession de l’île à l’indépendance, en 1968.

Mais ne voilà-t-il pas qu’une autre couleur, noire celle-là, est venue se mêler, sous forme de catastrophe écologique, à la vie politique locale déjà ébranlée par une succession de scandales de corruption qui ont touché les plus hautes sphères gouvernementales. Et pourtant, le gouvernement de M. Pravind Jugnauth, le fils de son père qui avait été Premier ministre avant lui, avait réussi à gérer l’épidémie du Covid-19 de façon remarquable en faisant de cette île très prisée par les touristes une destination totalement libérée du virus…

Comme tous les pays à vocation touristique ayant fermé leurs frontières aux vols internationaux, l’île faisait déjà face à de grosses difficultés économiques provoquées par la pandémie. Mais cette île, bon enfant sur le plan politique, avait toujours réussi à résoudre ses problèmes en partie grâce, entre autres, à l’ingéniosité et la résilience de sa population bigarrée dont la gentillesse n’a d’égale que la beauté de ses lagons.

Il a fallu qu’un vraquier japonais de 300 mètres de long vienne s’encastrer de façon mystérieuse sur le récif de l’est du pays pour que tout change en l’espace de quelques semaines. La gestion de cette affaire par le gouvernement a rapidement donné lieu à de violentes critiques à son égard. L’inefficacité des autorités maritimes et des gardes-côtes lors de l’approche du bateau, pourtant repéré par les radars, les délais de réactivité du gouvernement pour empêcher une marée noire qui a eu lieu malgré des déclarations rassurantes ainsi qu’une communication désastreuse ont finalement entamé de façon très grave la crédibilité du gouvernement. Surtout que dans le même temps, cette population mauricienne, toutes ethnies confondues, a donné une extraordinaire leçon de résilience et de patriotisme en luttant jour et nuit contre la marée noire qui, fort heureusement, a été limitée à une portion du lagon sud-est de l’île.

Dans cette île Maurice généralement légitimiste, la colère, d’ordinaire rare ici, gronde aujourd’hui au point qu’une sorte de pétition circule dans la population, demandant la démission du gouvernement. Dans le même temps, comme pour appuyer la démarche des Mauriciens, les trois autres partis politiques aujourd’hui dans l’opposition (PT, MMM et PMSD) se sont unis pour demander de nouvelles élections générales.

Quant à la France, qui a la cote d’amour dans cette île jadis française (1715-1810), elle a rapidement dépêché une équipe de spécialistes et du matériel antipollution dès que la demande lui fut faite. Profitant de son voyage à La Réunion voisine, Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, a fait un saut à l’île Maurice afin d’apporter un témoignage de solidarité au peuple et au gouvernement mauriciens. Durant son séjour à Maurice, il a rencontré le Premier ministre mauricien avec la cordialité qui préside à chaque rencontre franco-mauricienne. Mais, de retour à La Réunion, il a émis des critiques quant à la réactivité des autorités mauriciennes après l’échouage du vraquier et à celles des autorités maritimes quant au suivi du trajet du navire qui se dirigeait pourtant droit sur les côtes est de l’île.

Un autre sujet de dissension entre les autorités mauriciennes et le ministre français concerne l’épave du navire qui pourrait, s’il était sabordé et coulé à 14 kilomètres des côtes de l’île Maurice, comme cela est semble-t-il prévu par les autorités mauriciennes, provoquer une certaine pollution sur le littoral de La Réunion, seulement distante de 230 kilomètres.

Affaire à suivre…

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