Jeudi 29 septembre 2023. Dans le quartier de Ménilmontant (Paris XXe), caché derrière une modeste façade rouge, le café associatif chrétien Dorothy offrait une tribune à la militante indigéniste Houria Bouteldja, régulièrement accusée d’antisémitisme, de racisme ou d’homophobie. Cette intervention, qui n’a pas manqué d’interroger, s’inscrit dans le cadre d’un cycle de conférences sur l’antiracisme lancé par l’association au début de l’année scolaire.

Une militante sulfureuse

« Quel projet politique de justice sociale et d’égalité totale est-il à même de rassembler les classes populaires ? » Devant une cinquantaine de « cathos de gauche », Houria Bouteldja était invitée à présenter son dernier ouvrage, Les Beaufs et les Barbares. Au programme : réfléchir au « risque d’une opposition entre classes populaires blanches et classes populaires racisées » et proposer des moyens de dépasser cette situation. Si l’association promettait un débat « critique » avec le philosophe de gauche et cofondateur du Dorothy, Foucauld Giuliani, de nombreux internautes se sont interrogés sur la pertinence d’une telle invitation. « C’est de pire en pire, votre organisation », commente l’un d’eux. Et un autre d’ajouter : « Quel était l’intérêt d’inviter une femme avec des propos aussi violents au Dorothy ? » Contactés sur leurs motivations, les membres de l’association n’ont pas répondu à BV.

Il faut dire qu’Houria Bouteldja n’a rien d’une enfant de chœur. En effet, en 2012, au lendemain des attentats de Toulouse, elle écrivait : « Mohammed Merah, c’est moi. […] Depuis le 11 septembre, comme moi, il a subi l’incroyable campagne médiatico-politique islamophobe qui a suivi les attentats contre les deux tours. » Quatre ans plus tard, après la publication de son livre Les Blancs, les Juifs et nous (2016), dans lequel la militante n’hésitait pas à essentialiser les personnes de confession juive, le président de la LICRA déclarait auprès de Marianne : « Houria Bouteldja est une antisémite notoire. Son livre est racialiste et indigéniste. » Ses prises de position sur la question homosexuelle – elle affirme, notamment, que « l’homme arabe qui fait son coming out, c’est un acte de soumission à la domination blanche » - et sur Israël, lui valent d’être finalement lâchée par Libération, qui finit par décrier, en 2016, sa « dérive identitaire ». Aujourd’hui encore, Houria Bouteldja continue de dénoncer, sur X (anciennement Twitter), « la croisade islamophobe du gouvernement » contre l’abaya. Dans son dernier livre, qu’elle présentait ce 29 septembre au Dorothy, la fondatrice du Parti des indigènes de la République développe à nouveau sa haine contre les « Blancs ». Elle écrit, par exemple : « Les affects des Blancs sont chargés de négativité. Ils sont produits par 500 ans de domination occidentale, militaire, économique, éthique et philosophique. »

Un combat politique

Outre Houria Bouteldja, le café Dorothy, qui a déjà organisé une première conférence sur la pensée de Frantz Fanon, un militant décolonialiste du XXe siècle et fervent défenseur de l’indépendance de l’Algérie, reçoit, ce jeudi 5 octobre, Mornia Labssi, contrôleuse du travail. Soutien de Jean-Luc Mélenchon en 2022, cette militante est invitée à aborder la question de la lutte antiraciste dans la rue et les tribunaux. Comme Houria Bouteldja, Mornia Labssi a récemment dénoncé « le déni de la France face aux violences policières » et la « vague offensive islamophobe » en France. Une prise de position qui ne semble pas déranger les membres du Dorothy, qui assument vouloir « lier politique et vie de foi ».

Ces conférences sur l’antiracisme peuvent surprendre au sein d’une association de revendication chrétienne. Mais pour les membres du Dorothy, ce combat « entre en réalité en écho avec l’espérance chrétienne de justice ». Fondée en 2017 par une quinzaine de catholiques engagés plutôt à gauche de la sphère politique, cette association, du nom de Dorothy Day, journaliste catholique américaine, militante dans les milieux proches de l’ultra-gauche, s’inspire du café chrétien et solidaire Simone, créé à Lyon. L’association lyonnaise qui avait accueilli les auteurs du Puy du faux (ouvrage à charge contre le parc vendéen) à venir aborder le sujet du Puy du fou, « entre spectacle, histoire et idéologie », a récemment été épinglée par Philippe de Villiers. Le diocèse de Lyon s’était alors désolidarisé de cet événement.

Pour le moment, le Dorothy, qui a reçu 100.000 euros pour la rénovation du café en 2018, continue d’être soutenu par la fondation Notre-Dame et mis en avant sur le site du diocèse de Paris.

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05 octobre 2023 à 18:57

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