Comme tous les professeurs, je prends connaissance de ce qui pourrait éventuellement se passer à la rentrée par le biais des différents médias, avant qu’une autre information ne vienne contredire la précédente. J’ai donc appris que l’hommage à se transformait en simple minute de silence à 11 h 00 du matin, lundi 2 novembre 2020, sans réunion préparatoire et sans la moindre uniformisation des discours.

Soucieux de la neutralité que se doit de s’imposer un professeur vis-à-vis de la malléabilité des esprits des jeunes qui lui sont confiés, jamais je n’ai exprimé mes convictions que je publie sur Boulevard Voltaire sous pseudonyme depuis des années. Ayant un enfant en classe de 6e, je dirai ce que je sais, après des années d’observation, de lecture et de réflexion.

En hommage à Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie décapité pour avoir enseigné la liberté d’expression, voici, humblement, ce que je ferai face à mes élèves lundi 2 novembre, à 11 h 00, dans une petite ville de France.

Nous observerons tout d’abord une minute de silence.

Ensuite, je dirai : Vendredi 16 octobre, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, a été assassiné. Il est la victime d’une barbarie inqualifiable. Je me refuse justement de la qualifier, par éthique. Sachez simplement que ce que l’on croit éternel ne l’est pas. Tout comme une fleur ou notre mère, la France, notre pays, est d’une incroyable fragilité. Pourtant millénaire, elle est attaquée comme elle l’a rarement été par le passé. Mais c’est parce que vous êtes là, que vous y croyez et que, chaque jour, vous apprenez ce que vos professeurs, comme Samuel Paty, vous enseignent que, jamais, elle ne s’éteindra. Oui, chaque jour, en classe, Vercingétorix rejoue la bataille de Gergovie, Clovis se fait baptiser à Reims et la Révolution met fin aux privilèges ; à chaque leçon, Marie Curie redécouvre la radioactivité ; quant à Darwin, il précise l’importance des vers de terre dans leur écosystème ; à chaque séance, Beethoven recompose, avec quelques fausses notes peut-être, la 5e symphonie, ou Monet peint de nouveau, sûrement un peu maladroitement, le pont aux nénuphars, La Fontaine redonne une chance au lièvre face à la tortue et, à chaque sortie, Renaut Lavillenie passe au-dessus des six mètres à la perche et Marie-José Perec redevient championne olympique du 400 mètres. Car le destin de la France est grand, très grand et vous l’incarnez.

Sur ce, je diffuserai la chanson « One », de U2, qui résonna dans la cour de la Sorbonne sous les offices du président de la République.

En espérant, peut-être désespérément, que nos élites comprennent un jour.

1 novembre 2020

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