[HISTOIRE] Jean Amilcar, l’enfant adopté par Louis XVI et Marie-Antoinette

Ce destin met en lumière une France plaçant déjà l’humain avant 1789 au-delà des différences de couleur et d’origine.
@Wikimedia commons
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Le 25 mars 2026, l'ONU a reconnu « la traite et l’esclavage perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques, aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe, contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes » comme « un crime contre l’humanité » et une « abomination ». L'organisme prend donc une série d'initiatives « afin que vive la mémoire de l’esclavage et de la traite ». De là à reprocher à l'Europe son passé, il n'y a qu'un pas qui mérite pourtant une grande prudence. II manque en effet à ce tableau tragique la traite des populations blanches d'Europe pratiquée par les Barbaresques... et quelques nuances.

Car certains destins tranchent sur l'image d'un Ancien Régime entièrement esclavagiste, dominateur et profondément raciste. Sans nier les réalités complexes de ce temps, ils révèlent qu'on plaçait, au sommet du pouvoir du royaume, l’être humain au-dessus des distinctions de couleur ou d’origine. À l’image du chevalier de Saint-Georges, dont le destin illustre cette complexité, celui du jeune Jean Amilcar mérite d’être raconté. Né esclave, il fut affranchi et adopté par Louis XVI et Marie-Antoinette avant d’être presque oublié par la Révolution.

Un enfant offert à la cour

Ce jeune enfant originaire d’Afrique naît vers 1782 au Sénégal. Cependant, alors qu’il n’a que cinq ans, il est acheté par le gouverneur du Sénégal, le chevalier de Boufflers, qui décide de l’envoyer, en 1787, dans le royaume de France pour l’offrir à la reine comme un présent exotique. Cependant, Marie-Antoinette accueille ce geste avec une profonde gêne. Refusant de considérer cet enfant comme un objet, contrairement à sa rivale Madame du Barry avec son propre esclave noir Zamor, la souveraine fait rapidement affranchir l’enfant et décide même de l’adopter afin de lui garantir un avenir. Marie-Antoinette le fait également baptiser à Notre-Dame de Versailles le 20 août 1787 et lui donne le nom de Jean Amilcar, du nom de son parrain, Jean Müller ayant pour profession, selon l’acte de baptême, de « garçon des garçons de la Chambre de la Reine ».

Archive des Yvelines - acte de baptême de Jean Amilcar

Grâce à ses protecteurs royaux, Jean reçoit alors une éducation et est placé dans un pensionnat à Saint-Cloud. Ce choix n’est pas anodin : il traduit une volonté claire d’intégration et d’élévation sociale de la part de la Couronne, loin d’une logique de domination raciale. Dans une société encore marquée par l’esclavage colonial, un tel geste venant du sommet de l’État revêt une forte portée symbolique.

Une protection royale interrompue par la Révolution

Cependant, la Révolution française bouleverse la vie de Jean Amilcar. La monarchie est renversée, le roi est exécuté le 21 janvier 1793, suivi de la reine le 16 octobre 1793. Avec la disparition de ses protecteurs, l’enfant perd tout soutien, notamment financier. Les 400 livres de pension qui lui étaient attribuées cessent brutalement d’être versées et Jean se retrouve livré à lui-même. L'un de ses professeurs, Quentin Beldon, tente alors de lui venir en aide, l’accueille chez lui et implore la Convention d’apporter son aide à cet enfant, cet ancien esclave devenu pupille officieux de la monarchie et dont la charge revient symboliquement maintenant à la Révolution. Ces démarches resteront sans réponse dans une France plongée dans la Terreur, faisant alors de Jean un enfant oublié.

Ce n’est qu’en 1795, avec l’instauration du Directoire, que la situation s’améliore légèrement. Une pension lui est enfin accordée par l'administration du département de Seine-et-Oise, lui permettant d’envisager un avenir. Le 2 mars 1796, il intègre ainsi l’école nationale de Liancourt, future École nationale supérieure d'arts et métiers, où il perfectionne ses talents en dessin. Cependant, le destin s’acharne. Atteint d’un mal inconnu, Jean Amilcar meurt quelques semaines plus tard, le 18 mai 1796, à l’hospice de l’Unité, situé rue des Pères à Paris et aujourd’hui disparu.

Un témoignage nuancé sur l’Ancien Régime

Le destin de Jean Amilcar invite à reconsidérer certaines idées reçues. Sans nier l’existence de l’esclavage dans les colonies, il montre que des figures majeures de l’État pouvaient manifester une réelle attention à la dignité humaine, indépendamment de la couleur de peau. L’affranchissement de l’enfant, son éducation et la volonté de lui assurer un avenir témoignent d’une sensibilité qui dépasse les schémas simplistes.

Cette réalité historique contraste avec certaines lectures contemporaines qui présentent la France comme intrinsèquement et éternellement esclavagiste ou colonialiste. La France abolit une première fois l’esclavage en 1794, sous la Convention, avant son rétablissement en 1802 par Napoléon Bonaparte, puis son abolition définitive en 1848 sous l’impulsion de Victor Schœlcher. À titre de comparaison, l’abolition de l’esclavage dans le monde arabe intervient bien plus tardivement, souvent au cours du XIXe siècle et même du XXe siècle, comme en Arabie saoudite en 1962 ou en Mauritanie en 1980. Dans certains cas, cette abolition est liée à des pressions diplomatiques et à des interventions européennes, notamment françaises. Ces éléments rappellent que la France ne peut être réduite à une caricature historique. Elle fut aussi, à certaines périodes, un acteur majeur de l’abolition et de la diffusion d’idées humanistes. Le parcours de Jean Amilcar en est une illustration poignante. Il incarne à la fois les contradictions de son époque et la preuve que, même au cœur de l’Ancien Régime, une certaine idée de l’humanité, telle que nous la concevons aujourd’hui, existait.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

21 commentaires

  1. Il faut tout simplement rende grâce et hommage pour son humanité au couple royal, tant décrié, à Marie-Antoinette, tant méprisée ! Et leurs bourreaux n’ont pas été capables d’assumer le statut de cet enfant. Ces révélations confirment une réalité : nous avons perdu au change…

  2. le couple royal a été sali par les révolutionnaires ( les ancêtres de la gauche actuelle) pour s’emparer de tous les pouvoirs. La France se porte t’elle mieux depuis que cette engeance en a pris le contrôle?

  3. C’est vraiment simpliste de condamner ainsi la traite des noirs. S’il y a pu y avoir achat d’esclaves, il y a eu vente: et qui a vendu ces hommes et ces femmes? les royaumes impliqués dans la capture et la vente (Dahomey, Ashanti, Kongo…). Sans cette participation, il n’y aurait pas eu possibilité de commerce triangulaire.

  4. S’il y a des acheteurs, c’est qu’il y a des…vendeurs. On ne peut acheter que ce qui se vend…Il y aura toujours des « esclaves » dans nos pays dits « civilisés » mais sous d’autres formes…Allez les Nicolas…

  5. L’esclavagisme existe encore mais pas en occident! Cette pratique est encore largement inscrite dans les coutumes en Afrique et le système des castes. Bizarrement les africains instruits et les français d’origine africaine ne font rien. Les européens ne peuvent même pas faire pression contre cette pratique, ils se feraient encore insulter de néo coloniaux.

  6. Catherine de Médicis était italienne, comme Mazarin. L’Histoire de France compte beaucoup d’étrangers qui ont fait la France. Les Noirs Américains étaient stupéfaits de se voir accueillis sans problème par la population française au lendemain de la Grande Guerre, alors qu’ils étaient frappés d’exclusion aux USA. Relisons Candide de Voltaire et l’épisode – normalement connu de tous les élèves – du « Nègre du Surinam ». Allons plus loin : pourquoi faire de la France une exception dans l’histoire de l’esclavage, alors que l’Afrique elle-même le pratiquait…

  7. – « La France abolit une première fois l’esclavage en 1794 » : non, c’est faux, c’est Louis X qui a aboli l’esclavage en France, dès 1315. La France est, à ma connaissance, la première à avoir abolie l’esclavage sur son territoire (sauf le peuple juif, me semble-t-il, qui n’a jamais pratiqué ni reconnu l’esclavage ? Les spécialistes vérifieront).
    Grâce à ses racines chrétiennes, la France est altruiste, humaniste, non-violente.
    – « aux Amériques, aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe » : et en Afrique, alors ?! Le continent le plus esclavagiste qui soit, notamment avec la culture arabe qui a maintenu l’esclavage jusqu’à une époque récente. Il ne faut pas oublier l’Histoire, la vraie, au profit de mensonges, répandus certes, mais demeurant mensonges.

  8. Les esclaves ont toujours existé et existeront toujours (comme la prostitution). Certes, sous des formes différentes, mais bien réelles quand même. La France n’a fait que faire perdurer le système (en permettant sa diminution)

  9. Dans l’histoire de l’humanité, l’esclavage a toujours été considéré comme « normal ». Il constituait le tribu accordé à un peuple gagnant par le peuple perdant. La population « perdante » devait travailler pour le vainqueur. Ce qui veut dire qu’à la faveur d’une guerre, -et elles étaient nombreuses- les choses pouvaient s’inverser et l’esclave devenir le maître… TOUTES les civilisations l’ont pratiqué, avec plus ou moins de bienveillance, la plupart d’entre elles, bien avant la France, qui n’a commencé qu’au 17ème siècle. Mais comme il faut effacer l’histoire de France tout en stigmatisant le « blanc français », c’est un argument facile…

  10. Voilà une histoire qui mérite d’être connue, qui nous montre combien on a été injuste avec Marie-Antoinette. Ce qu’elle a fait là montre que c’était une femme de coeur et rajoute à l’injustice qui lui a été faite !

  11. Pourquoi préciser les origines des esclaves et des esclavagistes
    Ça signifierait donc que l’esclavage des autres n’est pas important
    L’esclavage des européens par les maures? L’esclavage des certaines peuplades africaines par d’autres peuplades ? L’esclavage actuel au Qatar? Là ce n’est pas important? En fait tout le monde se fout de l’esclavage sauf quand il sert à des fins politiques pour détruire notre civilisation

  12. Et les castes dans certains pays, n’est-ce pas une certaine idée de l’humanité ? L’Inde, le Mali, le Japon, etc… ou il existe toujours cette différence sociale, transmise de génération en génération, dont vous ne sortez pas même si vous avez réussi. Pourquoi mettons sous le couvert l’esclavage barbaresque, tout aussi cruel sinon plus, les razzias étant pratiquées par les arabes eux-mêmes, les noirs étaient vendus par leurs propres congénères.

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