Interrogé au micro de Boulevard Voltaire, Guillaume Bernard réagit à la candidature de Rachida Dati aux élections présidentielles. Quant aux résultats des élections sénatoriales de ce dimanche, il comprend que les Français ne s’y soient pas intéressés, tant les scrutins majoritaires ou proportionnels les rendent incompréhensibles. Néanmoins, ces élections sont révélatrices, selon lui, de l’état des forces politiques du pays avec, entre autres, un recul du centre, de LREM et du PS.

Rachida Dati a donné une interview au Time intitulée « Rachida Dati annonce sa candidature aux présidentielles de », en tout cas son intention d’y aller. Après avoir réussi à joindre son équipe, on plaide pour une erreur de traduction. Néanmoins, Rachida Dati n’a pas infirmé qu’elle serait candidate. L’option Dati que certains voudraient aux Républicains est-elle défendable et pourrait-elle permettre aux Républicains de gagner ?

Tout est possible. D’abord, parce qu’il n’y a aucun chef à LR qui, aujourd’hui, s’impose de manière naturelle. Il y a des sensibilités différentes et des écuries différentes : l’équipe Sarkozy, l’équipe Fillon, etc. Par conséquent, toutes les candidatures sont envisageables. Sincèrement, je pense que Rachida Dati incarne plutôt une droite qui veut s’assumer en tant que droite. On l’a vu lors des municipales en 2020. Il n’est pas du tout inenvisageable qu’elle puisse être adoubée par les militants ou dans le cadre d’une primaire.
Oui, bien sûr, Rachida Dati n’est pas un candidat à négliger à côté de Xavier Bertrand, de Valérie Pecresse, de Bruno Retailleau. Elle est incontestablement quelqu’un qui pourrait incarner ce parti politique.

Autre indice sur la santé et les capacités des Républicains à gagner les élections sénatoriales. Sur le papier, Les Républicains en sortent gagnants. 76 % sortants, 79 % élus et réélus. C’est le parti qui enregistre la plus grande progression, hormis Europe Écologie Les Verts, qui passent de 0 à 6 sénateurs. Finalement, le Sénat reste le bastion des Républicains…

On sait très bien que le Sénat est toujours plus « conservateur » que l’Assemblée nationale, en règle générale. Cela s’explique par le mode de scrutin indirect que les Français connaissent mal et comprennent mal. On parle de grands électeurs, environ 160.000 personnes dans l’ensemble de la France. Ils s’intéressent peu à ces élections parce que c’est un renouvellement depuis une loi de 2003.
Hier, 80.000 personnes se sont déplacées aux urnes pour élire la moitié des sénateurs. Les Français ne s’y intéressent pas. En revanche, le Sénat a retrouvé une légitimité sous la Ve du fait du processus de décentralisation. Par conséquent, c’est la chambre qui représente les collectivités territoriales. Ces résultats sont un signe. Les Républicains ont eu des élus, sans doute pas dans les très grandes métropoles, mais dans les villes moyennes. Ils avaient donc des grands électeurs pour pouvoir renouveler leurs sénateurs sortants et en élire de nouveaux. Évidemment, la grande nouveauté, et c’est d’ailleurs pour cela que LREM craignait l’arrivée des Verts dans la municipalité, les Verts ont eu des sénateurs.
Dans le Sénat, on a le signe de l’état des forces politiques. Le Rassemblement national fait un très bon score au niveau national. On l’a vu aux européennes de 2019. Mais il n’avait que 1.000 grands électeurs. Il a donc eu plus de voix que ces 1.000 grands électeurs là, mais il n’a qu’un seul sénateur, en l’occurrence Stéphane Ravier, qui était sortant et qui a été réélu.
Même si, au niveau national, le Rassemblement national fait de meilleurs scores, LR a une implantation locale qui lui permet toujours d’exister et de se maintenir. Les élections locales, cantonales et régionales de l’année prochaine vont être extrêmement importantes pour voir l’avenir des forces politiques et celles qui seront capables d’être au deuxième tour de la prochaine présidentielle.

Il y a un certain désintérêt des Français pour les sénatoriales du fait de la complexité du mode de scrutin. Il faut dire que les médias n’ont pas forcément joué le jeu. Il y a eu très peu de sujets sur les sénatoriales. On pense notamment au JT de France 2, dimanche soir, où le sujet n’a même pas été évoqué, comme si, finalement, la vie démocratique de notre pays passait au second plan, soit parce qu’il y a un désintérêt, soit parce qu’il fallait peut-être cacher de mauvais résultats de la part de la majorité ou soit, tout simplement, parce que ces élections n’attirent pas les téléspectateurs. Quelle est la raison la plus plausible ?

C’est un ensemble de tout cela. Tout simplement, la complexité du mode de scrutin fait qu’objectivement, les Français ne s’y sont absolument pas intéressés. Dans certains départements l’élection se fait au mode de scrutin majoritaire, et d’autres au scrutin proportionnel. Sincèrement, c’est assez incompréhensible. Maintenant, il est certain que le centre, LREM et le Parti socialiste sont en recul, tandis qu’il y a une petite progression de LR et une arrivée des Verts. C’est quelque chose de vraiment significatif et important, mais comme c’est un renouvellement partiel du Sénat, il n’y a évidemment pas d’énorme chamboulement. Les forces politiques restent à peu près équilibrées. LREM reste présent et LR reste le parti dominant de la haute assemblée.

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