Editoriaux - Polémiques - Politique - Société - 19 juillet 2019

Greta Thunberg est une grande fille et Gabriel Attal est son prophète

On savait que la jeunesse est avant tout un état d’esprit. Ce n’est pas Emmanuel Macron qui a découvert ça, encore moins Gabriel Attal, secrétaire d’État préposé à cette même jeunesse, mais le général américain MacArthur (1880-1964). Il y a longtemps que l’on sait aussi que la jeunesse est un business : elle a ses rayons en librairie, pas la vieillesse. Il est vrai qu’on ne dit plus « les vieux » mais « les personnes âgées », voire « les seniors ». La jeunesse serait un état d’esprit, la vieillesse un état des lieux.

On ne va pas refaire, ici, le combat des Anciens et des Modernes, un truc vieux comme mes robes mais qui est régulièrement remis au goût du jour. Salauds de jeunes n’est pas un slogan mais le titre d’un livre, écrit en 2005 par la délicieuse Clémentine Autain et quelques autres, pour expliquer qu’il n’y aurait pas de place pour eux dans cette société. En 2015, Gaspard Koenig, philosophe, animateur du think tank GenerationLibre (sans accents, s’il vous plaît, sur les « e ») et, accessoirement, ancienne plume de Christine Lagarde à Bercy, signait, dans Les Échos, une tribune intitulée « Halte à l’arnaque générationnelle » dans laquelle il faisait pleurer dans les chaumières sur le sort des jeunes « alors que jamais les vieux n’ont été aussi riches en France ». Du macronisme avant Macron, en quelque sorte. Il paraît, effectivement, que les vieux sont plus riches que les jeunes. Ils ont trouvé ça tout seul ? C’est un peu le principe de la vie, non ? Mais bon… À ce brillant édito, le journaliste Gérard Le Puil avait répondu, dans L’Humanité (il n’est pas interdit de trouver des choses sensées dans le journal fondé par Jaurès !) que « tuer le père ne suffit pas pour mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme ». Une tribune intitulée « Salauds de jeunes »… Ce journaliste, que je ne connais pas, doit sans doute en savoir un peu plus que le sémillant Gaspard en matière de travail et de jeunesse, si l’on en croit sa biographie : il quitta l’école à 14 ans et travailla dix ans dans une exploitation agricole.

La jeunesse est donc un état d’esprit. Un marché. Une clientèle, donc. Les vieux d’aujourd’hui seront morts demain et, par définition, ne voteront plus. Les jeunes, en revanche, c’est de l’or en barre électoral si on s’y prend à temps. La jeunesse est donc sacrée. Mais la jeunesse, c’est un concept vague. Rien ne vaut, alors, une belle et photogénique incarnation. À ce titre, Greta Thunberg est une bénédiction. C’est la nouvelle oie blanche qui va sauver, non pas le Capitole, mais l’humanité tout entière, la Terre et peut-être même la galaxie. Alors, interdiction de se moquer, de douter, de maugréer. Et le susnommé préposé à la Jeunesse de réagir vivement : « Halluciné par tous ces propos méprisants sur la venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale. Taxée d’illégitimité alors qu’elle a aidé des millions de jeunes à s’engager pour le climat ?! À croire que pour certains, la jeunesse est un facteur disqualifiant pour s’exprimer… » On notera le langage « djeune » : « Halluciné ». Il est vrai que le jeune secrétaire d’État, en visite au Québec en mai dernier, déclarait n’avoir « pas de tabous » sur la question de la légalisation du cannabis et qu’il avait besoin d’« alimenter » sa « réflexion » sur le sujet. Ce même Attal qui déclarait, sur France Inter, le 12 juillet dernier, à propos de l’affaire Rugy : « Quand on est un jeune engagé en politique, ça fout un peu les boules de se dire que ça alimente l’idée que tous les politiques se gavent aux frais du contribuable, alors que ce n’est pas le cas. » Ainsi parlait Gabriel Attal, ministre de la République française. La jeunesse serait donc aussi une manière de parler.

Greta est une grande fille et Gabriel est son prophète.

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