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Editoriaux - Manifestations - Réflexions - Social - 14 février 2020

Giletjaunisme et giletjaunisation

À l’occasion des événements survenus ces deux dernières années sont apparus deux termes jusqu’alors inconnus de nos civilisations « modernes » : « giletjaunisme » et « giletjaunisation ». Le jaune, jusqu’à aujourd’hui, était associé à la joie, à la bonne humeur, au rayonnement, au bien-être et même à l’idéalisme car le jaune est une couleur vive, stimulante, symbole de l’amitié et la fraternité ; il témoigne du besoin de contact avec les autres. Cette teinte représente également la connaissance, le savoir et la science.

Mais voilà que des trublions, sortis d’on ne sait où, se regroupèrent, dans un premier temps, autour des ronds-points pour, ensuite, défiler dans les métropoles, et ceci, chaque samedi. Une simple taxe sur les carburants pour compenser le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) – c’était pour l’écologie – les fit sortir du bois en nombre. Eux, les invisibles, se rendirent très voyants en revêtant un gilet de secours de couleur jaune mis à leur disposition. Face à la tactique de l’hydre dominante employée pour les faire rentrer, ils améliorèrent leurs méthodes de contestation, devenant plus efficaces tout en étant moins nombreux.

On comprendra que beaucoup ne voulaient pas rentrer avec un œil en moins ou un séjour au gnouf offert par la maison. Plusieurs mois après leur naissance, ils étaient toujours présents mais luttaient, à ce moment, pour plus de liberté et de dignité. C’est ce qu’on pourrait appeler le « giletjaunisme ». Peut être une philosophie ou une façon de penser et d’agir ?

Quelque mois plus tard, d’autres citoyens eurent l’idée de se faire connaître en contestant une réforme du financement de leurs vieux jours après des années de labeur. Ce changement à venir fut nommé « réforme des retraites ». Ils soupçonnèrent, dans cette réforme, un moyen de mettre à mal la qualité de leur troisième partie de vie se situant géographiquement 10 à 20 ans avant la mort – pour certains, beaucoup moins. Leur contestation utilisant des méthodes anciennes ne fonctionnait plus face à des dirigeants aguerris à ce genre de « rébellion » qui, eux, utilisaient parfois des techniques inspirées de contrées lointaines.

Alors, ces mécontents modifièrent leur façon de faire pour agir en limitant les risques de blessures et d’embastillement et, ainsi, prirent pour exemple celle de la tribu des « giletjaunistes » sans pour autant revêtir leur habit mais toutefois en reprenant leurs chants. De nombreuses tribus disséminées sur toute la planète prirent pour exemple le vêtement revêtu par ces olibrius réfractaires. C’est ce qu’on pourrait appeler la « giletjaunisation » des esprits et des méthodes.

Je ne sais pas si les inventeurs et utilisateurs du novlangue, les partisans du « celles et ceux » iront jusqu’à intégrer à leur langage étrange ces deux mots nouveaux. Je pense, cependant, que nos amis les académiciens devraient faire en sorte qu’ils soient inscrits dans le dictionnaire et que jamais ils ne soient oubliés !

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