Editoriaux - Politique - Table - 29 janvier 2018

Gérard Collomb : quoi qu’il fasse ou ne fasse pas…

Depuis que Gérard Collomb est ministre d’État, ministre de l’Intérieur, numéro 2 du gouvernement, j’ai l’impression que, quoi qu’il fasse ou ne fasse pas, il est désapprouvé, vilipendé ou, pire, moqué comme si la place Beauvau était occupé par un faible d’esprit indigne de cette haute fonction.

Les attaques qui sont portées contre lui ne sont pas toujours d’une grande décence. Elles visent parfois son apparence, sa mine, son âge et sa voix et relèvent de ces perfidies qui sont sous la République.

Il a des adversaires dont je serais inquiet qu’ils ne le soient pas.

Si Mediapart, un jour, par miracle, le louait, je me demanderais aussitôt de quel malencontreux progressisme il aurait pu s’inspirer. Si le Syndicat de la magistrature, qui déteste autant la police que son ministre, se ravisait au sujet de Gérard Collomb, je serais immédiatement angoissé en cherchant de quel laxisme il avait dû se rendre coupable.

Je comprends aussi que l’hostilité à l’égard du ministre de l’Intérieur est classique de la part d’une gauche qui a toujours pensé que le lien entre l’autorité et l’État était magique. De l’État surgirait comme naturellement l’autorité. Ce qui est une absurdité. Rien n’est plus difficile, aujourd’hui, que d’instaurer ou de restaurer cette autorité. Sur ce plan, Gérard Collomb n’est pas plus maladroit – de loin – que ses prédécesseurs.

Il ne leur ressemble pas et il est aussi éloigné de l’agitation parfois efficace d’un Nicolas Sarkozy que de l’excitation grondeuse d’un Manuel Valls ou de l’ennui distingué que distillait Bernard Cazeneuve, même si le tragique l’a mobilisé parfois comme il convenait !

À considérer son bilan depuis neuf mois, je suis étonné, en revanche, qu’il ne soit pas soutenu par une droite plus consciente de ses responsabilités et ne faisant pas de son droit à s’opposer un emploi peu clairvoyant. Elle n’est pas seule, en l’occurrence, dans cette dénonciation puisque quelques députés LREM ont des fourmis dans la tête, qui pour fuir l’inconditionnalité aspirent à tomber dans des compassions, sinon absurdes, du moins hémiplégiques.

Projet indispensable que de proposer, pour l’immigration et l’asile – y compris la disposition sur les foyers, contestée mais dont la finalité vise à mieux garantir des droits légitimes au détriment d’autres l’étant moins -, des prescriptions et des protections tenant bon les deux bouts (humanité et rigueur) d’une chaîne non seulement cohérente mais irremplaçable. Pas d’humanité possible, ici, si la rigueur, là, n’est pas opératoire. Pas de rigueur acceptable, ici, si, là, l’humanité est niée.

Enfin, en matière de stupéfiants – tous seront concernés, sans que des poursuites ou des emprisonnements soient rendus impossibles -, particulièrement pour l’usage de cannabis, Gérard Collomb prévoit l’instauration d’une amende forfaitaire délictuelle dont toutes les modalités ne sont pas encore déterminées. Elle aura l’immense avantage de se substituer à une situation qui, peu ou prou, constituait l’usage comme une infraction impunie. Il ne s’agira heureusement pas, donc, d’une dépénalisation de l’usage – qui serait contradictoire avec la politique drastique menée contre le tabac (Boulevard Voltaire) – mais d’une sanction, certes minimale, mais assurée au quotidien.

Cette amende n’interdira pas la préoccupation du sanitaire ou du social mais contredira l’aberration “stupéfiante” proposée par le Syndicat de la magistrature en faveur de la “légalisation contrôlée des drogues”. De quelque côté qu’on l’envisage – la pertinence de la distinction entre drogues douces et drogues dures étant mise en doute par un tout récent rapport parlementaire -, la drogue est un mal sauf pour quelques libéraux dévoyés. La position du Syndicat de la magistrature revient – de la part de magistrats ! – à tolérer les délits en prétendant les “contrôler” faute de savoir les empêcher et les sanctionner.

Extrait de : Justice au Singulier

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