Audio - Editoriaux - Entretiens - People - 19 février 2019

Geneviève de Fontenay : “Il ne pouvait y avoir mieux que Karl Lagerfeld pour succéder à Chanel !”

Karl Lagerfeld vient de disparaître à l’âge de 85 ans. Geneviève de Fontenay revient sur l’homme exceptionnel qui lui avait offert sa célèbre veste. Pour elle, c’est une page du raffinement et de l’élégance de la haute couture qui se tourne. Avec le franc-parler qui la caractérise, elle fustige le “débraillé” et le “n’importe quoi” de la mode actuelle.

Nous venons d’apprendre le décès de Karl Lagerfeld. S’il ne fallait retenir qu’une chose de sa vie, que devrait-on retenir ?

C’est un génie de la couture. Dieu sait que Chanel a fait du bruit, mais elle serait fière de savoir qui lui a succédé. C’était Karl…
Certains personnages sont uniques. Lorsqu’ils disparaissent, cela fait un énorme trou. Son nom restera pour longtemps gravé dans les mémoires. Je ne sais combien de temps il me reste à vivre sur Terre, mais je suis toujours fière de porter cette veste qu’il m’avait fait l’honneur de m’offrir.

Est-ce votre principal souvenir avec lui ou avez-vous une autre anecdote ?

Je n’ai pas eu l’occasion de le revoir et je le regrette beaucoup. Cet épisode m’avait marquée. Nous avions fait tout un reportage avec mes petites-filles. C’est lui qui avait fait toutes les photos. Ma petite-fille Adèle portait mon chapeau. Il m’avait fait un super article.
Je me suis acheté un modèle Chanel. Je n’avais pas les moyens de m’acheter du Chanel. J’ai gardé un manteau que je mets toujours. Je suis toujours très fière de le mettre sur mon dos.

La mort de Karl Lagerfeld, est-ce une génération qui commence à laisser la place ?

Oui, bien sûr. Tous ces grands couturiers comme Yves Saint Laurent, Dior, Nina Ricci, Schiaparelli ont marqué la couture. Cela représentait quelque chose.
Aujourd’hui, c’est le débraillé. La grande mode, c’est les jeans avec des trous. Il n’y a plus ce raffinement et cette élégance.
Les chaussures d’aujourd’hui sont ridicules, on dirait des chaussures orthopédiques. Même certaines couvertures du Figaro Madame sont horribles. Je ne vais même plus dans les collections. Cela ne m’attire plus. Il y a vraiment un fossé entre cette haute couture et leurs collections qu’on expose comme cela…
On voit tout de suite le travail que cela représentait lorsque les robes très très larges étaient ourlées à la main. D’ailleurs, ces femmes ont eu le privilège de démontrer leurs talents. Elles mettaient du temps pour faire une robe.

Y a-t-il quelque chose à sauver dans cette nouvelle génération ?

À mon avis, il n’y a absolument rien à sauver. C’est débraillé, c’est n’importe quoi. Lorsque je vois certaines robes, on dirait qu’on a ramassé un tas de tissus pour faire une robe. Je suis atterrée.
Je ne peux pas faire un pas dans la rue sans que tout le monde m’arrête. Pourtant, je suis le contraire de ce que les gens portent ou voient. Néanmoins, ils me demandent tous de faire une photo avec moi et m’appellent Geneviève. C’est amusant. Ils sont de toutes conditions sociales, des clochards à la gare de Lyon, des jeunes, des Maghrébins…
En partant, ils me disent que je suis une grande dame et qu’ils me respectent. Et après cela, ils vont faire les mariolles je ne sais où.
Cela m’impressionne beaucoup.

La recherche de l’élégance a-t-elle disparu?

Oui. C’est drôle, parce que les gens n’ont pas l’air de vouloir être élégants. Les femmes s’habillent et se coiffent toutes pareil. En ce moment, les filles ont toutes les cheveux dans la figure.
Quelque chose nous montre que nous sommes en pleine turbulence.

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