C'est dans un joli hôtel particulier parisien, là où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté, que le maître du Cauchemar est exposé. Pourtant, Johann Heinrich Füssli (1741-1825) n'était pas destiné à devenir peintre, mais pasteur.

Une formation artistique entre la Suisse et l’Italie

Fils d'un portraitiste historien de l'art, il reçoit pourtant avec ses quatre frères et sœurs une éducation artistique soutenue, empreinte des idéaux néoclassiques. Tout jeune, il copie les maîtres allemands et néerlandais et s'abreuve d'histoire de l'art. Au cours de ses études de théologie à Zurich, un historien, Johan Bodmer, le marque particulièrement, car c'est grâce à lui qu'il découvre les écrits d'Homère, Dante et Shakespeare. Ces grands poètes seront des sources d'inspiration majeure pour Füssli. Ordonné pasteur à vingt ans, il dénonce la corruption d'un notable local dans un pamphlet. C'est un scandale : il doit quitter Zurich. Après un court passage par l', c'est à Londres que Füssli découvre le monde théâtral et littéraire. Il s'essaie à l'écriture en publiant, en 1767, des Remarques sur les écrits et la conduite de Jean-Jacques Rousseau qu'il a rencontré un an plus tôt. C'est au même moment qu'il fait une rencontre décisive : celle du peintre anglais Sir Joshua Reynolds, qui l'encourage à se former à la peinture et au dessin en Italie. Au tournant de la quarantaine, il commence à être reconnu et s'installe définitivement à Londres. Il gravira les échelons de la respectabilité en étant élu à la Royal Academy avant d'en devenir le conservateur en chef.

L’art de la mise en scène

La peinture de Füssli est marquée par un art consommé de la mise en scène, et ce, dès ses premières toiles, comme La Mort de Didon ou Lady Macbeth somnambule. Cette dernière est particulièrement frappante par sa dimension effrayante et le regard fou de la criminelle. Le clair-obscur parfaitement maîtrisé, généré par le flambeau dans la nuit, contribue à rendre la scène glaçante d'horreur.

tablea Füssli
F¸ssli Johann Heinrich (1741-1825). Paris, musÈe du Louvre. RF1970-29.

Dans le prolongement de cette toile, on peut voir celle des Trois Sorcières, terrifiantes vieilles femmes à la langue pendante qui prédisent à Macbeth qu’il sera roi d’Écosse. Macbeth était alors l’une des pièces de Shakespeare les plus jouées en Angleterre.

tableau Füssli les 3 sorcières
Johann Heinrich Füssli (1741 – 1825), Les trois sorcières, après 1783,
huile sur toile, 75 x 90 cm, The Royal Shakespeare Theatre, Stratfordupon-
Avon, photo: Royal Shakespeare Company Theatre Collection

On retrouve cette ambiance inquiétante dans les versions du Cauchemar dont la signification demeure troublante. Une jeune femme endormie en posture alanguie vêtue d’un blanc virginal est entourée par deux créatures maléfiques aux yeux hallucinés : un cheval dont on ne voit que la tête par l’entrebâillement du rideau et un démon qui s’est assis sur son buste.

En fin connaisseur des mythes antiques, Füssli propose sa vision de plusieurs scènes de l'Iliade, comme Achille saisit l’ombre de Patrocle, qui dévoile une maîtrise de l’anatomie, et une étude poussée des codes de la statuaire grecque, qui vient s’ajouter à la dimension déchirante de cet épisode. Le peintre pousse sa curiosité littéraire jusqu’aux confins de l’Europe, puisqu’il s’intéresse aux légendes nordiques comme l’épopée Oberon de l’Allemand Christoph Martin Wieland ou la geste danoise du guerrier Othar et de la belle Siritha.

Les amateurs de mythologie, de théâtre et d’étrange apprécieront cette exposition rassemblant 57 œuvres qui explorent une palette de sentiments qui va de la terreur au sublime. Jusqu'au 23 janvier 2023, au musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, Paris VIIIe.

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26 novembre 2022

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Un commentaire

  1. Un merveilleux endroit, pas trop dans le centre inaccessible de Paris, et… avec un parking proche. Ça compte !

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