Fraude : jusqu’à 80 millions d’euros indûment versés en Algérie pour les retraites

Après la publication du rapport de la Cour des comptes, la presse algérienne crie à la discrimination. 
Drapeau algérien - Photo BV
Drapeau algérien - Photo BV

« En Algérie, les contrôles exigeant la présence physique des pensionnés montrent que, […] les décès constatés n’avaient pas été déclarés dans près d’un cas sur deux. » Ce 26 mai, dans le rapport sur la Sécurité sociale, la Cour des comptes consacre un chapitre entier à la fraude aux retraites versées à l’étranger. Un phénomène réel qui coûte plusieurs dizaines de millions d’euros à la France, chaque année. En Algérie, principal pays de résidence des retraités installés à l’étranger et percevant une pension française, la fraude aux retraites est estimée entre 40 et 80 millions d’euros, sur un total de 1,1 milliard d’euros.

Des décès non déclarés

Comme le rappellent les sages de la rue Cambon, le versement des pensions de retraite n’est pas conditionné à une résidence en France. Dès lors, la fraude est vite arrivée… « Le principal risque de fraude, notent les auteurs du rapport, est l’omission de la déclaration du décès ou la falsification des preuves d’existence. » En effet, afin de percevoir sa pension, il est demandé aux retraités de produire chaque année un certificat d’existence sous peine de voir le versement de sa retraite suspendu. Or, selon la Cour des comptes, il apparaît que les « certificats d’existence peuvent être facilement reproduits ou imités et offrent peu de sécurité ». En effet, poursuivent les sages, « l’autorité locale compétente pour leur validation peut être victime ou complice d’une intention de frauder ou ne pas exiger la présence physique de l’assuré et valider ainsi le certificat sans être informée de son décès ». Seuls des contrôles inopinés permettent alors de découvrir la fraude. En 2023, encore 6,5 % des certificats n’étaient pas conformes à la réalité.

Après plusieurs expériences, la Cour des comptes note qu’entre 3 % et 22 % des certificats non conformes correspondent à des décès non signalés. « Le taux le plus élevé a été observé lors d’une opération de convocation systématique de tous les assurés de plus de 85 ans menée par la CNAC au consulat de France à Alger », soulignent les auteurs du rapport. Sur les 588 décès constatés, la moitié était antérieure à la date de la convocation au contrôle. Autrement dit, le décès n’avait pas été signalé et la pension continuait d’être versée…

L'Algérie dénonce ce rapport

Résultat : en Algérie, les contrôles inopinés réalisés exigeant la présence physique du pensionné ont montré que dans 44 % des cas, le décès n’avait pas été déclaré. Dès lors, « en appliquant ce taux de non-déclaration de décès au taux de mortalité de chaque classe d’âge qui compose la population des retraités résidant en Algérie, la Cour estime que le montant de fautes ou fraudes atteint 38 millions d'euros pour le régime général ». Par ailleurs, en retenant l’hypothèse que tous les assurés qui ne se sont pas présentés sont décédés, sans que leur décès n’ait été déclaré, la Cour considère que l’estimation de la fraude peut être majorée de 42 millions d’euros. Par conséquence, en Algérie, l’estimation totale de la fraude aux retraites varie entre 40 et 80 millions d’euros. À titre de comparaison, la fraude aux retraites au Maroc est estimée à 12 millions d’euros. Conséquence de non-présentation à ces contrôles réalisés dans différents pays, les experts estiment que 17.000 retraités verraient leurs pensions suspendues en 2025, dont 15.000 en Algérie.

Contre cette fraude, la Cour des comptes préconise donc d’étendre les partenariats afin de repérer les départs à l’étranger non signalés, de renforcer l’usage de la biométrie ou encore de renforcer la collaboration avec les régimes en aval des contrôles.

Ces résultats n’ont pas manqué de faire réagir la presse algérienne, qui s’indigne d’un rapport à charge contre l’Algérie. Le journal Echorouk dénonce, ainsi, des « procédures appliquées aux Algériens [qui] sont moins souples par rapport à d’autre pays ». Dans El Ayem, le journaliste accuse « Paris de cibler à nouveau les Algériens ». Et s’insurge même contre une forme de « discrimination administrative ». Le quotidien El Khabar, enfin, considère que le rapport de la Cour des comptes « renforce le stéréotype d'une fraude généralisée » en Algérie. « Il n'est pas improbable que ce rapport, fondé sur des hypothèses, soit utilisé par les ennemis des intérêts et de la présence algérienne en France pour maintenir leur focalisation politique et médiatique sur eux », regrette le journal algérien.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 03/06/2025 à 12:21.

Picture of Clémence de Longraye
Clémence de Longraye
Journaliste à BV

Vos commentaires

79 commentaires

  1. Sachant qu’un bon contrôleur de gestion coûte environ 100 000€ ( salaire net mensuel 4 000 €).. je me pose la question.. mais pourquoi la secu n embauche t’elle pas plus de contrôleurs. Qui bloque ces embauches rentables .. la fraude existe car pas ou peu de contrôles.. alors que si on met même une prime de 10% sur chaque fraude remboursé.. les contrôleurs auto finance leur salaire..

  2. L’immobilisme de l’administration française. Rien ne m’étonnerait que certains fonctionnaires français et algériens arrondissent les fins de mois grâce à cette fraude

  3. Décidément l’Algérie nous coute très cher, trop cher pourtant c’est un pays semblable a bien d’autre qui ne bénéficient pas autant de largesses Française..

  4. La solution pourtant d’une extrême simplicité est d’inverser la procédure : au lieu d’envoyer automatiquement ces millions, sans limite, l’Etat ne paie une pension qu’à ceux qui la réclament en personne chaque année au bureau local avec contrôle des empreintes digitales (au consulat ou ambassade à l’étranger). CQFD

  5. Tous ces centenaires sont la preuve de l’efficacité de notre système de santé. Non je blague bien sur .

  6. On pourrait très prochaînement réintégrer les sommes dans nos comptes,
    étant donné les flux actuels, tant les destinataires sont presque tous sur notre territoire

  7. Les pillards et les pirates restent des pillards et des pirates esclavagistes. Ils se modernisent seulement.

  8. J’ai entendu hier des propositions, comme par exemple « un justificatif de vie » permettant de continuer à verser une pension de retraite concernant les Algériens !! Cette initiative de bon sens aurait dû être appliquée il y a belle lurette. Mais, chercher du bon sens auprès de nos fonctionnaires relève du parcours du combattant. Encore que cela ne suffira pas si ce « justificatif de vie » n’est accompagné d’une photo récente du « centenaire » car, connaissant le caractère fourbe autant que belliqueux des Algériens vis à vis de la France, il est permis de penser que nombre de certificats de vie seront falsifiés par l’état algérien.

    • Le mieux ne serait-il pas de conditionner le versement de ces pensions par une visite régulière au consulat ou à l’ambassade de France, muni de son passeport biométrique ?

  9. et depuis des décennies les millions de fausses cartes vitales les visas santé pour les riches étrangers la prise en charge du changement de sexe l’ame cherchez a faire des économie encore sur notre dos avec les mutuelles qui sont hors prix ipour ne pas touché a cette mascarade ils préférent que l’on subissent quitte a nous euthanasier

  10. Et c’est sans compter sur l’autre arnaque/fraude qui découle des retraites. En effet, il est de plus en plus fréquent que le retraité se remarie juste avant sa mort (voire même peut-être après, on n’est plus à ça près) avec une jeunette pour qu’elle puisse toucher la pension de réversion …jusqu’à la fin de ses jours…

  11. Si j’ai bonne mémoire, il me semble que pour toucher leur retraite on demandait aux retraités Sénégalais, de notre armée, de passer tous les ans 6 mois en France. Pourquoi en est-il différemment pour les autres pays, notamment l’Algérie ?

  12. la solution est simple arretez les paiements de toutes les retraites a l etranger les vivant iront réclamés leur retraites

    • C(est l’unique solution mais les minables qui nous gouvernent en sont incapables. Ils préfère encore venir nous spollier ; ce qui n’est pas intelligent car cela freinera les achats donc l’economie.

Commentaires fermés.

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