François Asselin est président de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Hier, il nous expliquait comment nos entreprises ont traversé cette crise inédite. Aujourd’hui, il évoque pour Boulevard Voltaire les relocalisations, la consommation et la . Suite et fin de cet entretien exclusif.

La pandémie a révélé les travers de la mondialisation et revalorisé les circuits courts : les Français ont-ils changé leur manière de consommer ?

Je ne suis pas sûr et certain qu’on ait vraiment envie de changer de manière de consommer, et cet exemple l’illustre parfaitement. Pendant la pandémie, la frontière franco-espagnole s’est rouverte un moment. C’était saisissant de constater ces embouteillages sur la route du Perthus. Tous les Français qui prenaient bien soin de leurs commerçants de proximité parce qu’ils ne pouvaient plus aller en Espagne trouvaient tout l’avantage à faire travailler l’économie locale. Mais dès que la frontière a été rouverte, ces mêmes gentils Français se sont rués dans les supermarchés espagnols parce que c’était moins cher ! C’est la même chose avec . Donc, il faut être cohérent. Parfois, les leçons que l’on donne à de grandes entreprises, on peut se les faire à soi-même et se demander quelle est notre manière d’acheter et de consommer.

Les relocalisations tant évoquées pendant cette période de Covid-19 sont-elles possibles ?

Si on peut retenir une vraie leçon, c’est qu’il nous faut redevenir stratégiques en matière de politique industrielle. Quand nous réalisons que nous avons perdu la main sur la fabrication de nos médicaments ! Non pas que nous ayons perdu le savoir-faire, surtout que nous en avons largement les capacités ! nous l’avons délocalisé. Quand nous nous apercevons que tout peut s’arrêter car il y a une toute petite pièce qui manque de l’autre côté de la planète, et que, pour quelques petits centimes, nous avons choisi d’aller l’acheter très loin de chez nous, il faudrait nous poser la question de notre sécurité industrielle, pharmaceutique, alimentaire… J’espère que l’on retiendra cette leçon et que l’on se posera la question de la relocalisation. Non pas qu’il faille nous replier sur notre petit village gaulois, ce qui serait absurde puisque 25 % de nos salariés dépendent directement ou indirectement des échanges avec d’autres pays. Donc, de toute façon, nous importons mais nous exportons aussi beaucoup. Par contre, il faudrait importer plus intelligemment, recréer des filières où l’on peut assurer toute la verticalité, pour éviter de se retrouver en panne comme on l’a connu dans cet épisode Covid-19.

La Convention citoyenne pour le climat vient de s’achever. Comment concilier la nécessaire sobriété écologique et la relance de la croissance, également nécessaire ?

La décroissance est une théorie très dangereuse, parce que décroître, c’est s’empêcher de vivre. On peut continuer à se développer économiquement en préservant la planète, mais cela veut dire qu’il faut revoir certaines choses. Entre autres, il faudra peut-être, demain, accepter de payer plus cher certaines denrées, certains produits, certains services parce qu’effectivement, ils sont plus décarbonés que d’autres. Il nous faut une politique beaucoup plus incitative et beaucoup plus d’orientation qu’une politique punitive. Or, j’ai lu les 150 propositions de cette Convention : les trois verbes les plus employés sont « interdire », « obliger » et « taxer ». Cela ne donne pas tellement envie ! S’il est évident que l’enjeu environnemental est aujourd’hui incontournable, il faut retravailler toute la chaîne de valeurs. Il n’y a pas de réponses simples à des problèmes aussi complexes, donc il faut les aborder avec beaucoup d’humilité.

Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous face à cet avenir incertain ?

Pragmatique et combatif. On sait que l’avenir sera compliqué, mais il ne sera pas moins bon ni meilleur qu’aujourd’hui. L’avenir est toujours exigeant, donc il faut l’être pour nous-mêmes et pour notre temps pour que l’avenir ne soit pas angoissant. Donc, soyons exigeants maintenant pour aborder l’avenir avec confiance !

Entretien réalisé par Iris Bridier.

1 juillet 2020

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